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02.10.2006

Bohaira, moine «manichéen»

Dans La vie de Mahomet, le romancier roumain Virgil Gheorghiu décrit, conformément à la Sira (la biographie officielle), la rencontre en Syrie entre Mahomet, alors âgé de 12 ans, et le moine «manichéen» Bohaira. Celui-ci voit dans le jeune homme le «sceau des prophètes», le Paraclet annoncé par les Ecritures. Ces deux appellations étant d'origine manichéenne, un lien métahistorique est ici établi par la tradition musulmane entre les deux prophètes. 

Voir texte 

 

Texte extrait de Mani, Christ d'Orient et Bouddha d'Occident:  

Le grand projet de Corbin, «le projet d’une vie», fut de «ressusciter» la sagesse de l’ancienne Perse, «monde médian et médiateur» entre Orient et Occident, et de mettre à jour ces fameuses continuités qui permettent de concevoir l’ensemble iranien, de la Perse zoroastrienne à l’Iran chiite, comme formant un tout: religion de la Lumière (zoroastrisme, mithraïsme, manichéisme, chiisme), philosophie de la Lumière (tradition orientale.

L’exemple suivant suggère au mieux l’idée de ces «continuités iraniennes» et «gnostiques» dont l’affirmation fut le propos essentiel de son Grand Oeuvre philosophique: certaines traditions musulmanes veulent que, lors d’un voyage en Syrie, Mahomet, à l’âge de douze ans – l’âge de la première révélation de Mani et de la rencontre de Jésus avec les docteurs de la Loi dans le Temple à Jérusalem, la ville sainte – fut reconnu formellement comme le Sceau des prophètes – titre que s’était déjà attribué Mani – par un moine manichéen du nom de Bohaïra, mot qui en syriaque signifie «l’Élu»; c’est encore lui [= Georges] qui confirmera Mahomet dans sa vocation prophétique et attestera la réalité de ses visions lorsque celui-ci, en proie au doute, sera conduit à lui par sa femme Khadija; ajoutons pour finir que Bohaïra serait, selon certains témoignages d’origine chiite, le dernier Imam de Jésus.

L’analogie de structure entre la perspective manichéenne et la perspective musulmane est bien évidemment frappante, et il faudrait beaucoup de légèreté pour ne voir dans ces similitudes qu’un artifice littéraire, la méditation «transversale» des textes permettant au contraire de déceler l’existence d’un réseau d’intentions et d’orientations communes à ces approches spirituelles distinctes. Plus décisive que le recours à une causalité historique toujours contestable, s’impose ici l’évidence d’une rencontre sous un horizon commun.

Le principal mérite de Corbin demeurera certainement d’avoir rappelé aux chercheurs occidentaux l’existence du «monde imaginal» (= Moyen-Orient), intermonde entre le sensible et l’intelligible où prennent forme les visions prophétiques, les songes visionnaires et les perceptions suprasensibles.

Il fut aussi l’un des rares penseurs occidentaux modernes capable d’entrevoir que l’herméneutique du «sens caché» du Coran, telle que la pratiquaient les ésotéristes musulmans, avait non seulement la puissance de nous ouvrir «le secret des âges et des espaces de l’Iran, mais aussi celui de notre tradition spirituelle, à nous occidentaux». «Lisez le Livre avec extase du cœur, émotion intérieure et réflexion subtile. Lisez le Coran comme s’il n’avait été révélé que pour votre propre cas», écrira Sohravardi à ses disciples.

 

François FAVRE 

13:15 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note