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31.08.2006

Livres

Esotérisme chrétien 

Esotérisme moderne

Extraits de livres

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Livres/Articles

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Les mystères post-chrétiens

Gnose en islam iranien

 Revue Pentagramme

 Actualité de la gnose 

Autres textes

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Sources gnostiques et manichéennes

 Textes de Nag Hammadi

 Autres textes gnostiques

 Textes anti-gnostiques

Bibliothèque manichéenne

Textes anti-manichéens

Augustin 

22:40 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note

Les niveaux de réalité...

Article de M. A. AMIR-MOEZZI (GESC n°5, Archè Edidit, 1997)

Du droit à la théologie: les niveaux de réalité dans le chiisme duodécimain 

 

22:15 Publié dans 05. Autres gnoses | Lien permanent | Envoyer cette note

Pour les chiites, seuls...

Article de M.A. AMIR-MOEZZI (Cahiers de sciences religieuses, n°1, septembre 1997)

Pour les chiites, seuls les initiés seront sauvés 

21:35 Publié dans 05. Autres gnoses | Lien permanent | Envoyer cette note

27.08.2006

Philosophumena

16:10 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

Anthologie manichéenne

16:00 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

Mani, le bouddha de lumière

Traduction et commentaire du Catéchisme manichéen chinois, par Nahal Tajadod. Disponible à l'achat.

15:50 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

Psaumes des errants

Traduction partielle et commentaire du Psautier manichéen retrouvé au Fayoum (Egypte) en 1930, par A. Villey. Disponible à l'achat.

15:40 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

Evangile de Judas

Texte intégral et commentaire en français. Disponible à l'achat.

 

 

15:15 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

19.08.2006

Qui sont les chiites?

Le shi‘isme ne doit pas être désigné comme une «hétérodoxie» par rapport à un sunnisme qui serait l’«orthodoxie» islamique. Il n’y a ni concile ni autorité pontificale en Islam pour déterminer ces positions dogmatiques, et l’idée de majorité n’est pas plus l’équivalent d’orthodoxie que celle de minorité n’est l’équivalent d’hétérodoxie. Le shi‘isme représente une certaine manière de comprendre et de vivre l’islam qui remonte jusqu’aux origines de celui-ci, c’est-à-dire au vivant même du Prophète. Le mot «shi‘isme» est bizarrement formé en français par l’adjonction d’un suffixe tiré du grec au mot arabe shi‘a. La racine d’où provient ce dernier connote l’idée de suivre, d’accompagner. La shi‘a, c’est l’ensemble des adeptes, de l’école (il y a, par exemple, la shi‘a  de Platon). Au sens strict du mot, la shi‘a, le shi‘isme, s’applique essentiellement aux fidèles qui professent la foi en la mission des Douze Imams, c’est-à-dire les shi‘ites duodécimains ou imamites tout court (le mot imam  veut dire guide, principalement au sens spirituel). Au sens large, le mot peut désigner une vaste famille en mesure de se réclamer d’une ascendance shi‘ite. Dans cette famille entrent les Ismaéliens (comme shi‘ites septimaniens, différenciés des duodécimains à partir du VIIe Imam), et subsidiairement les Druzes et les Nosayris. D’autres branches, tel le zaydisme (au Yémen), forment en quelque sorte transition avec le sunnisme.

Après le bref éclat jeté par les princes iraniens shi‘ites de la dynastie des Bouyides (Xe s.), qui furent un moment les vrais maîtres de l’empire abbaside, le shi‘isme duodécimain eut à traverser des siècles de persécution qui le réduisirent à la clandestinité. C’est seulement avec l’avènement de la dynastie safavide au XVIe siècle et la reconstitution de la souveraineté nationale iranienne qu’il put revivre au grand jour, ce qui ne veut nullement dire que la pensée shi‘ite soit une création de l’époque safavide. La quasi-totalité de la population iranienne professe de nos jours le shi‘isme; aussi bien, dès les origines, le shi‘isme avait-il pris fortement racine en Iran. Il y a, en outre, de forts îlots shi‘ites en Iraq (où sont les lieux saints: Najaf, Karbala, Kazimayn), au Liban, en Syrie, dans l’Inde, au Pakistan..., mais les statistiques, quand il y en a, ne fournissent pas des données numériques qui soient hors de doute. Aussi bien, par sa «discipline de l’arcane», le shi‘isme échappe-t-il plus que toute autre formation religieuse aux statistiques.

 

Henry CORBIN, article Chiisme, Encyclopaedia Universalis, 1995 

14:25 Publié dans 05. Autres gnoses | Lien permanent | Envoyer cette note

18.08.2006

L'influence ismaélienne

La doctrine ismaélienne, dans ses aspects religieux aussi bien que philosophique ou politico-social, tend à marquer profondément la société et l’esprit islamiques, et cela depuis l’origine jusqu’à l’époque contemporaine. Dès le XIe siècle de l’ère chrétienne, cette action se manifesta de façon grandiose à travers l’encyclopédie, à la fois philosophique et scientifique, des Ikhwam al-safa’, la première œuvre de ce genre que le monde ait connue. Ses auteurs, tous ismaéliens, ont réussi à y grouper le savoir complet de l’humanité jusqu’à leur époque et à y exprimer leur vision de l’homme et du monde. Ils ont ainsi préparé la voie aux grands hommes de l’Islam tels que al-Farabi et Avicenne. Parallèlement à l’influence culturelle et scientifique qu’ils ont eue par là sur l’élite, ils ont affirmé leur présence au sein même du peuple par une autre création non moins profonde et durable: l’œuvre fameuse des Mille et Une Nuits. La critique moderne, d’ailleurs aussi bien chez les Arabes que chez les orientalistes, reconnaît dans cet ouvrage la marque de l’esprit chiite en général, et ismaélien en particulier.

Dans le domaine religieux, l’ismaélisme exerça une influence directe qui est très sensible sur les grands mystiques de l’islam tels que al-Halladj, al-Ghazali et surtout Ibn ‘Arabi. Elle se remarque aussi chez tous les mystiques de l’Iran, où, par tempérament, on est plus enclin à suivre l’esprit ismaélien que dans les pays arabes. Plus importante encore est la diffusion par les ismaéliens dans le monde islamique des idées libérales et de l’humanisme, qui ont donné aux hommes le courage de s’exprimer librement. À l’influence politique et sociale de ce mouvement, enfin, il convient de rattacher l’action, dès le IIIe siècle de l’hégire (Xe s.), des membres d’une secte – appelée Qarmat, du nom de son fondateur – qui adhérèrent publiquement à l’ismaélisme et mirent en application leurs idées socialistes au sein d’un État créé par eux, dans la région de Bahreïn et Oman, en Arabie.

 

Osman YAHIA, article Ismaélisme, Encyclopaedia Universalis, 1995 

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Notice sur les manichéens (Augustin)

