16.02.2007

Mani, réincarnation de Lao-Tseu

Une légende chinoise veut que Lao-Tseu, après avoir quitté la Chine pour l’Occident, se soit métamorphosé en une grenade qu’avala, alors, la mère de Mani, Maryam. Celle-ci se retrouva enceinte et engendra le « Bouddha de Lumière », Mani. Le récit relate aussi que l’enfant « sortit en fendant la poitrine de sa mère » (ce fait est confirmé par le Compendium, où il est dit que Mani est né du sein de sa mère et non de son ventre). Ces différentes indications, d’ordre symbolique, permettent d’établir un lien organique et une « continuité » spirituelle entre les deux textes du Compendium et du Traité et corroborent notre hypothèse selon laquelle les légendes et les mythes manichéens ont principalement trait à la seconde naissance, à la genèse de l’Homme nouveau chrétien, de l’Homme intérieur, selon la méthode initiatique de l’Appel et de la Réponse (l’« Appel de l’Esprit » et la « Réponse de l’homme », ou inversement, l’« Appel de l’homme » et la « Réponse de l’Esprit »).
 
 François Favre 

Comment l'Occident a vaincu le reste du monde...

L’Occident a vaincu le monde non parce que ses idées, ses valeurs, sa religion étaient supérieures – rares ont été les membres d’autres civilisations à se convertir –, mais plutôt par sa supériorité à utiliser la violence organisée. Les Occidentaux l’oublient souvent, mais les non-Occidentaux jamais. 
 
Samuel Huntington 

A propos de la notion de progrès...

L’idée de progrès ne doit pas être abandonnée. Ce qu’il faut abandonner, c’est le déterminisme du progrès, ce qu’il faut conserver c’est la possibilité de progrès. Ainsi les Lumières doivent être dépassées au sens hégélien du terme, c’est-à-dire conservées. Ce qui doit être dépassé, c’est la raison close, fermée sur elle-même. La raison pure n’existe pas. Comme nous le montre un neurologue tel qu’Antonio Damasio, la raison comporte toujours du sentiment. Il nous faut aujourd’hui combiner le romantisme et les Lumières, afin qu’il n’y ait pas de passion sans raison, ni de raison sans passion. Il faut relier l’esprit critique et autocritique des Lumières au sentiment de la nature.
 
Edgar Morin 

09.02.2007

Esséniens

Article (aujourd'hui introuvable) de Jean Hadot, professeur à l'Université libre de Bruxelles (Belgique), consacré aux Esséniens, paru en 1968 dans l'Encyclopaedia Universalis

04.02.2007

D'un 11 septembre à l'autre...

Introduction du livre Le choc des barbaries (10/18, 2004), de Gilbert Achcar. A propos du « bourrage de crânes »...

Voir aussi: Noam Chomsky, De la propagande (10/18, 2003). D'une manière générale, l'oeuvre de Chomsky est une remarquable réflexion sur les rapports entre langage et pouvoir. 


Quand le capitalisme n'a plus besoin de la démocratie...

Comment la banalisation de la torture, la multiplication des lois sécuritaires, l'extension des pouvoirs de la police, la prolifération des instruments de surveillance, la démission de la presse sont-elles possibles? Comment une telle dégradation de l'esprit de la démocratie s'est-elle produite ? Par le fait que, depuis la chute de l'URSS, la classe dirigeante s'est convaincue qu'elle n'avait plus besoin de la démocratie. Auparavant, la liberté était le meilleur argument pour contrer le modèle collectiviste. Elle était bonne pour les individus, et elle favorisait une bien plus grande réussite économique. Mais dans les années 1990, le paradigme qui associait liberté et capitalisme s'est dissous. D'une part, la droite extrême a élaboré aux États-Unis, sous l'influence des « néo-conservateurs », une idéologie plaçant la priorité sur le maintien de l'ordre social institué et de la puissance américaine. D'autre part, la montée impressionnante de l'économie chinoise dans un contexte de répression continue et de parti unique a habitué les esprits à ce découplage possible entre libertés publiques et dynamisme économique.

Ainsi, la démocratie devient antinomique avec les buts recherchés par l'oligarchie: elle favorise la contestation des privilèges indus, elle alimente la remise en cause des pouvoirs illégitimes, elle pousse à l'examen rationnel des décisions. Elle est donc de plus en plus dangereuse, dans une période où les dérives nuisibles du capitalisme deviennent plus manifestes.

