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23.07.2007

Le livre du jour... (Joël de ROSNAY)

La révolte du Pronétariat (livre à télécharger en PDF)

Site du livre: une initiative intéressante (à plusieurs titres)...

Voir aussi : Révolution : 100 mots pour changer le monde (Olivier BESANCENOT)

Nota : Si je ne partage pas les convictions politiques et le programme d'un mouvement comme la LCR, loin s'en faut, j'apprécie nombre de leurs analyses de la situation actuelle (entre autres, le fait que le capitalisme dérègle le climat, perturbe la nature, et menace l'humanité). Certains affirment que le marxisme en tant que grille de lecture du monde et des événements est dépassé; sincérement, je ne le pense pas... Plus la mondialisation capitaliste (l'horreur économique) se développe et progresse, plus la pensée marxiste (et anarchiste) devient actuelle... Malheureusement, celui qui n'apprend pas du passé est puni dans l'avenir ! C'est pourquoi je crois que si les époques qui font l'objet de ma recherche sont bien passées, elles ne sont pas pour autant dépassées, le passé, le présent et le futur n'étant qu'une seule et même dimension.

 
François FAVRE 

14:10 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

La phrase du jour... (Alioune SALL)

Le pire n'est jamais certain.

 
Alioune SALL 

13:45 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

La phrase du jour... (Edgar MORIN)

Je crois en l'improbable...

 
Edgar MORIN 

13:45 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

22.07.2007

Qui est terroriste?

Concernant la question du terrorisme islamique, voici ce que j'écrivais dans l'introduction de mon livre consacré à Mani...

[Henry Corbin] fut […] l’un des rares penseurs occidentaux modernes capable d’entrevoir que l’herméneutique du « sens caché » du Coran, telle que la pratiquaient les ésotéristes musulmans, avait non seulement la puissance de nous ouvrir « le secret des âges et des espaces de l’Iran, mais aussi celui de notre tradition spirituelle, à nous occidentaux ». « Lisez le Livre avec extase du cœur, émotion intérieure et réflexion subtile. Lisez le Coran comme s’il n’avait été révélé que pour votre propre cas », écrira Sohravardi à ses disciples.

En faisant largement appel aux travaux novateurs de Corbin, nous voulons aussi restituer à la civilisation arabo-musulmane son véritable visage en rappelant qu’elle fut pendant mille ans « la Lumière de l’Occident » et qu’il a toujours existé, des origines jusqu’à nos jours, un « autre islam », spirituel et gnostique, devant être considéré comme la source de ce qui fut l’une des plus brillantes civilisations que le monde ait connu : l’islamisme.

Le terme d’ « islamisme » a hélas pris en Occident (chrétien), depuis vingt ou trente ans, un sens spécialisé, politique, généralement péjoratif, qui tend à assimiler l’islam à la violence, à l’intégrisme et au terrorisme (Islam = islamisme = intégrisme = terrorisme).

Ce dangereux glissement de sens est essentiellement le fruit d’une diabolisation du monde musulman dans son ensemble, orchestrée par les grands médias occidentaux qui, selon des stratégies déjà largement éprouvées, attisent la peur et la haine de l’« étranger » en s’appuyant sur des réflexes nationalistes et racistes hérités d’un passé récent, celui de la décolonisation en Afrique du Nord, ou plus lointain, celui des guerres de religions et des croisades qui virent s’affronter de manière sanglante, pour la domination du monde et des esprits, Chrétienté et Islam. 

Les discours et les prises de position, qui visent à construire une image négative et menaçante de l’islam, font oublier que la violence des islamistes est avant tout une réponse, une réaction, à celle des grands États européens et en particulier des Etats-Unis (il s’agit ici d’une contre-violence politique).

Ceux-ci  estiment légitime et logique la domination sans partage qu’ils exercent depuis la fin de l’Empire soviétique sur l’économie et la politique mondiale et tendent à oublier le fait que l’Occident « a vaincu le monde non parce que ses idées, ses valeurs, sa religion étaient supérieures – rares ont été les membres d’autres civilisations à se convertir –, mais plutôt par sa supériorité à utiliser la violence organisée. Les Occidentaux l’oublient souvent, mais les non-Occidentaux jamais » (Huntington).