Manès, originaire de Perse, fut le chef des Manichéens: cependant, après qu'il eut commencé à enseigner en Grèce sa doctrine insensée, ses disciples aimèrent mieux l'appeler Manichée que de lui donner un nom synonyme de celui de folie. Partant de là, quelques-uns d'entre eux, comme plus savants et, par là même, plus menteurs, doublèrent l'N, et prononcèrent Mannichée, c'est-à-dire, homme qui répand la manne. Manès imagina l'existence de deux principes, différents l'un de l'autre, opposés l'un à l'autre, éternels et coéternels, c'est-à-dire, ayant toujours existé; et, imitant en cela les anciens hérétiques, il admit deux natures et deux substances, celle du bien et celle du mal. Il serait trop long d'insérer, dans cet ouvrage, les rêveries dont il a enveloppé sa doctrine touchant l'opposition et le mélange du bien et du mal, la séparation complète du bien d'avec le mal, et la condamnation éternelle réservée au mal, comme au bien qui ne pourra être séparé du mal. En conséquence de ces rêveries ridicules et impies, les Manichéens sont forcés de reconnaître la même nature à Dieu et aux âmes bonnes, qui doivent être délivrées de leur mélange d'avec les âmes mauvaises, c'est-à-dire, des âmes douées de la nature opposée à celle du bien. C'est pourquoi, selon eux, la nature du bien, c'est-à-dire la nature divine, a fait le monde, il est vrai, mais elle l'a fait du mélange formé par le bien et le mal au moment où les deux natures ont lutté l'une contre l'autre. Cependant la séparation parfaite du bien d'avec le mal et sa délivrance, ce sont les vertus de Dieu qui l'effectuent par tout le monde et dans tous les éléments, comme elles forment leurs élus par les aliments dont ils se nourrissent. Ces aliments et le monde entier sont mélangés avec la substance divine, et cette substance est purifiée dans les élus des Manichéens par le genre de vie que ceux-ci ont adopté et que leurs auditeurs observent encore d'une manière plus sainte et plus excellente. J'ai prononcé les noms d'élus et d'auditeurs ; deux classes de fidèles dont se compose leur Eglise. A les en croire, cette partie de la nature bonne et divine qui se trouve mélangée et emprisonnée dans les aliments, et dans la boisson, et, surtout, dans ceux qui engendrent, l'est encore d'une façon plus étroite et plus honteuse chez les autres hommes, et même chez leurs auditeurs. Quant aux portions de lumière purifiées, dont la réfraction a lieu de toutes parts, elles retournent à Dieu, comme à leur foyer naturel, transportées dans les airs par des vaisseaux, c'est-à-dire, par la lune et le soleil: ces vaisseaux sont faits de la pure substance de Dieu; et cette lumière corporelle, dont les rayons frappent ici-bas les regards de tous les êtres mortels animés, qui réside, non seulement dans la lune et le soleil où elle est toute pure, mais encore dans tous les autres objets brillants au sein desquels elle se trouve mélangée, et doit être purifiée; cette lumière corporelle n'est autre que la nature divine. Les cinq éléments, c'est-à-dire, la fumée, les ténèbres, le feu, l'eau et le vent ont été formés par le peuple des ténèbres; ils ont, à leur tour, engendré des princes particuliers. Dans la fumée, sont nés les animaux bipèdes, et, par conséquent, les hommes; dans les ténèbres, les serpents; dans le feu, les quadrupèdes; dans l'eau, les poissons; dans le vent, les oiseaux. Pour détruire la puissance de ces mauvais éléments, cinq autres, émanés de la substance divine, sont sortis du royaume céleste, et, de leur lutte mutuelle, est résulté le mélange de l'air avec la fumée, de la lumière avec les ténèbres, du bon feu avec le mauvais, de la bonne eau avec la mauvaise, du vent mauvais avec le bon. Il y a, entre les deux vaisseaux, ou les deux grands luminaires du ciel, cette différence que la lune a été faite avec la bonne eau, et que le soleil a été fait avec le bon feu. En eux résident les saintes vertus: celles-ci se transforment en hommes pour attirer à eux les femmes du parti adverse, et puis, en femmes pour attirer les hommes de ce même parti, afin que leur concupiscence,'étant éveillée par de telles excitations, la lumière, contenue et mélangée dans leurs membres, s'en échappe, soit reçue par les anges de lumière pour être purifiée, et, après cette purification, soit chargée sur ces vaisseaux et reportée dans son propre royaume. A cette occasion, ou plutôt, par une conséquence nécessaire de leur abominable superstition, leurs élus doivent recevoir une sorte d'eucharistie, sur laquelle on a préalablement répandu de la semence humaine, pour que de là, comme de leurs aliments, la substance divine se trouve délivrée. Les Manichéens affirment que jamais crime pareil n'a été commis parmi eux; ils en accusent je ne sais quels autres hérétiques auxquels ils donnent leur propre nom. Pourtant, tu le sais, au moment où tu étais diacre à Carthage, on les a convaincus dans une église de cette ville: car, après des poursuites dirigées contre eux par le tribun Ursus, préfet de la maison royale, quelques-uns d'entre eux y furent amenés. Alors une jeune fille, du nom de Marguerite, à peine âgée de douze ans, trahit leurs honteuses pratiques, et déclara qu'elle avait été violée pour l'accomplissement de leurs coupables mystères. On obtint assez facilement le même aveu d'une sorte de nonne Manichéenne, appelée Eusébie, qui avait souffert violence pour la même cause. De prime abord, elle avait soutenu qu'elle était vierge, et demandait à être visitée par une sage-femme: lorsqu'elle eut été examinée et qu'on sut à quoi s'en tenir sur son compte, elle fit connaître, comme Marguerite, qu'on avait interrogée à part et dont elle n'avait pu entendre la déposition, tous les détails des criminelles turpitudes des Manichéens: on faisait, disait-elle, coucher ensemble un homme et une femme, après avoir étendu sous eux de la farine destinée à recevoir de la semence humaine et à être mélangée avec elle. Les Actes épiscopaux que vous nous avez envoyés en font foi: tout récemment encore on trouva quelques Manichéens: conduits à l'église, ils y furent minutieusement interrogés, et découvrirent, non des mystères sacrés, mais d'exécrables secrets. L'un d'eux, nommé Viator, appelait Cathares ceux qui se rendaient coupables de pareils forfaits: il reconnaissait aussi, comme sectateurs de Manès, les Mattariens et surtout les Manichéens, avouant, toutefois malgré lui, qu'ils étaient tous les disciples du même maître, et de vrais Manichéens. Il est, en effet, certain et indubitable qu'ils ont tous, entre les mains, les livres manichéens où se trouve l'affreuse doctrine de la transformation des hommes en femmes, et des femmes en hommes, et dans lesquels on les excite à attirer et à détruire, par la concupiscence, les princes des ténèbres inhérents aux deux sexes, afin que la substance divine, jusqu'alors retenue captive en eux, soit délivrée et s'en éloigne : ils ont beau dire qu'on ne pratique point chez eux la doctrine contenue dans ces livres, toutes ces abominations en découlent comme de source. En agissant de la sorte, ils pensent imiter de leur mieux les vertus divines : par ce moyen, ils purifient cette portion de leur Dieu qui se trouve enfermée et toute souillée dans la semence humaine, comme dans tous les corps célestes et terrestres, et dans la semence de toutes choses. Ils doivent, par conséquent, la délivrer de la semence humaine en se nourrissant de celle-ci, comme ils la délivrent de toutes les autres semences contenues dans les aliments dont ils font usage. De là leur est venu le nom de Cathares ou purificateurs, car ils mettent à purifier la substance divine un tel soin, qu'ils ne reculent pas même devant l'infamie d'une pareille nourriture. Cependant ils ne mangent pas de viande, car, disent-ils, la substance divine est incompatible avec n'importe quel être mort ou tué, et le peu qu'il en reste dans ces corps, ne mérite pas d'être purifié dans l'estomac des élus. Les veufs n'entrent pas non plus dans leur alimentation, car le principe de la vie s'éteint en eux dès qu'on en brise l'enveloppe on ne peut se nourrir d'aucun corps mort, et ce qui vient de la chair est mort, à moins d'être mêlé à de la farine, parce que celle-ci lui conserve la vie. Les Manichéens ne se servent pas davantage de lait, quoiqu'on le suce ou qu'on le tire d'un corps animal vivant; non pas qu'à leurs yeux la substance divine ne s'y trouve point mêlée, mais parce que l'erreur ne se trouve pas toujours d'accord avec elle-même. Par la même anomalie, ils ne boivent pas de vin, parce que c'est le fiel du prince des ténèbres : ils mangent du raisin, et pourtant encore, ils n'usent pas même de vin doux, si nouveau qu'il soit. Suivant eux, les âmes des auditeurs retournent dans les élus, ou, par une plus heureuse coïncidence, dans les aliments des élus, en sorte qu'étant, là, bien purifiées, elles ne sont point obligées de transmigrer à nouveau dans un autre corps. Mais toutes les autres âmes repassent dans les troupeaux et dans tout ce qui tient par racines à la terre, et s'en nourrit. Les herbes et les arbres vivent de telle façon qu'ils en ont le sentiment et qu'ils gémissent quand on les blesse: aussi, les Manichéens éprouvent-ils une sorte de torture, dès qu'ils voient cueillir une herbe ou couper un arbre en conséquence, il n'est point permis, chez eux, même de défricher un champ; on doit, ô folie ! regarder comme entaché d'homicide, l'art le plus innocent de tous, l'agriculture, et, s'il est permis aux auditeurs de cultiver la terre, c'est uniquement parce qu'ils trouvent, dans la culture des champs, le moyen de fournir des aliments aux élus, et que la substance divine, contenue dans ces aliments pour y être purifiée, demande grâce pour eux, lorsqu'elle est dégagée dans l'estomac des élus. C'est pourquoi ceux-ci ne travaillent jamais dans la campagne, rie cueillent pas de fruits, n'arrachent pas même une feuille, et attendent que les auditeurs leur apportent les différentes récoltes destinées à leur usage : ainsi, ils vivent d'une foule d'homicides, commis par les autres, imaginés par leur folle vanité. Si les auditeurs se nourrissent de viande, recommandation expresse leur est faite de ne pas tuer eux-mêmes les animaux dont elle provient, dans la crainte d'offenser les princes des ténèbres retenus captifs dans les régions célestes, car toute chair a été créée par eux. S'ils usent du mariage, ils doivent soigneusement éviter de concevoir et d'engendrer, de peur que la substance divine, introduite en eux par les aliments, ne se trouve enchaînée par des liens charnels dans leurs enfants. Ils se figurent, en effet, que toute chair reçoit une âme par l'intermédiaire de la nourriture et de la boisson : aussi parmi eux condamne-t-on positivement les noces, et les empêche-t-on le plus possible, puisqu'on ordonne d'éviter la génération, qui est cependant la fin légitime de l'union conjugale. A leur sens, Adam et Eve ont eu pour parents les princes de la fumée : leur naissance remonte à l'époque, où, après avoir dévoré tous les enfants de ses compagnons et absorbé ainsi la portion de substance divine qu'ils contenaient, Saclas, leur père, connut sa femme, et rendit de nouveau captive cette portion de divine substance en l'enfermant dans la chair de sa propre race, comme dans une étroite prison. Le Christ a existé: c'était le serpent de l'Ecriture, qui ouvrit les yeux de l'intelligence à nos premiers parents, et leur fit connaître le bien et le mal. Le Christ est revenu sur la terre en ces derniers temps pour sauver les âmes et non les corps : il n'a point réellement pris une chair mortelle, il ne s'est incarné qu'en apparence, et s'est ainsi joué des sens de l'homme. Il a paru mourir et ressusciter, et, dans sa mort comme dans sa résurrection, il n'y a eu que de l'illusion. Le Dieu qui a donné sa loi par le ministère de Moïse, qui a parlé par les Prophètes juifs, n'était pas le vrai Dieu, c'était un prince des ténèbres. Les Manichéens altèrent aussi les livres du Nouveau Testament, de manière à y prendre ce qui leur plaît, et à en rejeter ce qui ne leur convient pas: pour s'y autoriser, ils prétendent que le texte en a été précédemment corrompu ; ils leur préfèrent des écritures apocryphes, qui, à les en croire, renferment toute la vérité. La promesse du Saint-Esprit, faite par Notre-Seigneur Jésus-Christ, s'est accomplie en la personne de Manichée, leur maître: de là vient que, dans toutes ses lettres, il prend le titre d'apôtre de Jésus-Christ, parce que le Sauveur avait promis de l'envoyer et lui avait donné l'Esprit-Saint. Voilà aussi pourquoi Manichée se choisit douze disciples à l'exemple de Notre-Seigneur. Le nombre douze est encore aujourd'hui respecté et conservé par ses sectateurs. Chez eux on choisit, d'entre les élus, douze hommes auxquels on donne le nom de maîtres, et à la tête desquels on en place un treizième en qualité de chef: il y a aussi soixante-douze évêques, ordonnés par les maîtres, et des prêtres ordonnés par les évêques: les évêques ont leurs diacres; les autres membres de la secte portent seulement le nom d'élus mais ceux d'entre eux qui paraissent capables, on les envoie pour soutenir et développer l'erreur là où elle est déjà établie, pour la semer là où elle n'existe pas encore. Ils n'attribuent au baptême d'eau aucune efficacité pour le salut, et pensent ne devoir le conférer à aucun de ceux qu'ils entraînent dans leur hérésie. Pendant le jour, ils se tournent, pour prier, vers le soleil, n'importe où il en soit de sa course: pendant la nuit, leur visage se dirige du côté de la lune, si on la voit, et quand on ne l'aperçoit pas, du côté de l'aquilon, par où le soleil revient du lieu de son coucher à celui de son lever. Suivant leur doctrine, le péché ne vient pas du libre choix de la volonté de l'homme; c'est la substance du parti contraire qui le produit. Partant de là, que la substance du principe mauvais est mêlée à tous les hommes, ils disent que toute chair a été formée, non par Dieu, mais par le mauvais esprit, qui, émané du principe contraire, est coéternel à Dieu. Si nous ressentons en nous la concupiscence de la chair, source des luttes du corps contre l'esprit, cette infirmité n'est point en nous le résultat de la corruption de la nature en Adam; c'est une substance contraire, tellement adhérente à notre être, que, quand nous en sommes délivrés et purifiés, elle s'en sépare pour vivre elle-Même éternellement dans sa propre nature. Entre ces deux âmes, ou ces deux esprits, l'un bon, l'autre mauvais, se livre, dans chaque homme, un combat, lorsque la chair lutte contre l'esprit, et l'esprit contre la chair. Cette infirmité n'a jamais été et ne sera jamais guérie en nous, de la manière dont on l'enseigne dans l'Eglise catholique; mais, séparée de nous et enfermée pour toujours dans un certain autre monde comme dans une prison, cette substance du mal sera éternellement victorieuse quand seront arrivés la fin des temps et le bouleversement de l'univers. A ce monde viendront continuellement se joindre et s'attacher à la manière d'un vêtement ou d'un manteau, les âmes qui, malgré leur bonté naturelle, n'auraient pu néanmoins se purifier de leur contact avec la nature mauvaise.

