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15.08.2006

Sur les Naassènes

Citation: La connaissance de l'homme est le commencement de la perfection; la connaissance de Dieu en est l'achévement.

 

Les Naassènes (source: Hyppolite de Rome: Philosophumena

Ce texte d'importance capitale corrobore notre hypothèse selon laquelle les mythes gnostiques pour être compris doivent être intériorisés et rapportés à la physiologie occulte de l'homme, ce que l'on peut nommer: la «physiologie de l’homme de lumière».

 

Ce qu'ils [les Naassènes] adorent n'est autre que le naas, d'où leur nom de Naassènes. Naas signifie serpent. C'est de ce mot naas, d'après l'auteur Naassène, que tirent leur nom tous les (temples) qui sont sous le ciel. C'est à ce seul naas que sont consacrés tous les objets servant au culte, toutes les cérémonies initiatiques, tous les mystères; impossible de trouver sous le ciel un seul rite qui n'ait un (temple), et dans ce temple le naas, d'où lui vient son nom [de ...]. A la suite de Thalès de Milet, les Naassénes enseignent que ce serpent est l'élément humide; sans lui, absolument aucun être ne peut se constituer, qu'il soit immortel ou mortel, animé ou inanimé. Tout est soumis à sa puissance; il est bon; tout est contenu en lui comme dans la corne d'un taureau à une seule corne (cf. Deut., XXXIII, 17): aussi est-ce de lui que tous les êtres, chacun selon sa nature particulière, reçoivent la beauté et la grâce; il chemine, pour ainsi dire, à travers toutes choses, «comme sortant d'Éden et se divisant en quatre branches» (Cf. Genèse, II, 10-14). — Pour les Naassènes, Eden, c'est le cerveau; les cieux, ce sont les membranes dans lesquelles le cerveau est comme lié et comprimé; le paradis, c'est la tête de l'homme. — «Ce fleuve, au sortir d'Éden», — c'est-à-dire du cerveau, — «se divise en quatre branches. Le premier fleuve s'appelle le Phison; c'est lui qui entoure toute la terre d'Évilat, où l'on trouve l'or; et l'or de ce pays est excellent; c'est là aussi qu'on trouve l'escarboucle et l'émeraude.» — Il s'agit de l'oeil, comme en font foi le prix et les couleurs de ces pierres précieuses. — « Le deuxième fleuve est appelé le Géon; c'est lui qui entoure toute la terre d'Éthiopie.» — Ce fleuve, c'est l'oreille; car il ressemble, (comme elle), à un labyrinthe. — «Le troisième fleuve est appelé le Tigre; c'est lui qui coule face à l'Assyrie».— Ce fleuve, dont le courant est d'une extrême impétuosité, ce sont les narines; il coule face à l'Assyrie parce que, dans la respiration, l'air aspiré du dehors se précipite avec violence et impétuosité pour remplacer celui qui vient d'être expiré; c'est la loi de la respiration. — «Le quatrième fleuve est l'Euphrate.» — Ce fleuve, pour les Naassènes, c'est la bouche, par laquelle sortent les prières et entrent les aliments, ces aliments qui réjouissent le parfait spirituel, le nourrissent et lui donnent son cachet distinctif.

Cette eau, dit le Naassène, est celle qui est au-dessus du firmament; c'est d'elle que le Sauveur a dit: «Si tu savais quel est celui qui te demande (de l'eau), c'est toi qui lui en aurais demandé, et il t'aurait donné à boire une eau vive et jaillissante» (cf. Jean, IV, 10). A cette eau, dit-il, tous les êtres viennent choisir et puiser leurs substances; de cette eau s'échappent les éléments propres à chaque être, pour aller s'attacher à cet être mieux que le fer à l'aimant, que l'or au piquant du faucon marin et que la paille à l'ambre. Si quelqu'un, dit le Naassène, est aveugle de naissance et n'a jamais contemplé «la vraie lumière, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde» (Jean, I, 9), qu'il recouvre la vue par nous et qu'il voie l'eau circuler à travers toutes les plantes et toutes les semences comme à travers un parc rempli d'arbres et de graines; il constatera que c'est d'une seule et même eau que l'olivier extrait et aspire l'huile, la vigne le vin et ainsi pour toutes les autres plantes, chacune selon son espèce. Cet homme-là, dit le Naassène, est méprisé dans le monde, mais comblé d'honneurs dans le ciel; il a été livré à ceux qui ne le connaissaient pas par ceux qui ne le connaissaient pas; il a été compté comme la goutte qui tombe d'un tonneau (cf. Isaïe, XL, 15). Mais c'est nous, dit-il, qui sommes les spirituels, nous qui, des eaux vives de l'Euphrate qui coule au milieu même de Babylone, extrayons ce qui nous est propre, nous qui passons par la porte véritable, qui est le bienheureux Jésus. De tous les hommes, il n'y a que nous seuls, les Chrétiens, qui accomplissions le mystère à la troisième porte et qui recevions là une onction ineffable (avec l'huile) tirée d'une corne, comme David, et non d'une fiole de terre, comme Saul, qui vivait dans la société du mauvais génie de la concupiscence charnelle.

Ces citations ne sont que de courts extraits de nombreux ouvrages. Car cette folie a inspiré des oeuvres innombrables, qui sont des sornettes insensées. [...] Telles sont les entreprises de ces Naassènes, qui s'intitulent eux-mêmes gnostiques (savants). Véritablement pareille à l'hydre de la légende, l'erreur est un monstre multiple et à un grand nombre de têtes. Maintenant que, par nos réfutations, nous avons frappé d'un seul coup les têtes de cette erreur, nous détruirons, avec la verge de la vérité, le monstre tout entier. Car les autres hérésies ne présentent pas une apparence très différente de celle-ci, à laquelle elles se rattachent par le même esprit d'erreur (qui les inspire toutes). Par de simples changements de mots et de noms, les hérétiques ont multiplié les têtes du serpent: à leur aise! mais cela ne nous empêchera pas de les suivre dans toutes leurs transformations, pour les réfuter.

 

Hymne des Naassènes

La toute première loi génératrice de l'univers fut l'intelligence; le deuxième principe, après le premier-né, fut le chaos confus; le troisième rang, dans la confection de cette loi, échut à l'âme. A cause de cela, revêtue d'une forme aqueuse, elle peine, jouet et esclave de la mort. Tantôt, investie de la royauté, elle jouit de la lumière; tantôt, précipitée dans le malheur, elle pleure. Tantôt elle pleure et tantôt elle se réjouit; tantôt elle pleure et tantôt elle est jugée; tantôt elle est jugée et tantôt elle meurt; tantôt enfin elle ne trouve plus d'issue, infortunée que ses courses errantes ont amenée dans un labyrinthe de maux. Alors Jésus dit: « Regarde, ô Père! En butte au malheur, elle erre encore sur la terre loin de ton souffle; elle cherche à fuir l'odieux chaos et elle ne sait comment le traverser. C'est pourquoi, Père, envoie-moi! Je descendrai portant les sceaux, je traverserai la totalité des éons, je révélerai tous les mystères, je montrerai les formes des dieux, et je transmettrai, sous le nom de gnose, les secrets de la sainte voie.