Les événements les plus tragiques de l’Histoire récente montrent qu’il est vain de croire que la violence politique et religieuse est le seul fait de l’islam : le génocide du Rwanda a été organisé par des factions catholiques et soutenu par des Etats modernes comme la France ou la Belgique, et la purification ethnique à l’encontre des musulmans bosniaques fut principalement le fait de serbes, chrétiens orthodoxes, aidés par la Russie.

Il est donc impossible de parler de « frontières sanglantes de l’islam » (Huntington) sans évoquer simultanément les « frontières sanglantes de la chrétienté » orthodoxe et catholique au cœur de l’Europe, ou les « frontières sanglantes de l’hindouisme » au Cachemire et au Sri Lanka, ou encore les « frontières sanglantes des intérêts des grands Etats européens ou américains » dans les lignes de frontière entre le Nord et le Sud (Ramonet).

La question qui se pose maintenant est la suivante : menacé par la puissance grandissante de la Chine confucéenne et de l’islam, qui ne cesse de progresser en France, en Europe et dans le monde, l’Occident chrétien parviendra-t-il à conjurer son déclin, amorcé au début de ce siècle ? Dans un monde désormais « multipolaire et multicivilisationnel », saurons-nous apprendre à coexister pacifiquement, comme l’indiquèrent Bouddha, Jésus ou Mani en leur temps, ou bien nos différences nous pousseront-elles vers un nouveau type de conflit plus violent que ceux que nous avons connu depuis un siècle ? C’est aussi à cette question « cruciale » que ce livre tente de répondre, en proposant un point de vue différent, « autre », sur de nombreux problèmes ou  énigmes  qui résistent aux méthodes d’investigation traditionnelles.

 

François FAVRE 

Mani Christ d'Orient Bouddha d'Occident, pp. 51-56

02:20 Publié dans 05. Autres gnoses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

21.07.2007

La phrase du jour (B. ETIENNE)...

[Aujourd'hui,] un attentat fait beaucoup plus de spectateurs que de victimes!
 
Bruno ETIENNE 

14:28 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

20.07.2007

Le terrorisme, cause première des désordres du monde?

[Concernant le problème du terrorisme,] quelques remarques de bon sens s'imposent ici. Il est d'abord très salutaire de faire la comparaison entre le nombre annuel de victimes produit par le terrorisme depuis le 11 septembre 2001 et celui des accidents de la route survenus dans le monde chaque année, ou celui des typhons de natures diverses qui affectent l’Asie ou le continent américain, celui des victimes des épidémies, tel le sida, ou encore les victimes des famines ou de la malnutrition qui affectent encore de vastes régions du monde (voir note précédente). Cette comparaison montre bien que si le terrorisme est certes repoussant, le nombre de victimes qu'il produit annuellement est d'une ampleur tout à fait réduite par rapport aux autres causes de décès de victimes dans le monde. On peut aussi évoquer les très nombreuses guerres récentes, telles que celle du démembrement de la Yougoslavie, ou les guerres destinées à combattre le terrorisme, comme celles d'Afghanistan et d'Irak ou la guerre menée par Israël au Liban durant l'été 2006, sans parler du génocide du Rwanda en 1993-1994 (800 000 victimes) ou des massacres du Congo.

Le terrorisme est donc un phénomène aux conséquences réduites par rapport au nombre de victimes injustifiées dans le monde, dont la mort résulte le plus souvent de l'augmentation des risques de natures diverses (écologie et catastrophes naturelles, moyens de transports sophistiqués à grande vitesse, pandémies, injustices dans la distribution des revenus et des moyens d'accès à une alimentation suffisante, États défaillants à empêcher des massacres internes...).