 

«Les Manichéens», Des hérésies, chap. XLVI, par Augustin.

 

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Avicenne, «philosophe oriental»

Avicenne est un des plus grands noms de la philosophie islamique et l’avicennisme se situe au carrefour de la pensée orientale et de la pensée occidentale. [...] L’œuvre d’Avicenne est contemporaine d’un fait d’une importance majeure: la constitution de ce que l’on peut désigner comme le corpus ismaélien, c’est-à-dire les œuvres considérables, tant en langue arabe qu’en langue persane, où s’expriment la philosophie et la théosophie de cette branche du chiisme que l’on appelle ismaélisme et qui représente par excellence l’ésotérisme de l’islam. [...] Cette brève esquisse permet de pressentir comment le projet de «philosophie orientale» s’articulait à l’ensemble de l’œuvre ou, pour mieux dire, était la clef de cet ensemble.[...] Malheureusement, on l’a rappelé ci-dessus, il ne subsiste de cette «philosophie orientale» que des esquisses, fragments et allusions qu’éclaire, il est vrai, leur contexte. [...] Ce qu’il y a de commun et de différent entre Avicenne et Sohrawardi, c’est ce qu’il y a de commun et ce par quoi diffèrent deux philosophes dont l’un reprend le projet de l’autre parce qu’il estime que son prédécesseur n’a pas pu le mener à bien ou n’était pas en mesure de le réaliser. Ainsi s’exprime Sohrawardi à l’égard d’Avicenne, parce que celui-ci n’avait pas atteint, selon lui, jusqu’aux sources «orientales» premières. On s’est donné beaucoup de peine en Occident pour localiser géographiquement et ethniquement les «orientaux» auxquels pouvait penser Avicenne, lorsqu’il parle de «philosophie orientale». Aucune solution proposée sur ce plan n’a, semble-t-il, été convaincante. En revanche, il y a une tradition constante en théosophie et mystique islamiques, selon laquelle l’«Orient» (mashriq) ésigne le monde de la lumière, le monde des Intelligences, les univers angéliques, tandis que l’«Occident» (maghrib) réfère au monde des ténèbres et de la matière sublunaire où «déclinent» les âmes. Or, cette façon de comprendre l’Orient est parfaitement explicite non seulement chez Sohrawardi mais chez Avicenne lui-même, dans son récit symbolique de Hayy ibn Yaqzan.

Nous dirons seulement ici que, dans l’état des textes, l’idée la plus précise que l’on puisse se faire de cette «philosophie orientale» d’Avicenne est à chercher, d’une part, dans ce qui a survécu de ses Notes sur la Théologie dite d’Aristote (théologie qui est en fait une paraphrase, en arabe, des dernières Ennéades de Plotin). Ce n’est pas un hasard si toutes les références qu’y donne Aristote à sa «philosophie orientale» (une demi-douzaine) se rapportent au devenir posthume de l’âme, aux conditions de son retour dans le monde qui lui est propre, le monde qui dans les Récits  symboliques est précisément désigné comme l’«Orient».

D’autre part, cette idée de l’Orient au sens spirituel est à recueillir dans la trilogie de ces Récits mystiques où Avicenne a déposé le secret de son expérience personnelle, offrant ainsi le cas assez rare d’un philosophe prenant parfaitement conscience de lui-même et parvenant à configurer ses propres symboles. Les trois Récits ont pour thème le voyage spirituel vers un Orient mystique, introuvable sur nos cartes, mais dont l’idée émerge déjà dans les gnoses antérieures à Avicenne. Le Récit de Hayy ibn Yaqzan (dont Sohrawardi écrira intentionnellement la «suite», dans son propre Récit de l’exil occidental) débute par un prologue qui rappelle certains autres récits inspirés de l’hermétisme en Islam; il forme une invitation et une initiation au voyage mystique dont il décrit les étapes jusqu’à l’Orient, en compagnie de l’Ange illuminateur, l’Intelligence agente, dont la relation personnelle avec le philosophe s’individualise sous les traits du personnage de Hayy ibn Yaqzan [...]. Le Récit de l’oiseau effectue ce voyage aux péripéties dramatiques, jusqu’à l’Extrême-Orient. Sohrawardi le traduira en persan; il y en aura plus d’une imitation, l’ensemble formant un cycle qui trouvera son couronnement dans l’admirable épopée mystique persane de Faridoddin ‘Attar (XIIe s.). Le Récit de Salaman et Absal, c’est le drame des deux héros de la partie finale du Livre des directives et des remarques (Kitab al-Isharat wa-l-tanbihat); ils typifient les deux intellects contemplatif et pratique (cf. supra), et plus largement encore correspondent aux figures des documents hermétistes: Phôs-Lumière et Adam terrestre, Prométhée et Épiméthée, l’homme «célestiel» et l’homme de chair. Ce ne sont point là des allégories, mais des symboles (on confond trop souvent les deux termes). Il ne s’agit pas d’affabulations de vérités théoriques pouvant être aussi bien dites autrement. Ce qu’Avicenne essaye d’y configurer – son drame intime personnel, l’apprentissage de toute une vie – ne pouvait être dit autrement. Car le symbole est chiffre et silence; il dit et ne dit pas. Il n’est point expliqué une fois pour toutes; sa signification s’amplifie au fur et à mesure que chacun y lit le chiffre de sa propre transmutation.

