04.02.2007

Quand le capitalisme n'a plus besoin de la démocratie...

Comment la banalisation de la torture, la multiplication des lois sécuritaires, l'extension des pouvoirs de la police, la prolifération des instruments de surveillance, la démission de la presse sont-elles possibles? Comment une telle dégradation de l'esprit de la démocratie s'est-elle produite ? Par le fait que, depuis la chute de l'URSS, la classe dirigeante s'est convaincue qu'elle n'avait plus besoin de la démocratie. Auparavant, la liberté était le meilleur argument pour contrer le modèle collectiviste. Elle était bonne pour les individus, et elle favorisait une bien plus grande réussite économique. Mais dans les années 1990, le paradigme qui associait liberté et capitalisme s'est dissous. D'une part, la droite extrême a élaboré aux États-Unis, sous l'influence des « néo-conservateurs », une idéologie plaçant la priorité sur le maintien de l'ordre social institué et de la puissance américaine. D'autre part, la montée impressionnante de l'économie chinoise dans un contexte de répression continue et de parti unique a habitué les esprits à ce découplage possible entre libertés publiques et dynamisme économique.

Ainsi, la démocratie devient antinomique avec les buts recherchés par l'oligarchie: elle favorise la contestation des privilèges indus, elle alimente la remise en cause des pouvoirs illégitimes, elle pousse à l'examen rationnel des décisions. Elle est donc de plus en plus dangereuse, dans une période où les dérives nuisibles du capitalisme deviennent plus manifestes.

Qui plus est, le maintien du gaspillage ostentatoire implique une forte consommation de pétrole et d'énergie. Comme les réserves les plus importantes en sont situées au Moyen-Orient, il faut mener une politique visant à contenir la contestation politique dans cette région. Cette politique prend le nom de «lutte contre le terrorisme». Elle présente l'avantage de justifier les restrictions aux libertés au nom de la sécurité, ce qui permet de réprimer les mouvements sociaux qui commencent à se réveiller.

 

Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, p. 111-112