Il est aussi intéressant de constater que le plus grand nombre d'opérations terroristes spectaculaires a lieu dans le monde musulman lui-même (Égypte, Indonésie, Pakistan, Maroc, Algérie, Arabie Saoudite, Turquie) du fait de groupes dits « jihadistes » ou « takfiristes » qui contestent l'ordre existant du monde, tout comme les anarchistes russes l'ont fait à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, ou encore comme les groupuscules d'extrême gauche en Europe ou au Japon dans les années 1960-70 ou, plus près de nous, certaines guérillas d'Amérique latine, notamment les mouvements de type Sentier lumineux ou les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). Il s'agit du terrorisme exprimant un « malaise de civilisation » particulièrement aigu, accompagné de situations socio-économiques spécifiques, une crise d'institutions politiques et d'autorité légitime, le reliquat de rêves messianiques et millénaristes engendrés par les idéologies de source religieuse ou laïque. Ce terrorisme ne peut être combattu que par des moyens renforcés de police, en attendant des évolutions et réformes sociales qui suppriment progressivement les causes du phénomène.

Ce terrorisme de nature très spécifique est à distinguer d'une autre forme d'action violente très répandue dans l'histoire récente de l'humanité, qui conteste une occupation de territoires par une armée étrangère. Ce terrorisme était, jusqu'à récemment, qualifié de « résistance» à caractère légitime, quelle que soit de la nature la bannière idéologique, religieuse, ethnique, nationale, ou même transnationale lorsqu'elle se réclame d'une idéologie de type universel (communisme). C'est bien le cas de la résistance opposée en Palestine par Hamas et au Liban par le Hezbollah. Le seul traitement efficace et rapide de ce type de résistance légitime consiste à supprimer l'occupation étrangère, et à restaurer l'indépendance et la dignité des populations qui continuent de subir de longues années d'occupation.

Ce terrorisme / résistance n'est non plus à confondre avec le terrorisme qui veut lutter contre ce qui est perçu comme une domination insupportable d'un groupe hégémonique qui gère un territoire, comme dan cas de la résistance tamoule au Sri Lanka, du terrorisme corse, de celui de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) ou du mouvement kurde PKK (parti des travailleurs du Kurdistan) de résistance en Turquie, ainsi que l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (ASALA), de l'ETA (Euskadi ta askatasuna) basque : ces mouvements visent aussi une indépendance ou une autonomisation poussée de la population concernée.

Le discours des décideurs occidentaux et la littérature onusienne sur le terrorisme, en englobant dans un même vocable des violences aux causes totalement différentes, ne facilitent guère l'analyse calme et froide du phénomène, et donc du traitement qu'il faut lui appliquer pour le réduire. Il pousse à l'amalgame permanent entre islam et terrorisme, en dépit des situations diverses et hétéroclites qui ne concernent pas toutes des musulmans ou qui peuvent viser à la subversion des sociétés musulmanes elles-mêmes.

C'est pourquoi, tant que la dissociation n'est pas faite entre les différentes situations engendrant le terrorisme, la confusion ne pourra qu'augmenter dans les deux imaginaires opposés que nous avons décrits. Continuer sur ce chemin mène droit à la guerre généralisée. Combattre le terrorisme de façon aussi abstraite et décontextualisée, en déployant des armées dans plusieurs pays et envahissant certains d'entre eux, accusés sans preuves d'abriter des terroristes pour ce qui est de l'Irak, est une recette pour la catastrophe future. Elle ne produit en tout cas que davantage de terrorisme. L’armée américaine aura perdu plus d'hommes en voulant punir les auteurs des attentats du 11 septembre qu'il y a eu de victimes lors de ces attentats eux-mêmes (note 9). De plus, les États-Unis ont dépensé environ 600 milliards de dollars US pour financer les guerres militaires qu'ils ont menées et qui n'ont en rien résolu le problème du terrorisme.

Georges CORM

« La fracture Orient/Occident », in Futuribles n° 332/Juillet-Août 2007, p. 125-127 

 Site personnel de Georges CORM

Notes :  

7. Rappelons que le terrorisme de toutes origines a fait 5 720 victimes depuis 2001, dont 2997 pour les attaques du 11 septembre 2001. Les accidents de la route, rien qu'en Europe, ont causé la mort de plus de 214 000 personnes entre 2001 et 2005. En 2002, selon un rapport des Nations unies cité dans un article de la très sérieuse revue médicale The Lancet (n° 9521, 6-12 mai 2006), le nombre de morts dues aux accidents de la route dans le monde s'est élevé à 1,2 million de personnes, cependant que le nombre de blessés a atteint le chiffre monstrueux de 50 millions. Le coût de ces accidents est estimé à 518 milliards de dollars US. Le tsunami de décembre 2005 a causé la mort ou la disparition de près de 300 000 personnes.