 

Source: Avicenne, article d’Henry CORBIN, Encyclopaedia Universalis, 1995

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17.08.2006

La naissance de Mani: carte du ciel (astrologie)

medium_Carte_du_ciel_Mani_NB.gifCarte du ciel de naissance de Mani, établie par Pierre Lassalle selon les principes de l'astrologie holistique, dans son livre Sur le sentier du Graal (Editions De Mortagne).

http://www.astrologieholistique.org/inities/cadre/ct_mani...

13:20 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

16.08.2006

Totalitarisme «mou»

Il est clair que, si dans l'avenir un Etat mondial voyait le jour, il aurait, comme tout pouvoir, besoin d'une idéologie pour se légitimer. Le New Age lui apporterait cette idéologie, toute prête. 
 
Michel LACROIX, «Le totalitarisme à l'ère du Verseau» (Marianne, 5 au 11 mai 1997, p. 77)

18:30 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note

Sohravardi, «maître de la sagesse orientale»

Sohrawardi est né en 649 de l’hégire (1155 de l’ère chrétienne) à Sohraward, au nord-ouest de l’Iran, en une région longtemps restée fidèle au mazdéisme. Il fut l’élève de Majdoddin al-Jili à Maragheh, en Azerbaijan, puis il partit pour Ispahan, où Omar al-Sawaji l’introduisit à l’œuvre d’Avicenne, sans en omettre les conclusions ésotériques. Sohrawardi fréquenta les soufis, dont il adopta le mode de vie : solitude, voyages, retraite et méditation. Il exigeait de lui-même une ascèse rigoureuse, des jeûnes prolongés, une diététique préparant le corps à s’effacer pour libérer l’âme et laisser s’élever l’imagination active. Il portait l’accent sur la nécessité de conquérir son authentique nature personnelle, et non sur la pure et simple abolition de soi. Il parvint à une égale liberté dans la connaissance rationnelle et dans les techniques visionnaires. Un témoignage laisse entendre qu’on le perçut, dans son entourage, comme un pôle de la connaissance ésotérique.

Après avoir séjourné auprès des princes seljoukides de Rum, Sohrawardi répondit à l’invitation du fils de Salah al-Din (Saladin), Malik al-Zahir, qui régnait alors sur Alep. Les ismaéliens, de quelque obédience qu’ils fussent, étaient fort suspects, en cette région, de menacer l’unité de l’islam face au regain des forces chrétiennes en Syrie. L’eschatologie et la prophétologie de Sohrawardi furent comprises des docteurs de la Loi comme une imamologie ismaélienne déguisée et ils le condamnèrent. Au lieu de fuir, Sohrawardi soutint ouvertement ses thèses, protégé par son ami Malik al-Zahir; mais Saladin intervint à trois reprises auprès de son fils et le contraignit sous la menace à abandonner le philosophe, qui fut exécuté dans la citadelle d’Alep le 5 Rajab 587 h. (29 juill. 1191) à l’âge de trente-six ans.

De cette exécution, Sohrawardi conserva la réputation d’être le Shaykh maqtul, c’est-à-dire «le shaykh mis à mort». Mais, à cette appellation, qui insiste sur la prétendue hérésie dont il serait coupable, les disciples préfèrent celle de Shaykh al-ishraq, «le shaykh de l’illumination», ou encore «le maître de la sagesse orientale».

 

Christian JAMBET, article Sohrawardi, Encyclopaedia Universalis

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Sohravardi et la Théosophie orientale

Il y eut au XIIe siècle l’oeuvre audacieuse d’un jeune maître, Shihaboddin Yahya Sohrawardi (mort en 1191) dont le propos délibéré fut de «ressusciter» la philosophie des Sages de l’ancienne Perse. Sa doctrine est centrée sur la notion d’Ishraq; entendu au sens littéral, le mot désigne l’orient du soleil, l’illumination matinale. Entendu au sens métaphysique, il signifie l’illumination du monde suprasensible comme « orient » spirituel, et cette splendeur d’«orient », Sohrawardi l’identifie avec le Xvarnah, la Lumière de Gloire qui nimbe les héros de l’Avesta (la trace s’en retrouve jusque dans l’auréole nimbant les figures de l’iconographie byzantine et bouddhique). Fondamentale pour la conception mazdéenne du monde et de l’homme, cette Lumière de Gloire est d’autre part identifiée avec la «Lumière mohammadienne» (Nur mohammadi), dont la notion est essentielle pour la prophétologie et l’imamologie du chiisme. Sohrawardi interprète le dualisme mazdéen en termes d’être et de non-être, de positivité et de négativité. Il connaît parfaitement la cosmologie mazdéenne, répartissant le monde de l’être en menok, ou état subtil, et getik, ou état matériel, manifesté. Il connaît nommément les archanges zoroastriens, et c’est en termes d’angélologie zoroastrienne qu’il donne son interprétation des Idées platoniciennes. Il considère que les philosophes de l’Ishraq, les ishraqiyun, qui seront encore désignés plus tard comme les «platoniciens de Perse», continuent la lignée des khosrawaniyun, les Sages de l’ancienne Perse, dont le héros éponyme est Kay Khosraw, huitième et dernier souverain de la dynastie légendaire des Kayanides. Quelque trois siècles avant le grand philosophe byzantin Gémiste Pléthon, Sohrawardi conjoignit ainsi les noms de Platon et de Zoroastre. Pour encadrer le fait, on rappellera qu’en 529, lors de la fermeture de l’école d’Athènes par Justinien, les derniers néoplatoniciens avaient trouvé un refuge auprès du souverain sassanide. On insistera sur l’influence considérable que, depuis plus de sept siècles, notamment depuis la renaissance safavide (XVIe siècle), l’Ishraq de Sohrawardi a exercée sur la philosophie irano-islamique (il y a encore des ishraqiyun très productifs dans l’Iran actuel). On soulignera le fait qu’au XVIIe siècle tout un groupe de zoroastriens, l’école d’Azar Kayvan, établie à Shiraz, apporta la réponse zoroastrienne à Sohrawardi, en se ralliant à sa doctrine (de Shiraz, le groupe émigra en Inde, attiré par la généreuse réforme de Shah Akbar, dans laquelle l’Ishraq eut une grande part). On voit ainsi s’esquisser les grands traits d’une histoire philosophique et religieuse; c’est dans la conscience de ceux qui firent cette histoire que s’est tissée la continuité de la réalité iranienne.
 
 
Henry CORBIN, article Perse, Encyclopaedia Universalis 

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15.08.2006

Le Gardien du seuil

Chapitres sur le Gardien du seuil, par Rudolf Steiner, tirés de L'Initiation (Triades, 1989), p. 247-288.

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«Principes de la doctrine de Mani, Bouddha de Lumière»

Texte d'accompagnement du Catéchisme manichéen chinois (manuscrit), aussi intitulé «Principes de la doctrine de Mani, Bouddha de Lumière», lors de l'exposition: La Sérinde et la Route de la soie.

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Jusqu'à la fin du XIXème siècle, la religion de Mani (216-ca 277), babylonien élevé par son père dans la foi «baptiste» d'une secte judéo-chrétienne, n'était connue que par des sources indirectes, grecques, latines, syriaques, arabes et persanes, émanant de ses détracteurs qui le citaient pour combattre son hérésie.

L'archéologie procura un important corpus de textes, papyrus coptes de l'oasis du Fayoum en Moyenne Egypte, manuscrits de Turfan et de Dunhuang, en parthe, moyen perse, sogdien, ouïgour et chinois retrouvés en Sérinde, permettant une approche nouvelle du manichéisme fondée sur des sources premières, écrites par Mani ou ses adeptes.

Prophète, missionnaire et législateur, il avait tenu à rédiger les textes canoniques de sa doctrine — synthèse de concepts iraniens, chrétiens et bouddhiques — et à organiser son Église «de façon à ce qu'elle parvienne dans toutes les villes et que sa bonne nouvelle atteigne tout pays» (Keph. 154). Il visait l'Orient et l'Occident, et le manichéisme fut prêché à l'ouest jusqu'en Egypte, à Rome et en Afrique du Nord; à l'est, empruntant l'«Échelle des oasis», il gagna l'empire du Milieu.

