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16.07.2007

Gnose et manichéisme : nouvelles découvertes

Le grand public connaît les manuscrits de la mer Morte, découverts dans le désert de Judée à la fin des années 40 et au début des années 50. Datant du tournant de notre ère, ces manuscrits hébreux ou araméens, qui ont fait récemment l’objet d’une exposition au musée de la Pointe-à-Callière à Montréal, nous procurent une documentation neuve sur le judaïsme palestinien au temps de Jésus. On ignore toutefois souvent que la vallée du Nil, l’antique terre des pharaons, a livré au cours du XXe siècle des trésors d’une richesse inestimable, qui renouvellent de fond en comble notre connaissance des commencements et de la formation du christianisme. En effet, le début du siècle a été marqué par la découverte, entre 1897 et 1907, dans les dépotoirs de l’ancienne cité d’Oxyrhynque sur la rive occidentale du Nil, d’environ 50 000 fragments de papyrus allant de livres complets à des bouts de factures en passant par des pièces de correspondance privée et des fragments d’évangiles connus ou inconnus.

Puis, en 1929, on découvrit à Médinet Mâdi, à 30 km au sud-ouest de l’oasis du Fayyûm, une importante collection de codices de papyrus, non pas des rouleaux, mais des livres reliés comme les nôtres, contenant des textes manichéens inconnus, en langue copte (langue commune de l’Égypte à la fin de l’Antiquité) et datant du IVe siècle : Lettres de Mani, Kephalaia ou chapitres à lui attribués, Synaxeis ou commentaires d’un écrit de Mani, l’Évangile vivant de Mani, des Homélies et des Psaumes.

En 1945, près de la ville de Nag Hammadi, à environ 129 km au nord de Louxor, c’est une importante collection de manuscrits chrétiens, également en langue copte, que l’on découvrit treize codices reliés de cuir, totalisant 1284 pages et renfermant 54 écrits, inconnus dans leur très grande majorité, dont le fameux Évangile selon Thomas. Datant du IVe siècle, ces manuscrits sont des traductions d’originaux grecs perdus dont la plupart ont pu être rédigés au IIe, voire au Ier siècle. Enfin, depuis leur début en 1977 dans l’oasis de Dahlah (l’ancienne Kellis), dans le désert égyptien occidental, les fouilles archéologiques y ont mis au jour d’importantes collections de documents chrétiens et manichéens permettant de mieux connaître la situation religieuse en Égypte au IVe siècle, période au cours de laquelle le christianisme s’est imposé comme religion dominante dans le bassin méditerranéen.

L’importance de ces découvertes archéologiques tient au fait que notre connaissance des commencements du christianisme et de sa formation repose presque uniquement sur la documentation littéraire qui nous en a été transmise. Or cette transmission a été sélective et une grande partie de cette documentation, surtout lorsqu’elle émanait de mouvements religieux ou de formes du christianisme qui disparurent par la suite, a été détruite par celles qui réussirent à s’imposer, ou se sont simplement perdues.

Pourtant, ces documents sont essentiels à la connaissance de notre histoire. Par exemple, les découvertes récentes nous procurent une documentation de première main sur l’extraordinaire figure que fut le prophète Mani (216-277) et sur la religion universelle dont il fut le fondateur. Originaire de la Mésopotamie, l’actuel Irak, son message se répandit rapidement dans tout le bassin méditerranéen vers l’ouest et jusqu’en Chine vers l’est. Saint Augustin, avant sa conversion au catholicisme, fut longtemps un auditeur manichéen, et la doctrine de Mani eut une influence considérable sur le développement de sa pensée, qui exerça à son tour une influence majeure sur le développement du christianisme et de la culture occidentale. De même, les textes de Nag Hammadi nous révèlent un courant de pensée que les chercheurs modernes appellent le gnosticisme, et qui exerça une influence considérable sur la formation du christianisme aux IIe et IIIe siècles. Parmi les textes que nous livre cette collection se trouve le fameux Évangile selon Thomas, fascinante collection de paroles attribuées à Jésus, parfois qualifiée de «cinquième évangile».

Ces manuscrits font partie du trésor spirituel de l’humanité. Ils constituent un formidable patrimoine oublié, que l’aridité du climat égyptien a miraculeusement préservé pour nous. C’est pour cette raison que l’UNESCO, en collaboration avec le Service des antiquités de la République arabe d’Égypte, a patronné une édition photographique des codices de Nag Hammadi.

Il incombe aux savants de rendre à nouveau ces textes accessibles. La restauration de ces manuscrits parfois très mal préservés, leur analyse, leur édition et leur traduction dans des langues modernes exigent toutefois un travail long et ardu qui requiert la collaboration de diverses spécialités.

C’est à ce vaste effort international que collaborent la Faculté de théologie et de sciences religieuses et l’Institut d’études anciennes de l’Université Laval, à travers les chercheurs membres du Groupe de recherche sur le christianisme et l’Antiquité tardive (GRECAT) et leurs collaborateurs. En effet, une équipe de chercheurs y a entrepris, dans les années 70, l’édition critique et la traduction française des textes de Nag Hammadi en collaboration avec un réseau international de spécialistes. Trente volumes ont été publiés depuis lors dans la section «Textes» de la collection Bibliothèque copte de Nag Hammadi, sans compter les volumes de la section «Études» et les concordances informatisées de ces textes, un outil de travail mis au point à l’Université Laval et devenu indispensable aux spécialistes du monde entier. Plus récemment, au cours des années 90, un des chercheurs membres de notre équipe s’est vu confier la publication des manuscrits manichéens de Médinet Mâdi conservés dans les musées de Berlin, qui avait été interrompue par la Seconde Guerre mondiale. Ce même chercheur collabore à la publication des manuscrits de Dahlah.

D’autres projets sont en cours, qui visent à éditer et traduire en français des textes peu connus et essentiels à notre connaissance des commencements du christianisme, par exemple la plus importante réfutation du manichéisme qui nous soit parvenue, rédigée par Titus de Bostra vers 260. Ces recherches menées en copte, en syriaque et en grec attirent à l’Université Laval des jeunes chercheurs passionnés qui peuvent ainsi se joindre à un effort scientifique dont les retombées renouvellent complètement notre connaissance des commencements et de la formation du christianisme. Les dons privés constituent une contribution financière essentielle à ces recherches hautement spécialisées dont la poursuite requiert un temps considérable et un engagement à long terme des chercheurs.

Pour en savoir plus, on peut consulter le site Internet de la Bibliothèque copte de Nag Hammadi à l’adresse suivante : http://www.ftsr.ulaval.ca/bcnh/

 

Louis PAINCHAUD

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