9. Rappelons, par ailleurs, que le nombre de victimes irakiennes de l'invasion américaine et des violences généralisées qu'elle a déclenchées est estimé à 600 000 à la fin de l'année 2006 - voir la revue médicale britannique The Lancet (11 octobre 2006) qui publie une étude basée sur les travaux de chercheurs américains, réalisés en Irak.

21:55 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

La fracture Orient-Occident est-elle devenue irréparable ?

 
Georges Corm, Economiste, ancien ministre des Finances du Liban, ce chrétien libanais, anticommunautariste et ardent défenseur de la laïcité, vit à Beyrouth. Consultant auprès d'organismes internationaux et de banques centrales, il est notamment l'auteur d'un ouvrage de référence, Le Proche-Orient éclaté (éditions Gallimard, Folio/Histoire, 2002), d'un essai décapant, Orient-Occident, la fracture imaginaire (2005) et d'une histoire du Liban, Le Liban contemporain (éditions La Découverte, Poche, à paraître).

13:45 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

A propos du terrorisme...

La médiatisation à outrance de certains événements (dont le 11 septembre 2001), dans le but d'accréditer une « guerre des civilisations », en particulier sous la forme d'un conflit Islam/Occident, nous fait oublier certaines réalités (ainsi que la nécessité de mettre en perspective et toujours relativiser)... 

Rappelons que le terrorisme de toutes origines a fait 5 720 victimes depuis 2001, dont 2 997 pour les attaques du 11 septembre 2001. Les accidents de la route, rien qu'en Europe, ont causé la mort de plus de 214 000 personnes entre 2001 et 2005. En 2002, selon un rapport des Nations unies cité dans un article de la très sérieuse revue médicale The Lancet (n° 9521, 6-12 mai 2006), le nombre de morts dues aux accidents de la route dans le monde s'est élevé à 1,2 million de personnes, cependant que le nombre de blessés a atteint le chiffre monstrueux de 50 millions. Le coût de ces accidents est estimé à 518 milliards de dollars US. Le tsunami de décembre 2005 a causé la mort ou la disparition de près de 300 000 personnes.

Georges CORM

« La fracture Orient/Occident », in Futuribles n° 332/Juillet-Août 2007, p. 126, note 7 

 Site personnel de Georges CORM

12:40 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

16.07.2007

Gnose et manichéisme : nouvelles découvertes

Le grand public connaît les manuscrits de la mer Morte, découverts dans le désert de Judée à la fin des années 40 et au début des années 50. Datant du tournant de notre ère, ces manuscrits hébreux ou araméens, qui ont fait récemment l’objet d’une exposition au musée de la Pointe-à-Callière à Montréal, nous procurent une documentation neuve sur le judaïsme palestinien au temps de Jésus. On ignore toutefois souvent que la vallée du Nil, l’antique terre des pharaons, a livré au cours du XXe siècle des trésors d’une richesse inestimable, qui renouvellent de fond en comble notre connaissance des commencements et de la formation du christianisme. En effet, le début du siècle a été marqué par la découverte, entre 1897 et 1907, dans les dépotoirs de l’ancienne cité d’Oxyrhynque sur la rive occidentale du Nil, d’environ 50 000 fragments de papyrus allant de livres complets à des bouts de factures en passant par des pièces de correspondance privée et des fragments d’évangiles connus ou inconnus.

Puis, en 1929, on découvrit à Médinet Mâdi, à 30 km au sud-ouest de l’oasis du Fayyûm, une importante collection de codices de papyrus, non pas des rouleaux, mais des livres reliés comme les nôtres, contenant des textes manichéens inconnus, en langue copte (langue commune de l’Égypte à la fin de l’Antiquité) et datant du IVe siècle : Lettres de Mani, Kephalaia ou chapitres à lui attribués, Synaxeis ou commentaires d’un écrit de Mani, l’Évangile vivant de Mani, des Homélies et des Psaumes.