En 731, l'empereur de Chine, Xuanzong (712-756), avait ordonné qu'on lui présentât un exposé de la doctrine avant d'autoriser, en 732, aux seuls étrangers, l'exercice de cette religion «perverse» qui était celle des Ouïgours.

De ce texte rédigé par un évêque manichéen, les six premiers articles ont été retrouvés à Dunhuang: le fragment de Paris, qui fait suite au manuscrit Stein de la British Library, ne comporte que les deux derniers.

Outre un résumé de la doctrine, où les concepts et les termes techniques sont traduits en chinois en empruntant le vocabulaire du bouddhisme, — pour mieux la faire comprendre et accepter —, il donne la liste des ouvrages canoniques de Mani, au nombre de sept textes et d'un «Dessin», la hiérarchie de l'Église, l'organisation des monastères et les règles de l'accès à la vie religieuse.

Dès 843, deux ans avant l'interdiction qui frappa le bouddhisme, le manichéisme fut proscrit en Chine: ses livres furent brûlés, ses monastères détruits et ses fidèles persécutés comme l'avaient été Mani et ses premiers disciples, en Perse, au IIIème siècle.

Les Ouïgours de l'Orkhon l'avaient adopté comme religion d'État au milieu du VIIIème siècle, ayant ramené du pillage de Luoyang, en 762, quatre religieux manichéens pour les instruire. Les Ouïgours occidentaux, établis dans l'oasis de Turfan, pratiqueront la religion de Mani, jusqu'au XIIIème siècle,et c'est là que furent trouvés les plus nombreux vestiges, fragmentaires, de leurs livres, dont certains étaient calligraphiés avec élégance et ornés de miniatures somptueuses. L'activité de copistes et d'enlumineurs des moines manichéens ne fait aucun doute: la première salle du monastère, d'après le document exposé, est une bibliothèque et un fragment de Berlin (MIK III 6368) représente des religieux s'adonnant à la copie. Ils étaient en cela les fidèles continuateurs de leur prophète, lui même calligraphe et peintre reconnu malgré son hérésie, et qui, au titre des ouvrages canoniques, avait composé un «Dessin», ou un «Album de dessins» visualisant ses «deux grands principes» à des fins de catéchèse.

 

M. C.   (source: La Sérinde et la Route de la soie (RMN), p. 80-81).

 

BIBLIOGRAPHIE: CHAVANNES & PELLIOT 1911-1913; TARDIEU 1981; TAIAHOD 1990.

EXPOSITION  1979 PARIS, n° 121.

 

Illustration: Moni Guangfo jiaofa yiluë

Dunhuang, VIIIème siècle, milieu; Manuscrit, encre sur papier; H. 26,2 cm ; L. 51,7 cm; Mission Pelliot, 1906-1909, Qianfodong; Paris, Bibliothèque nationale de France; Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 3884

18:50 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

Les gnostiques, «fils du Serpent»

Les Ophites, les Naassènes, mais aussi les Pérates, étaient, comme leur nom l’indique, des «adorateurs du serpent». Le serpent (naas en hébreu, ophis en grec), déjà présent dans la mythologie des anciens cultes à mystères et des religions païennes, a été identifié par les auteurs gnostiques au Lucifer-Satan de la Genèse, dont ils inverseront la fonction: il est alors considéré comme un messager du Dieu de Lumière, ou même comme ce dernier lui-même, comme le Logos.

Dans le cadre des cosmogonies gnostiques, c’est Jehovah, c’est-à-dire le Démiurge, le faux Dieu, qui a emprisonné Adam et Eve dans un monde d’illusions, et c’est Lucifer (parfois Jésus, comme chez les Manichéens), qui vient les délivrer, en leur apportant la «science du Bien et du Mal», la gnose salvatrice, divinisatrice, et rédemptrice. «Nous vénérons le Serpent, disaient les Ophites, parce que Dieu l’a fait cause de la Gnose pour l’humanité. Iadalbaôth [le Démiurge] ne voulait point que les hommes aient souvenir de la Mère ni du Père d’en haut [la monade microcosmique double]. C’est le Serpent qui les persuada et qui apporta la Gnose; il apprit à l’homme et à la femme la complète connaissance des mystères d’en haut.»

«Personne, affirmeront encore les Pérates, ne peut être sauvé ni monter (au ciel) sans le Fils qui n’est autre que le Serpent. [...] Ainsi le Serpent attire hors de ce monde, à l’exclusion de toute autre, la race parfaite formée à l’image (du Père, le Dieu bon) et de même essence (que lui), qui avait été envoyée par lui ici-bas. En preuve de cette doctrine, les Pérates donnent l’anatomie du cerveau. Le cerveau lui-même, pour eux, est l’image du Père, parce qu’il est immobile; le cervelet est l’image du Fils, parce qu’il se meut et à la forme d’un dragon; il attire à lui, d’une façon ineffable et mystérieuse, à travers la glande pinéale, la substance spirituelle, créatrice de la vie, qui découle du crâne; comme le Fils, le cervelet reçoit cette substance, et d’une manière ineffable, fait part des formes à la Matière; c’est-à-dire que les germes et les espèces des êtres engendrés selon la chair le traversent pour s’écouler dans la moelle du dos. Les Pérates trouvent ingénieux d’introduire furtivement, par cette comparaison, leurs mystères secrets, transmis sans paroles**.»

Les Séthiens distinguent encore deux Serpents, un mauvais et un bon. Le mauvais, qualifié de vent de ténèbres, c’est le Démiurge; le bon Serpent, c’est le Sauveur, le Verbe parfait de la lumière d’en haut. Il n’a revêtu la forme maudite du serpent que pour défaire l’œuvre du Démiurge; celui-ci a emprisonné dans un corps, pour en faire le noûs de l’homme, les éléments du monde supérieur; le Sauveur vient pour délivrer de ses liens le noûs captif et le ramener au ciel.

Les Manichéens eux-mêmes, selon le témoignage d’Augustin, revendiquaient le titre de «fils du Serpent», voyant en lui la source de toute connaissance: «Et pourquoi dites-vous que le serpent est votre père? Oubliez-vous donc que c’est coutume parmi vous d’outrager Dieu, à cause du commandement qu’il fit à l’homme dans le Paradis, et de décerner des louanges au serpent pour lui avoir ouvert les yeux par ses conseils? C’est plutôt à vous, je crois, à reconnaître pour votre père ce serpent qui n’est autre que le diable, et que vous louez si fort. Lui, malgré les injures que vous venez de lui prodiguer, il vous reconnaît pour son fils***.»

Ces nouvelles données confirment une fois encore notre hypothèse selon laquelle la «physiologie de l’homme de lumière» (anatomie occulte) et l’alchimie spirituelle (relative à l’éveil de la Kundalini) expliquent, sur la base d’une «exégèse selon l’âme», les mythes et les cosmologies gnostiques.

 

François FAVRE (source: note n° 16 , Mani, Christ d'Orient, Bouddha d'Occident, p. 535).

 

*Les auteurs ismaéliens d’Asie centrale n’agiront pas autrement en identifiant nommément le cerveau avec la «mer de blancheur»; une expression coranique comme le «lotus de la limite» ne désigne pas autre chose que le chakra coronal qui coiffe le sommet du crâne.  

**Hyppolite de Rome, Philosophumena, livre V, Arché Milano, 1988, p. 181-182.

*** Saint Augustin, Contra Faustum, Livre I, chap. III.  

 

17:45 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

Le Château du Graal

Site Graal et initiation. Note sur la description du Château du Graal par Albrecht von Sharffenberg (Le nouveau Titurel), un continuateur de Wolfram von Eschenbach. Le commentaire établit un lien entre le château comme symbole et le microcosme humain. 

http://graal-initiation.org/Le-chateau-du-Graal.html#nb2

17:15 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note

Sur les Naassènes

Citation: La connaissance de l'homme est le commencement de la perfection; la connaissance de Dieu en est l'achévement.

 

Les Naassènes (source: Hyppolite de Rome: Philosophumena

Ce texte d'importance capitale corrobore notre hypothèse selon laquelle les mythes gnostiques pour être compris doivent être intériorisés et rapportés à la physiologie occulte de l'homme, ce que l'on peut nommer: la «physiologie de l’homme de lumière».