Qui plus est, le maintien du gaspillage ostentatoire implique une forte consommation de pétrole et d'énergie. Comme les réserves les plus importantes en sont situées au Moyen-Orient, il faut mener une politique visant à contenir la contestation politique dans cette région. Cette politique prend le nom de «lutte contre le terrorisme». Elle présente l'avantage de justifier les restrictions aux libertés au nom de la sécurité, ce qui permet de réprimer les mouvements sociaux qui commencent à se réveiller.

 

Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, p. 111-112

La démocratie en danger

Chapitre 5 du livre de Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Seuil, 2007, relatif aux dérives de la démocratie sous l'influence de ce qu'il nomme « l’oligarchie », sorte de nouvelle Nomenklatura capitaliste. A lire impérativement... 



Jan van Rijckenborgh, un éveillé

La librairie ésotérique Les arcanes de la connaissance se déplace de Bruxelles à Liège.

A cette occasion, Thierry Bazzato, responsable du site Liberthèque (Liège, Belgique), que je ne connais pas, m'a envoyé un mail contenant 2 liens, sans autres explications. Je reproduis ici le message:

« La librairie de Bruxelles Les Arcanes de la Connaissance arrive!
http://libertheque.blog4ever.com/blog/lirarticle-72315-236254.html

Bousculez vos idées, vos croyances!... http://libertheque.blog4ever.com/blog/lirarticle-72315-236214.html » 

 
Le second lien a trait à Jan van Rijckenborgh, que Thierry présente comme un « éveillé » et son « maître à penser ». Un lien en bas de l'article renvoie à mon blog.

Pour le moment, je n'en sais pas plus!


François FAVRE 

 

 

IBM et l'Holocauste

Livre d'Edwin Black, parution 02/2001
 
Au Cours de la Deuxième Guerre mondiale, les nazis ont exterminé six millions de Juifs. Grâce à une organisation remarquable, les listes de noms étaient toujours prêtes, les trains toujours à l'heure et les chambres à gaz toujours disponibles au bon moment.
Aujourd'hui, on utiliserait des ordinateurs. A l'époque, il n'y en avait pas. Mais les nazis avaient autre chose : des machines à cartes perforées. Elles étaient partout : dans les bureaux, dans les centres ferroviaires, dans les usines, mais aussi près des ghettos et dans les camps.
La moindre information était saisie, traitée, triée, analysée. Toute la machine de guerre allemande, toute la logistique de l'asservissement et de l'extermination reposaient sur ces appareils. Et ceux-ci étaient la propriété d'une entreprise américaine : IBM. Ce livre raconte comment s'est nouée, dès 1933, l'alliance stratégique entre IBM et les nazis. Comment, avec l'aide de sa filiale allemande, la multinationale a fourni au IIIe Reich des solutions « clés en main ». Comment, en pleine guerre, IBM gérait ses filiales européennes par l'intermédiaire de son bureau à Genève. Comment, entre autres, les Juifs de Hollande furent les victimes de la technologie IBM et pourquoi les Juifs de France eurent davantage de chance. Comment, enfin, tout cela fut accompagné d'un effort systématique d'occultation. Certes, avec ou sans IBM, les nazis auraient entrepris d'exterminer les Juifs. Mais les chiffres, eux, auraient été très différents...
 
 
Propos de l'éditeur 
 
A lire aussi :
 
 

02.02.2007

Ma dette envers Jan van Rijckenborgh

Indiquons encore que nous devons la majeure partie de nos intuitions à deux auteurs (un théosophe et un philosophe) : Jan van Rijckenborgh (1896-1968) et Henry Corbin (1903-1978). Le premier, d’origine hollandaise, est le fondateur du Lectorium Rosicrucianum, mouvement spirituel d’inspiration gnostique et chrétienne qui s’intitulera jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale : « Ordre des Manichéens ». Cette appellation attire notre attention sur l’existence d’une filiation spirituelle  entre l’œuvre de Mani et celle de Van Rijckenborgh : à plusieurs reprises, le gnostique hollandais rappellera combien il s’était senti concerné, dès le début, de sa recherche par le message que la Fraternité des manichéens (comme celle des cathares) avait livré au monde, y retrouvant non seulement un écho profond à ses aspirations mais aussi une confirmation des découvertes auxquelles il était parvenu dans ses investigations occultes de la mémoire de la nature (akasha).

Comme Mani, Van Rijckenborgh ressentit très jeune l’appel de la Gnose, qu’il décrit comme « force, rayonnement et lumière », comme « une radiation du Royaume immuable [Surnature] reliée de la manière la plus simple au microcosme humain, à l’étincelle d’Esprit, dont l’intention fondamentale est de « ramener à la Maison ce qui était perdu ».