En 1945, près de la ville de Nag Hammadi, à environ 129 km au nord de Louxor, c’est une importante collection de manuscrits chrétiens, également en langue copte, que l’on découvrit treize codices reliés de cuir, totalisant 1284 pages et renfermant 54 écrits, inconnus dans leur très grande majorité, dont le fameux Évangile selon Thomas. Datant du IVe siècle, ces manuscrits sont des traductions d’originaux grecs perdus dont la plupart ont pu être rédigés au IIe, voire au Ier siècle. Enfin, depuis leur début en 1977 dans l’oasis de Dahlah (l’ancienne Kellis), dans le désert égyptien occidental, les fouilles archéologiques y ont mis au jour d’importantes collections de documents chrétiens et manichéens permettant de mieux connaître la situation religieuse en Égypte au IVe siècle, période au cours de laquelle le christianisme s’est imposé comme religion dominante dans le bassin méditerranéen.

L’importance de ces découvertes archéologiques tient au fait que notre connaissance des commencements du christianisme et de sa formation repose presque uniquement sur la documentation littéraire qui nous en a été transmise. Or cette transmission a été sélective et une grande partie de cette documentation, surtout lorsqu’elle émanait de mouvements religieux ou de formes du christianisme qui disparurent par la suite, a été détruite par celles qui réussirent à s’imposer, ou se sont simplement perdues.

Pourtant, ces documents sont essentiels à la connaissance de notre histoire. Par exemple, les découvertes récentes nous procurent une documentation de première main sur l’extraordinaire figure que fut le prophète Mani (216-277) et sur la religion universelle dont il fut le fondateur. Originaire de la Mésopotamie, l’actuel Irak, son message se répandit rapidement dans tout le bassin méditerranéen vers l’ouest et jusqu’en Chine vers l’est. Saint Augustin, avant sa conversion au catholicisme, fut longtemps un auditeur manichéen, et la doctrine de Mani eut une influence considérable sur le développement de sa pensée, qui exerça à son tour une influence majeure sur le développement du christianisme et de la culture occidentale. De même, les textes de Nag Hammadi nous révèlent un courant de pensée que les chercheurs modernes appellent le gnosticisme, et qui exerça une influence considérable sur la formation du christianisme aux IIe et IIIe siècles. Parmi les textes que nous livre cette collection se trouve le fameux Évangile selon Thomas, fascinante collection de paroles attribuées à Jésus, parfois qualifiée de «cinquième évangile».

Ces manuscrits font partie du trésor spirituel de l’humanité. Ils constituent un formidable patrimoine oublié, que l’aridité du climat égyptien a miraculeusement préservé pour nous. C’est pour cette raison que l’UNESCO, en collaboration avec le Service des antiquités de la République arabe d’Égypte, a patronné une édition photographique des codices de Nag Hammadi.

Il incombe aux savants de rendre à nouveau ces textes accessibles. La restauration de ces manuscrits parfois très mal préservés, leur analyse, leur édition et leur traduction dans des langues modernes exigent toutefois un travail long et ardu qui requiert la collaboration de diverses spécialités.

C’est à ce vaste effort international que collaborent la Faculté de théologie et de sciences religieuses et l’Institut d’études anciennes de l’Université Laval, à travers les chercheurs membres du Groupe de recherche sur le christianisme et l’Antiquité tardive (GRECAT) et leurs collaborateurs. En effet, une équipe de chercheurs y a entrepris, dans les années 70, l’édition critique et la traduction française des textes de Nag Hammadi en collaboration avec un réseau international de spécialistes. Trente volumes ont été publiés depuis lors dans la section «Textes» de la collection Bibliothèque copte de Nag Hammadi, sans compter les volumes de la section «Études» et les concordances informatisées de ces textes, un outil de travail mis au point à l’Université Laval et devenu indispensable aux spécialistes du monde entier. Plus récemment, au cours des années 90, un des chercheurs membres de notre équipe s’est vu confier la publication des manuscrits manichéens de Médinet Mâdi conservés dans les musées de Berlin, qui avait été interrompue par la Seconde Guerre mondiale. Ce même chercheur collabore à la publication des manuscrits de Dahlah.