 

Ce qu'ils [les Naassènes] adorent n'est autre que le naas, d'où leur nom de Naassènes. Naas signifie serpent. C'est de ce mot naas, d'après l'auteur Naassène, que tirent leur nom tous les (temples) qui sont sous le ciel. C'est à ce seul naas que sont consacrés tous les objets servant au culte, toutes les cérémonies initiatiques, tous les mystères; impossible de trouver sous le ciel un seul rite qui n'ait un (temple), et dans ce temple le naas, d'où lui vient son nom [de ...]. A la suite de Thalès de Milet, les Naassénes enseignent que ce serpent est l'élément humide; sans lui, absolument aucun être ne peut se constituer, qu'il soit immortel ou mortel, animé ou inanimé. Tout est soumis à sa puissance; il est bon; tout est contenu en lui comme dans la corne d'un taureau à une seule corne (cf. Deut., XXXIII, 17): aussi est-ce de lui que tous les êtres, chacun selon sa nature particulière, reçoivent la beauté et la grâce; il chemine, pour ainsi dire, à travers toutes choses, «comme sortant d'Éden et se divisant en quatre branches» (Cf. Genèse, II, 10-14). — Pour les Naassènes, Eden, c'est le cerveau; les cieux, ce sont les membranes dans lesquelles le cerveau est comme lié et comprimé; le paradis, c'est la tête de l'homme. — «Ce fleuve, au sortir d'Éden», — c'est-à-dire du cerveau, — «se divise en quatre branches. Le premier fleuve s'appelle le Phison; c'est lui qui entoure toute la terre d'Évilat, où l'on trouve l'or; et l'or de ce pays est excellent; c'est là aussi qu'on trouve l'escarboucle et l'émeraude.» — Il s'agit de l'oeil, comme en font foi le prix et les couleurs de ces pierres précieuses. — « Le deuxième fleuve est appelé le Géon; c'est lui qui entoure toute la terre d'Éthiopie.» — Ce fleuve, c'est l'oreille; car il ressemble, (comme elle), à un labyrinthe. — «Le troisième fleuve est appelé le Tigre; c'est lui qui coule face à l'Assyrie».— Ce fleuve, dont le courant est d'une extrême impétuosité, ce sont les narines; il coule face à l'Assyrie parce que, dans la respiration, l'air aspiré du dehors se précipite avec violence et impétuosité pour remplacer celui qui vient d'être expiré; c'est la loi de la respiration. — «Le quatrième fleuve est l'Euphrate.» — Ce fleuve, pour les Naassènes, c'est la bouche, par laquelle sortent les prières et entrent les aliments, ces aliments qui réjouissent le parfait spirituel, le nourrissent et lui donnent son cachet distinctif.

Cette eau, dit le Naassène, est celle qui est au-dessus du firmament; c'est d'elle que le Sauveur a dit: «Si tu savais quel est celui qui te demande (de l'eau), c'est toi qui lui en aurais demandé, et il t'aurait donné à boire une eau vive et jaillissante» (cf. Jean, IV, 10). A cette eau, dit-il, tous les êtres viennent choisir et puiser leurs substances; de cette eau s'échappent les éléments propres à chaque être, pour aller s'attacher à cet être mieux que le fer à l'aimant, que l'or au piquant du faucon marin et que la paille à l'ambre. Si quelqu'un, dit le Naassène, est aveugle de naissance et n'a jamais contemplé «la vraie lumière, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde» (Jean, I, 9), qu'il recouvre la vue par nous et qu'il voie l'eau circuler à travers toutes les plantes et toutes les semences comme à travers un parc rempli d'arbres et de graines; il constatera que c'est d'une seule et même eau que l'olivier extrait et aspire l'huile, la vigne le vin et ainsi pour toutes les autres plantes, chacune selon son espèce. Cet homme-là, dit le Naassène, est méprisé dans le monde, mais comblé d'honneurs dans le ciel; il a été livré à ceux qui ne le connaissaient pas par ceux qui ne le connaissaient pas; il a été compté comme la goutte qui tombe d'un tonneau (cf. Isaïe, XL, 15). Mais c'est nous, dit-il, qui sommes les spirituels, nous qui, des eaux vives de l'Euphrate qui coule au milieu même de Babylone, extrayons ce qui nous est propre, nous qui passons par la porte véritable, qui est le bienheureux Jésus. De tous les hommes, il n'y a que nous seuls, les Chrétiens, qui accomplissions le mystère à la troisième porte et qui recevions là une onction ineffable (avec l'huile) tirée d'une corne, comme David, et non d'une fiole de terre, comme Saul, qui vivait dans la société du mauvais génie de la concupiscence charnelle.

Ces citations ne sont que de courts extraits de nombreux ouvrages. Car cette folie a inspiré des oeuvres innombrables, qui sont des sornettes insensées. [...] Telles sont les entreprises de ces Naassènes, qui s'intitulent eux-mêmes gnostiques (savants). Véritablement pareille à l'hydre de la légende, l'erreur est un monstre multiple et à un grand nombre de têtes. Maintenant que, par nos réfutations, nous avons frappé d'un seul coup les têtes de cette erreur, nous détruirons, avec la verge de la vérité, le monstre tout entier. Car les autres hérésies ne présentent pas une apparence très différente de celle-ci, à laquelle elles se rattachent par le même esprit d'erreur (qui les inspire toutes). Par de simples changements de mots et de noms, les hérétiques ont multiplié les têtes du serpent: à leur aise! mais cela ne nous empêchera pas de les suivre dans toutes leurs transformations, pour les réfuter.

 

Hymne des Naassènes

La toute première loi génératrice de l'univers fut l'intelligence; le deuxième principe, après le premier-né, fut le chaos confus; le troisième rang, dans la confection de cette loi, échut à l'âme. A cause de cela, revêtue d'une forme aqueuse, elle peine, jouet et esclave de la mort. Tantôt, investie de la royauté, elle jouit de la lumière; tantôt, précipitée dans le malheur, elle pleure. Tantôt elle pleure et tantôt elle se réjouit; tantôt elle pleure et tantôt elle est jugée; tantôt elle est jugée et tantôt elle meurt; tantôt enfin elle ne trouve plus d'issue, infortunée que ses courses errantes ont amenée dans un labyrinthe de maux. Alors Jésus dit: « Regarde, ô Père! En butte au malheur, elle erre encore sur la terre loin de ton souffle; elle cherche à fuir l'odieux chaos et elle ne sait comment le traverser. C'est pourquoi, Père, envoie-moi! Je descendrai portant les sceaux, je traverserai la totalité des éons, je révélerai tous les mystères, je montrerai les formes des dieux, et je transmettrai, sous le nom de gnose, les secrets de la sainte voie.

17:00 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

Sur les Ophites

Ophites. - Nom général donné à une série de communautés gnostiques. On range dans cette catégorie les Naasséniens, qui sont ceux généralement auxquels on se réfère quand on parle d'Ophites sans autre précision, les Caïnites, les Séthiens, les Pérates, puis des groupes moins importants ou moins connus, comme les Stratiotiques, les Phibionites, les Borboriens, les Barbéliotes et d'autres encore (source: Encyclopédie web Imago Mundi).

Note: Les Ophites ne sont mentionnés qu'une seule fois par Hyppolite dans les Philosophumena, au livre VIII, 20, celui-ci les considérant trop insignifiants pour mériter l'honneur d'une réfutation. Bien que naas (en hébreu) et ophis (en grec) soient des termes identiques, Hyppolite les distingue très nettement, ne consacrant une notice qu'aux seuls Naassènes (ainsi qu'aux Pérates et aux Séthiens, autres «adorateurs du serpent») qui, par ailleurs, ne nous sont connus que par les Philosophumena, aucun auteur ancien, sauf Hyppolite, ne les mentionnant. Il semblerait que le nom de «Naassènes» n’aurait été attribué à ces derniers que par leurs adversaires, eux-mêmes ne se désignant que du nom de «gnostiques» (connaissants, savants).

Autres sources (citées par A. Siouville, p.125 des Philosophumena):  Irénée de Lyon, Contre les hérésies, Livre 1, chap. XXX; Origène, contre Celse, I. VI, ch. XXVIII et suiv.; Epiphane, Panarion, XXXVII; Théodoret, Haereticarum tabularum compendium, 1. I, ch. XIV.

Serge Hutin, dans Les gnostiques (PUF, Que sais-je?,1978, p. 73), cite l’extrait suivant sans mentionner sa source: «Nous vénérons le Serpent, disaient les Ophites, parce que Dieu l’a fait cause de la Gnose pour l’humanité. Iadalbaôth [le Démiurge] ne voulait point que les hommes aient souvenir de la Mère ni du Père d’en haut. C’est le Serpent qui les persuada et qui apporta la Gnose; il apprit à l’homme et à la femme la complète connaissance des mystères d’en haut.»