Sa quête de la Vérité l’amena à rompre rapidement avec son milieu religieux d’origine (le protestantisme) et  à orienter ses recherches sur les mondes invisibles, en raison de ses facultés naturelles de clairvoyance.

Comme Mani, Van Rijckenborgh connut par l’intermédiaire de « l’Autre en lui », qu’il appelle son « Bien-Aimé », plusieurs révélations intérieures profondes, qui lui permirent de mettre à jour ce qu’il nommera ultérieurement « l’énorme mystification de l’au-delà » et de découvrir qu’il existe un règne originel, un règne dépassant de loin les domaines supérieurs du Nirvana eux-mêmes et se distinguant  nettement de la nature de la mort et de ses deux sphères [l’ici-bas et l’au-delà]. » Suite à ces différentes expériences spirituelles, Van Rijckenborgh quitta le Rosicrucian Fellowship de Max Heindel auquel  il avait adhéré pendant ses années de jeunesse pour créer son propre mouvement, comme l’avait fait Mani après sa rupture avec les Elkasaïtes. Il avait alors vingt-huit ans.

Toute sa vie Van Rijckenborgh basera son enseignement sur la notion claire et irréfutable de l’existence de deux Natures absolument séparées et inconciliables (dualisme cosmologique). Pour lui, le monde des soi-disant vivants (ici-bas) décrit par la science, et le royaume des morts (au-delà) dépeint par des « occultistes » comme Blavatsky, Steiner, Heindel ou des « mystiques » visionnaires comme Hildegarde de Bingen, sont une seule et même réalité à laquelle il donne les noms de « nature de la mort » et de « monde dialectique ». Ces deux appellations explicites font ressortir le caractère tragique, absurde, désespéré et inhumain d’un ordre de réalité profondément cruel et barbare, voué au culte de la mort (tant ici-bas que dans l’au-delà), constamment soumis au jeu des contraires et des oppositions : le bien se transforme en mal, et réciproquement, la joie se change en souffrance, la victoire en défaite.

Cependant, explique-t-il, il existe un autre monde, absolu et éternel, non duel, profondément différent, où l’homme en tant que créature spirituelle vit dans un état de béatitude parfait, non pas dans un état incorporel comme c’est le cas dans l’au-delà, mais en possession d’un « vêtement de feu », d’un « corps de lumière », sublime et glorieux : c’est la « nature de la vie », désignée dans les Évangiles comme le Royaume, dans la littérature bouddhique comme le Nirvana, et dans la philosophie manichéenne, comme la Terre de lumière.

Selon Van Rijckenborgh, il n’est possible d’accéder à cette Surnature que par un processus radical de transformation de la conscience, placé symboliquement sous le signe de la rose, de la croix et du caducée (serpent). La rose est ici le symbole de l’étincelle de lumière, l’étincelle divine des gnostiques, que Van Rijckenborgh désigne aussi de manière plus actuelle comme l’« atome-étincelle d’esprit » ou « atome christique » ; la croix est l’image du corps humain et le caducée, la représentation du double système nerveux (axe cérébro-spinal et grand sympathique).

Quand ce noyau divin devient actif, explique-t-il, quand cette étincelle de lumière s’enflamme dans le cœur, une force spirituelle nouvelle (l’élixir des alchimistes) est libérée ; celle-ci déclenche dans le système corporel (laboratoire) une véritable « réaction en chaîne », comparable au processus de la fission atomique : c’est le chemin de la transmutation à la transfiguration, dont l’exposé formait la trame des anciens traités hermétiques d’alchimie et des Évangiles.

Mais Van Rijckenborgh, à la différence de ses prédécesseurs, ne s’exprime pas en termes allusifs et métaphoriques : il parle ouvertement d’une expérience ésotérique vécue dans la conscience et dans le corps (l’initiation christique).

Il s’agit d’un processus intérieur en trois temps qui conduit l’homme en recherche du stade Jean (la préparation au chemin) au stade Jésus (la naissance de l’âme) pour parvenir au stade Christ : la liaison rétablie avec l’Esprit. C’est le chemin d’éveil des trois kundalini, décrit plus haut, qui réalise la libération de l’Âme-Esprit dès la vie présente et brise le cycle des réincarnations. Nous sommes donc redevables à Van Rijckenborgh et à ses disciples de nous avoir fourni la clef permettant de comprendre et de libérer le véritable sens de ces textes mystérieux et profondément « hermétiques » que nous ont légué les écrivains manichéens.

 

François Favre, Mani, Christ d'Orient..., p. 42/47 

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