D’autres projets sont en cours, qui visent à éditer et traduire en français des textes peu connus et essentiels à notre connaissance des commencements du christianisme, par exemple la plus importante réfutation du manichéisme qui nous soit parvenue, rédigée par Titus de Bostra vers 260. Ces recherches menées en copte, en syriaque et en grec attirent à l’Université Laval des jeunes chercheurs passionnés qui peuvent ainsi se joindre à un effort scientifique dont les retombées renouvellent complètement notre connaissance des commencements et de la formation du christianisme. Les dons privés constituent une contribution financière essentielle à ces recherches hautement spécialisées dont la poursuite requiert un temps considérable et un engagement à long terme des chercheurs.

Pour en savoir plus, on peut consulter le site Internet de la Bibliothèque copte de Nag Hammadi à l’adresse suivante : http://www.ftsr.ulaval.ca/bcnh/

 

Louis PAINCHAUD

Source de l'article 

 

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15.07.2007

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14.07.2007

Les effets de la mondialisation

« Les effets positifs de la mondialisation sont indiscutables. Quatre ou cinq cents millions de personnes sont sorties de la pauvreté absolue en Chine et quelque deux cents millions en Inde. Cela n’aurait jamais pu se produire sans l’ouverture des marchés mondiaux, le développement de l’entrepreneuriat et de l’innovation. Mais la mondialisation a aussi un coût, elle fait des perdants. (…) Nous ne pourrons pas maintenir les avantages de la mondialisation si en parallèle nous ne trouvons pas une solution pour répondre à l’inquiétude de ceux qu’elle menace. »

 

JEFFRY FRIEDEN, PROFESSEUR D’ÉCONOMIE À HARVARD

L'Humanité (site WEB), le 14 07/2007

11:20 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

13.07.2007

Henri-Charles PUECH (1902-1986), par M. TARDIEU

Né à Montpellier, Henri-Charles Puech entre, après sa licence ès lettres, à l’École normale supérieure, où il passe la licence (1922), puis l’agrégation de philosophie (1924). Après son service militaire – il fut sous-lieutenant au 81e régiment d’infanterie –, il devient pensionnaire de la fondation Thiers jusqu’en 1929. Il fréquente les cercles surréalistes avec celui qui restera son compagnon de toujours, Raymond Queneau, d’un an son cadet. En 1927 paraissent ses Notes sur Hamelin, écrites sur le fond de sa rupture avec André Breton. Il occupera sa dissidence surréaliste en rédigeant un mémoire sur la dissidence gnostique dans l’école de Plotin, la seule thèse qu’il ait jamais écrite et qui sera déposée à la Ve section (sciences religieuses) de l’École pratique des hautes études. Quant à Raymond Queneau, lui aussi en rupture avec André Breton dans les mêmes années, il occupera sa dissidence surréaliste en écrivant Le Chiendent.
 
En 1929 Puech est élu directeur d’études à la Ve section de l’E.P.H.E., où il enseignera quarante-deux ans (jusqu’en juin 1972), avec une seule interruption : il fut mobilisé en 1939-1940 dans un régiment de zouaves, comme Queneau ! À la rentrée universitaire de novembre 1940, nos deux zouaves, venus du surréalisme et de la drôle de guerre, se retrouvent l’un en face de l’autre, Queneau écoutant Puech disserter sur les théologies trinitaires à Alexandrie, d’Origène à Arius.
 
C’est là, en effet, à l’E.P.H.E., que Raymond Queneau était devenu, depuis 1933 (date de la parution du Chiendent), l’élève assidu de Puech, à l’époque où ce dernier y étudiait les fondements métaphysiques de la théologie irénéenne du temps.
         