Les Ophites (source: Irénée de Lyon, Livre 1, chap. XXX)

D'autres [les Ophites] font encore font le prodigieux récit que voici. Il existait, dans la puissance de l'Abîme, une Lumière primordiale, bienheureuse, incorruptible et illimitée: c'est le Père de toutes choses et il s'appelle le Premier Homme. De lui procéda une Pensée, qu'ils disent être le Fils de celui qui l'émit; c'est le Fils de l'Homme ou Second Homme. Au-dessous d'eux se trouvait l'Esprit Saint, et sous cet Esprit d'en haut se trouvaient les éléments séparés, à savoir l'eau, les ténèbres, l'abîme et le chaos: sur ces éléments, disent-ils, était porté l'Esprit, qu'ils appellent la Première Femme. Alors, disent-ils, le Premier Homme avec son Fils exulta devant la beauté de l'Esprit, autrement dit de la Femme, et il l'illumina; ainsi engendra-t-il d'elle une Lumière incorruptible, le Troisième Mâle, celui qu'ils appellent le Christ, fils du Premier et du Second Homme et de l'Esprit Saint ou Première Femme.
Le Père et le Fils s'unirent donc à la Femme, qu'ils appellent aussi la Mère des Vivants. Mais celle-ci fut incapable de porter et de contenir l'excessive grandeur de la Lumière, qui, disent-ils, déborda et jaillit par-dessus du côté gauche. Ainsi le Christ fut-il seul à être leur Fils, comme étant de droite; élevé dans les régions supérieures, il fut aussitôt enlevé avec sa Mère dans l'Éon incorruptible. La vraie, la sainte Eglise, la voilà: c'est la convocation, la société et l'union du Père de toutes choses ou Premier Homme, du Fils ou Second Homme, du Christ leur Fils, et de la Femme que nous venons de dire.
Or la Puissance qui jaillit de la Femme possédait une rosée de lumière; quittant le domaine des Pères, elle se précipita vers les régions inférieures, de son propre chef, en emportant avec elle la rosée de lumière. Cette Puissance, ils la nomment la Gauche, ou Prounikos, ou Sagesse, ou Mâle-Femelle. Elle descendit tout uniment dans les eaux, qui étaient immobiles, les mit en mouvement en y plongeant hardiment jusqu'au fond et prit d'elles un corps. Car, disent-ils, toutes choses accoururent vers la rosée de lumière qui était en elle, se collèrent à elle, l'emprisonnèrent de toutes parts; et, si elle n'avait eu cette rosée de lumière, elle aurait été entièrement engloutie et submergée par la matière. Tandis qu'elle était ainsi enchaînée à ce corps de matière et très appesantie par lui, elle vint un jour à résipiscence: elle tenta de s'échapper des eaux et de remonter vers sa Mère, mais elle ne le put, par suite de la pesanteur du corps qui l'enveloppait. Se sentant très mal en point, elle imagina de cacher la lumière issue des régions supérieures, de crainte que cette lumière n'eût à pâtir à son tour, comme elle, des éléments inférieurs. Une force lui fut alors communiquée par la rosée de lumière qui était en elle: elle bondit et s'éleva dans les hauteurs. Parvenue en haut, elle se déploya, fit ce ciel visible, qu'elle tira de son corps, et demeura d'abord sous ce ciel qu'elle venait de faire, ayant encore la forme d'un corps aqueux. Mais ensuite, ayant éprouvé le désir de la lumière d'en haut et reçu une nouvelle force, elle déposa totalement son corps et en fut libérée. Ce corps, ils le disent son fils; quant à elle, ils la nomment «Femme issue de Femme».
Son fils posséda, lui aussi, disent-ils, un souffle d'incorruptibilité que lui avait laissé sa Mère et grâce auquel il lui était possible d'œuvrer. Devenu puissant, il émit, lui aussi, comme ils disent, à partir des eaux, un fils, sans sa Mère: car, prétendent-ils, il ne connut pas sa Mère. Son fils, à l'imitation de son père, émit un autre fils; ce troisième en engendra un quatrième; le quatrième en engendra un cinquième, le cinquième un sixième et le sixième un septième. Ainsi, selon eux, se paracheva l'Hebdomade, le huitième lieu étant occupé par la Mère. Et comme il existe entre eux une hiérarchie d'origine, ainsi existe-t-il aussi entre eux une hiérarchie de dignité et de puissance.
Voici les noms dont ils affublent ces êtres de leur invention: le premier, celui qui est issu de la Mère, s'appelle Jaldabaoth; le second, issu de Jaldabaoth, s'appelle Jao; le troisième a nom Sabaoth, le quatrième, Adonaï, le cinquième, Élohim, le sixième, Hor, le septième et dernier, Astaphée. Ces Cieux, Vertus, Puissances, Anges et Créateurs, déclarent-ils, siègent en bon ordre dans le ciel, selon leurs origines respectives, tout en demeurant invisibles, et régissent les choses célestes et terrestres. Le premier d'entre eux, c'est-à-dire Jaldabaoth, méprisa la Mère en engendrant sans sa permission des fils et des petits-fils, voire des Anges, des Archanges, des Vertus, des Puissances et des Dominations. A peine venus à l'existence, ses fils se retournèrent contre lui pour lui disputer la première place. Dans sa tristesse et son désespoir, Jaldabaoth regarda alors la lie de la matière qui se trouvait au-dessous de lui et s'éprit d'un violent désir pour elle : de là, disent-ils, lui naquit un fils, l'Intellect, qui a la forme entortillée du serpent. De celui-ci sortirent l'élément pneumatique, l'élément psychique et tous les êtres cosmiques ; de lui naquirent aussi l'Oubli, la Méchanceté, la Jalousie et la Mort. Cet Intellect à forme de serpent et tout entortillé, disent-ils, pervertit davantage encore son Père par sa tortuosité, lorsqu'il était avec lui dans le ciel et dans le paradis.
C'est pourquoi Jaldabaoth exulta et se pavana à la vue de tout ce qui se trouvait sous lui, et il dit: « C'est moi qui suis Père et Dieu, et il n'est personne au-dessus de moi. » Mais la Mère, en entendant ces paroles, lui cria: « Ne mens pas, Jaldabaoth, car au-dessus de toi il y a le Père de toutes choses ou Premier Homme, ainsi que l'Homme, Fils de l'Homme. » Tous furent saisis d'effroi à cette parole étrange et à cette appellation inattendue. Tandis qu'ils cherchaient d'où était venu ce cri, Jaldabaoth leur dit, pour les en détourner et les attirer à lui: « Venez, faisons un homme selon l'image. » Ce qu'entendant, les six Puissances se réunirent; c'était la Mère qui leur inspirait l'idée de l'homme, afin de les vider par lui de leur puissance originelle. Elles modelèrent donc un homme d'une largeur et d'une longueur prodigieuse; mais, comme il ne pouvait que se tortiller, elles le traînèrent jusqu'à leur Père. C'était encore Sagesse qui leur faisait faire cela, afin de vider Jaldabaoth de sa rosée de lumière et pour que celui-ci, privé de sa puissance, ne fût plus à même de se dresser contre ceux qui étaient au-dessus de lui. Il souffla donc dans l'homme un souffle de vie et, par là, sans s'en rendre compte, se vida de sa puissance. L'homme posséda dès lors l'intellect et la pensée — ce sont ces choses-là, disent-ils, qui seront sauvées — et sur le champ il rendit grâces au Premier Homme, sans plus se soucier de ceux qui l'avaient fait.
Jaloux, Jaldabaoth voulut alors vider l'homme par la femme et, de la pensée de celui-ci, il tira la femme; mais Prounikos se saisit d'elle et la vida invisiblement de sa puissance. Les autres, survenant et admirant sa beauté, l'appelèrent Eve; s'étant épris d'amour pour elle, ils engendrèrent d'elle des fils, qui sont également des Anges, disent-ils. Leur Mère imagina alors de tromper Eve et Adam par l'entremise du Serpent, de manière à leur faire transgresser le commandement de Jaldabaoth. Eve crut aisément, comme si c'était le Fils de Dieu qui lui eût parlé, et elle persuada Adam de manger de l'arbre auquel Dieu leur avait défendu de goûter. Lorsqu'ils en eurent mangé, ils «connurent», disent-ils, la Puissance qui est au-dessus de toutes choses, et ils se séparèrent de ceux qui les avaient faits. Prounikos, voyant que ceux-ci avaient été vaincus par leur propre ouvrage, se réjouit grandement; de nouveau elle s'écria que, puisqu'il existait déjà un Père incorruptible, Jaldabaoth avait menti en se donnant à lui-même le nom de Père, et que, puisqu'il y avait déjà un Homme et une Première Femme, il avait péché en en faisant une copie frelatée.