L’influence de Puech ne se mesure pas au poids de ses publications. Les articles qu’il a publiés sont les produits de quelques cours, ses livres des recueils d’articles, de conférences ou de résumés de cours. Il n’aimait guère écrire et s’empêtrait dans les béquilles et superfluidités du discours, qui devaient finir par le paralyser. Il ressentait péniblement cette difficulté d’écrire et se morfondait en voyant certains de ses cours repris dans les productions d’élèves peu scrupuleux. Puech était un enseignant, non un écrivain. Le dernier cours qu’il fit marqua pour lui la rupture définitive avec son très long passé de parole. « Il ne me reste plus, déclara-t-il alors, qu’à m’appliquer la brève exhortation du logion 42 de l’Évangile selon Thomas : Soyez passant. »
         
Ses années d’enseignement sont une sorte de commentaire perpétuel de son mémoire sur la dissidence gnostique dans l’école de Plotin. Il n’était pas le premier à s’occuper des gnostiques, mais il modifiait de fond en comble les perspectives reçues. Les théologiens qui les étudiaient, ou les étudient encore, les considèrent comme un phénomène interne à l’histoire de l’Église et de la patristique. Philosophe de formation, Puech mit les gnostiques à la charnière de l’histoire doctrinale de l’Occident. Ces chrétiens fascinés par l’hellénisme qu’étaient les gnostiques n’inspiraient que dégoût aux Hellènes qu’ils fréquentaient. Ce jeu des fascinations et répulsions plaisait beaucoup à Puech. Il en fit sa vie. Il en fit son œuvre. Jeu grave, où vont se nouer pour des siècles les points de jonction du christianisme et de l’hellénisme, mais jeu toujours, que Puech mena avec la malice rigolarde d’un paysan du Midi, dans la proximité de l’auteur du Chiendent, son compagnon d’échappée des cercles surréalistes. Syzygie, rétro et moderne, de la pensée et du verbe.
         
Trois grandes découvertes vont marquer de façon décisive les recherches et l’enseignement de Puech. En 1930, des paysans égyptiens trouvent dans les ruines d’une maison, à Medinet Madi (Fayoum), une caisse en bois contenant une grande quantité de papyrus manichéens écrits en dialecte lycolipolitain (aujourd’hui conservés à Dublin, Berlin et Vienne). En 1941, des ouvriers travaillant à l’aménagement d’une carrière de la falaise de Tura, au sud du Caire, mettent la main sur des papyrus grecs contenant des œuvres d’Origène et de Didyme d’Alexandrie (aujourd’hui au Musée égyptien et dans les collections privées). En décembre 1945, une jarre contenant treize codices gnostiques coptes est trouvée par hasard dans une grotte de la falaise du Gabal al-Tarif, dans la région de Nag Hammadi (aujourd’hui au Musée copte du Vieux-Caire). Par la connaissance de première main qu’il avait de la littérature ancienne – religieuse et philosophique –, par sa capacité à relier fragments et témoignages par son expérience de lecture critique des textes, Puech put immédiatement tirer profit de ces découvertes et en mesurer l’importance. Grâce à elles, il fut le pionnier et l’artisan du renouveau des études manichéennes, origéniennes et gnostiques.
         
Le 21 mai 1952, il fait sa leçon inaugurale au Collège de France, dans la chaire d’histoire des religions. Il est docteur honoris causa de l’université d’Utrecht en 1956 et élu à 1’Académie des inscriptions et belles-lettres, le 2 mars 1962. Sa carrière d’enseignant au Collège comme à l’École pratique prendra fin en juin 1972. Deux ans plus tard, ses élèves lui offriront un recueil de Mélanges d’histoire des religions (P.U.F., 1974). En 1978, les éditions Gallimard publieront deux volumes d’Enquête de la gnose, recueil d’articles et de résumés de cours sur les gnostiques, et l’Évangile selon Thomas. Un recueil semblable relatif au manichéisme paraît en 1979 chez Flammarion (Sur le manichéisme et autres essais).
         
Avec A. Guillaumont, G. Quispel, W. Till et Y. Abd al-Masih, Puech a participé à l’édition princeps de l’Évangile selon Thomas, parue simultanément en français, en anglais et en hollandais à Paris, Londres et Leyde (1959). Avec M. Malinine, G. Quispel, W. Till et autres, il collabore à l’édition princeps des écrits du Codex Jung (aujourd’hui Codex I) dont les volumes paraissent de 1956 à 1975. Son petit livre, Le Manichéisme, son fondateur, sa doctrine (Paris, 1949), qui reproduit le texte de deux conférences faites à Rome les 5 et 7 novembre 1946, a dominé toute la recherche sur le manichéisme jusqu’à nos jours. Les plus grands spécialistes des études patristiques contemporaines ont été les élèves de Puech. Il est au point de départ de l’engouement actuel pour Philon d’Alexandrie, Irénée, Clément d’Alexandrie et Origène. Le renouveau des études dionysiennes lui doit beaucoup aussi.

Les recherches d’aujourd’hui en histoire des idées ont été marquées, de façon décisive, par quelques grands articles de Puech, telle sa contribution sur « Numénius d’Apamée et les théologies orientales au second siècle », parue en 1934 dans les Mélanges Bidez. Il y montrait le rôle déterminant joué par le milieu religieux de la Syrie du IIe siècle dans l’élaboration et la constitution d’une métaphysique systématique articulée sur l’opposition entre un premier dieu, Père et Roi, inconnu et oisif, et un second dieu, Fils et démiurge. Les études actuelles sur le platonisme moyen et tardif doivent beaucoup à cette vision, tout à fait remarquable, d’un monde global dans lequel une doctrine philosophique prend ses racines à l’intérieur du syncrétisme religieux.
 
Dès 1933, dans ses cours de 1’E.P.H.E., Puech remarquait que le thème nourricier des conceptions sotériologiques des gnostiques était celui de l’illusion du temps. Il parvint, par ce biais, à montrer tout ce que la « théologie chrétienne de l’histoire » qui est à l’œuvre chez Irénée de Lyon devait au traitement gnostique du temps. Puech rassembla ses vues sur cette question dans deux communications de 1951 (« Temps, histoire et mythe dans le christianisme des premiers siècles ») et de 1952 (« La Gnose et le temps »). Ses « Fragments retrouvés de l’Apocalypse d’Allogène », publiés en 1936 dans les Mélanges Franz Cumont, mettaient en lumière le rôle joué par les apocryphes dans l’histoire du monachisme syrien de tendance audienne. Il observait alors, bien avant la découverte de Nag Hammadi le succès de l’Apokryphon de Jean dans la Syrie du IVe siècle.

Les études actuelles sur les textes et les doctrines que livrent les manuscrits coptes de Nag Hammadi ont leur point de départ dans la grande contribution de Puech aux Mélanges Crum, parus en 1950 (« Les Nouveaux Écrits gnostiques découverts en Haute-Égypte. Premier inventaire et essai d’identification »). La meilleure étude d’ensemble des évangiles en usage chez les gnostiques ou fabriqués par eux  reste, aujourd’hui encore, celle qu’il publia en allemand dans la troisième édition des Neutestamentliche Apocrkyphen d’Edgar Hennecke (1959).

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05.07.2007

Les civilisations présentes

Sommaire (en construction)

 
  • Le choc des civilisations ? 
  • Les blocs civilisationnels
  • La guerre des dieux 
 
Afrique
 
  • La civilisation africaine 
 

Asie 1 (Orient/Extrême-Orient)
 
  • La civilisation hindoue
  • La civilisation chinoise
  • La civilisation japonaise
 
Asie 2 (Proche Orient/MoyenOrient) 
 
  • La civilisation islamique

Europe-Amériques
 
  • La civilisation occidentale 
 

Océanie


 


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04.07.2007

Nouveaux sites WEB référencés

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Livres

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Sites WEB

 

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Manichéen, manichéenne...

Venus d'Iran au IIIe siècle, les manichéens sont perçus comme des Perses, vieux ennemis des Romains. Leurs détracteurs jouent sur le nom de leur prophète, Mani, pour le rapprocher du terme méprisant de folie (mania, en grec). La langue française a intégré depuis longtemps le terme « manichéen ». Une « perspective manichéenne », par exemple, est qualifiée telle parce qu'on la trouve simpliste ou schématique ; l'emploi de l'adjectif « manichéen » est fréquent dans un contexte où l'on oppose une vision des choses à une autre, une position politique à une autre, une religion du bien à une religion du mal. Cet usage de la langue remonte à plusieurs siècles, à une période où l'adjectif « manichéen » servait à désigner n'importe quelle sorte d'hérétiques au Moyen Age : cathares et albigeois, et déjà, avant eux, bogomiles et pauliciens... (d'après J. D. DUBOIS)

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