Mais Jaldabaoth, à cause de l'Oubli dont il était environné, ne prêta même pas attention à ces paroles: il chassa Adam et Eve du paradis, parce qu'ils avaient transgressé son commandement. Car il avait voulu qu'Eve engendrât des fils à Adam, mais il n'y était pas parvenu, parce que sa Mère agissait en tout à l'encontre de ses desseins. Celle-ci vida secrètement Adam et Eve de leur rosée de lumière, afin que l'esprit issu de la Suprême Puissance n'eût point de part à la malédiction et à l'opprobre. Ainsi vidés de la divine substance, Adam et Eve furent maudits par Jaldabaoth et précipités du ciel en ce monde. Le Serpent, qui avait agi contre son Père, fut également précipité par lui dans le monde inférieur. Il réduisit sous son pouvoir les Anges qui s'y trouvaient et il engendra six fils, étant lui-même le septième, de façon à imiter l'Hebdomade qui est auprès du Père. Ce sont là, disent-ils, les sept démons cosmiques: ils ne cessent de s'opposer et de faire obstacle à la race des hommes, parce que c'est à cause de ceux-ci que leur père a été précipité ici-bas.
Or Adam et Eve avaient eu jusque-là des corps légers, lumineux et, pour ainsi dire, spirituels: ainsi avaient-ils été modelés. Mais, en venant ici-bas, leurs corps devinrent obscurs, épais et paresseux. Même leurs âmes devinrent molles et languissantes, car ils n'avaient plus que le souffle cosmique reçu de leur Auteur. Il en fut ainsi jusqu'à ce que Prounikos les prît en pitié et leur rendît la suave odeur de la rosée de lumière: grâce à elle, ils se ressouvinrent d'eux-mêmes, connurent qu'ils étaient nus et que leur corps était fait de matière; ils connurent qu'ils portaient la mort en eux, et ils prirent patience en sachant qu'ils n'étaient revêtus d'un corps que pour un temps seulement; sous la conduite de Sagesse, ils trouvèrent de la nourriture, puis, une fois rassasiés, ils s'unirent charnellement et engendrèrent Caïn. Mais le Serpent déchu, avec ses fils, se saisit aussitôt de lui, le corrompit, le remplit de l'oubli cosmique et le précipita dans la plus folle audace, à tel point que, en tuant son frère Abel, il fut le premier à faire paraître la Jalousie et la Mort. Après eux, conformément à la providence de Prounikos, furent engendrés Seth, puis Noréa, desquels naquit le reste du genre humain. Celui-ci fut plongé, par l'Hebdomade d'en bas, dans toute espèce de malice, dans l'apostasie à l'égard de la Sainte Hebdomade d'en haut, dans l'idolâtrie et dans le mépris de tout, cependant que la Mère ne cessait de contrarier invisiblement l'œuvre de ces Puissances et de sauver ce qui lui appartenait, c'est-à-dire la rosée de lumière. La Sainte Hebdomade en question, ce sont, prétendent-ils, les sept étoiles dites planètes; quant au Serpent déchu, disent-ils, il porte deux noms, Michel et Samaël.
Irrité contre les hommes, parce qu'ils ne lui rendaient pas un culte et ne l'honoraient pas comme leur Père et leur Dieu, Jaldabaoth leur envoya le déluge, afin de les faire périr tous d'un seul coup. Une fois de plus, Sagesse s'opposa: Noé et ceux qui étaient avec lui dans l'arche furent sauvés à cause de la rosée de lumière provenant de Sagesse, et, grâce à elle, le monde fut de nouveau rempli d'hommes. Parmi ceux-ci, Jaldabaoth fit choix d'un certain Abraham et conclut une alliance avec lui, s'engageant à donner la terre en héritage à sa descendance si elle persévérait dans son service. Dans la suite, par l'entremise de Moïse, il fit sortir d'Egypte ceux qui étaient issus d'Abraham, leur donna la Loi et fit d'eux les Juifs. C'est parmi eux que les sept Dieux, appelés aussi la Sainte Hebdomade, se choisirent chacun ses propres hérauts chargés de le glorifier et de le prêcher comme Dieu, afin que les autres hommes, entendant cette glorification, servent eux aussi les Dieux que prêchaient les prophètes.
Voici comment se répartissent les prophètes. Appartinrent à Jaldabaoth : Moïse, Jésus fils de Navé, Amos et Habacuc; à Jao: Samuel, Nathan, Jonas et Michée; à Sabaoth: Élie, Joël et Zacharie; à Adonaï: Isaïe, Ézéchiel, Jérémie et Daniel; à Élohim: Tobie et Aggée; à Hor: Michée et Nahum; à Astaphée: Esdras et Sophonie. Chacun de ces prophètes glorifia donc son propre Dieu et Père. Mais Sagesse, elle aussi, disent-ils, proféra par eux de multiples paroles relatives au Premier Homme, à l'Éon incorruptible et au Christ d'en haut, rappelant les hommes au souvenir de l'incorruptible Lumière et du Premier Homme et leur prédisant la descente du Christ. Les Archontes furent frappés d'effroi et de stupeur devant cette nouveauté que contenaient les messages des prophètes. Prounikos, agissant par l'entremise de Jaldabaoth sans que celui-ci s'aperçût de rien, fit en sorte qu'eussent lieu deux productions d'hommes, l'une du sein d'Elisabeth la stérile, l'autre du sein de la Vierge Marie.
Prounikos elle-même ne trouvait de repos ni au ciel ni sur la terre. Dans son affliction, elle appela sa Mère à l'aide. Celle-ci, c'est-à-dire la Première Femme, fut émue du repentir de sa fille et demanda au Premier Homme que le Christ fût envoyé à son secours. Celui-ci descendit donc, envoyé vers sa sœur et vers la rosée de lumière. Apprenant que son frère descendait vers elle, la Sagesse d'en bas annonça sa venue par Jean, prépara le baptême de pénitence et disposa à l'avance Jésus pour que, lors de sa descente, le Christ trouvât un vase pur et que, grâce à son fils Jaldabaoth, la Femme fût annoncée par le Christ. Le Christ descendit donc à travers les sept Cieux, en se rendant semblable à leurs fils, et les vida graduellement de leur puissance: car, disent-ils, vers lui accourut toute la rosée de lumière. En descendant en ce monde, le Christ revêtit d'abord sa sœur Sagesse. Tout deux exultèrent, en prenant leur repos l'un dans l'autre: c'est là, assurent-ils, l'Époux et l'Epouse. Or Jésus, du fait qu'il était né d'une Vierge par l'opération de Dieu, était plus sage, plus pur et plus juste que tous les hommes: en lui descendit le Christ uni à Sagesse, et ainsi il y eut Jésus-Christ.
Beaucoup de disciples de Jésus, disent-ils, ne connurent pas la descente du Christ en lui. Lorsque le Christ fut descendu en Jésus, c'est alors qu'il commença à accomplir des miracles, à opérer des guérisons, à annoncer le Père inconnu et à se proclamer ouvertement le Fils du Premier Homme. Irrités, les Archontes et le Père de Jésus travaillèrent à le faire mourir. Tandis qu'on le conduisait à la mort, le Christ se retira avec Sagesse dans l'Éon incorruptible, à ce qu'ils disent, et Jésus seul fut crucifié. Le Christ n'oublia pas ce qui était sien: il envoya d'en haut en Jésus une puissance qui le ressuscita dans un corps qu'ils appellent corps psychique et pneumatique, car, pour ce qui est des éléments cosmiques, Jésus les abandonna dans le monde. Ses disciples, lorsqu'ils le virent après sa résurrection, ne le connurent pas et ne surent même pas par la faveur de qui il était ressuscité d'entre les morts. Les disciples, disent-ils, tombèrent ainsi dans cette erreur énorme de s'imaginer qu'il était ressuscité dans son corps cosmique: ils ignoraient que la chair et le sang ne s'emparent pas du royaume de Dieu.
Ils prétendent confirmer la descente du Christ et sa remontée par le fait que, ni avant son baptême ni après sa résurrection d'entre les morts, Jésus n'a rien fait de considérable, au dire de ses disciples  ceux-ci ignoraient que Jésus avait été uni au Christ et l'Éon incorruptible à l'Hebdomade, et ils prenaient le corps psychique pour un corps cosmique. Après sa résurrection, Jésus demeura encore dix-huit mois sur terre, et, lorsque l'intelligence fut descendue en lui, il apprit l'exacte vérité. Il enseigna alors ces choses à un petit nombre de ses disciples, à ceux qu'il savait capables de comprendre de si grands mystères, puis il fut enlevé au ciel. Ainsi Jésus siège maintenant à la droite de son Père Jaldabaoth, pour recevoir en lui-même, après la déposition de leur chair cosmique, les âmes de ceux qui l'auront connu; il s'enrichit, tandis que son Père est dans l'ignorance et ne le voit même pas: car, dans la mesure où Jésus s'enrichit lui-même de saintes âmes, dans cette même mesure son Père subit une perte et un amoindrissement, vidé qu'il est de sa puissance du fait de ces âmes. Car il ne possédera plus les âmes saintes, de façon à pouvoir les renvoyer dans le monde, mais seulement celles qui sont issues de sa substance, c'est-à-dire qui proviennent de l'insufflation. La consommation finale aura lieu lorsque toute la rosée de l'esprit de lumière sera rassemblée et emportée dans l'Eon d'incorruptibilité.

 

François FAVRE

 

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