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31.07.2006

Evangile de Judas: Le documentaire

Le documentaire TV relatif à la parution de l'évangile de Judas est désormais disponible en DVD (en anglais):

http://www.nationalgeographic.com/lostgospel/index.html

http://shopngvideos.com/products/the_gospel_of_judas?utm_...

 

Le documentaire a été présenté par ARTE le 09/04/2006.

15:04 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

National Geographic: Le dossier

Télécharger le dossier de l'évangile selon Judas sur le site officiel du National Geographic

14:52 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

« Signé Judas », par Sophie Laurant

Dossier La Croix/Le monde de la Bible (revues catholiques) consacré à Judas et son évangile:

http://www.mondedelabible.com/article/index.jsp?docId=226...

14:50 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

Le Monde: « Et si Judas n'avait pas trahi Jésus ? »

Article du Monde (09/04/2006), relatif à la parution officielle de la traduction du texte (06/04/2006).

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-759160,...

 

Nota: L'article est désormais archivé (11/05/2006). Nous le reproduisons ici:

Un codex copte du IIIe siècle, publié aux Etats-Unis, éclaire le rôle de Judas dans l'histoire chrétienne

Faut-il réhabiliter Judas ? Depuis deux mille ans, le nom de Judas Iscariote - l'apôtre de Jésus-Christ que les Evangiles présentent comme le félon qui aurait vendu son maître aux Romains pour 30 pièces d'argent - symbolise la traîtrise. Mais un manuscrit en copte dialectal, retrouvé dans le désert égyptien au début des années 1970, dont une traduction a été publiée, jeudi 6 avril à Washington, par la National Geographic Society, pourrait conduire à rectifier la « légende noire » de Judas.

Restaurer et dater ce manuscrit resté caché dans le désert de Haute-Egypte, près de Mynia, pendant plus de mille six cents ans, et conservé grâce à la sécheresse a été en soi un exploit scientifique. Ce codex compte 66 feuilles de papyrus et contient un exemplaire du fameux « Evangile » apocryphe (non reconnu par les Eglises) de Judas (26 feuilles).

Depuis sa découverte il y a plus de trente ans, il est passé entre les mains de plusieurs antiquaires, en Europe et aux Etats-Unis, et il tombait en morceaux. La restauration, engagée en 2001 par la Fondation Maecenas de Bâle (Suisse) et la National Geographic Society, a consisté à reconstituer un puzzle de près de 1 000 pièces. Cette restauration a été accompagnée d'examens visant à authentifier l'historicité du document. L'analyse au carbone 14 - menée sur cinq minuscules échantillons par le laboratoire de l'université d'Arizona, qui avait déjà daté les rouleaux des manuscrits la mer Morte - a livré une datation située entre les années 220 et 340. Les travaux menés sur l'encre et les études spectrographiques du papyrus n'ont montré aucune discordance avec les données connues sur les matériaux employés aux IIIe et IVe siècles. Enfin, l'analyse paléographique du texte, effectuée par Stephen Emmel, professeur d'études coptes à l'université de Münster (Allemagne), a rapproché le graphisme du texte avec celui d'autres écrits datant environ de l'an 400.

Ce document copte, ainsi authentifié et daté, ne constitue pourtant pas une révolution dans la connaissance des origines chrétiennes : l'existence d'un Evangile de Judas en langue grecque est connue depuis longtemps. Dès 180 après J.-C., l'évêque Irénée de Lyon combat cet Evangile apocryphe dans son fameux traité Contre les hérésies. Les savants en fixent même la rédaction au début du IIe siècle (entre 130 et 170) et l'attribuent à un groupe gnostique, celui des Caïnites (de Caïn, la figure biblique). Le manuscrit copte restauré est donc une copie et une traduction de cette version grecque plus ancienne.

Grâce à lui, la connaissance de l'« Evangile de Judas » devrait pourtant progresser. Les expressions du manuscrit copte déjà déchiffrées et traduites laissent entendre que la relation entre Jésus et Judas aurait été plus positive que celle que rapportent les Evangiles officiels. Selon les révélations de la revue National Geographic, le Maître aurait dit à Judas : « Tu les surpasseras tous. Tu sacrifieras l'homme qui m'a revêtu. » Jésus aurait consenti à la trahison de Judas et prévenu : « Tu seras stigmatisé par les autres générations. » Ce sont là des mots typiques de la littérature gnostique du IIe siècle, celle qui a inspiré les Evangiles apocryphes (« cachés »), comme celui dit « de l'apôtre Thomas », celui de l'apôtre Pierre ou de Marie-Madeleine, qui a fait la fortune du Da Vinci Code. Les gnostiques étaient ceux qui prétendaient que la connaissance (« gnose ») de Dieu ne pouvait être réservée qu'à un nombre limité d'initiés et réinterprétaient librement les écritures juives et chrétiennes.

Parentés troublantes

Les gnostiques aimaient « retourner » les personnages qui symbolisent le Mal, comme Caïn, Hérode, Thomas l'incrédule ou Judas. C'est ce que rappelle Rodolphe Kasser, ancien professeur de coptologie à l'université de Genève, interrogé sur cette découverte par le mensuel Le Monde de la Bible. Et il met en garde contre tout emballement visant à une révision du rôle de Judas : cet Evangile de Judas est « une interprétation postérieure imaginée au IIe siècle. Vous ne trouverez, dans le document copte, aucune information historique nouvelle sur le véritable Judas. » Voilà qui réduit la portée du « scoop mondial » du National Geographic !

Rappelons que les Evangiles apocryphes sont des textes que n'a pas retenus la tradition de l'Eglise, pas forcément par dissimulation, mais simplement parce qu'ils ont été rédigés et connus tardivement. Il existe pourtant des parentés troublantes entre ces textes et ceux des seuls quatre Evangélistes officiels - Marc, Matthieu, Luc et Jean - connus dès le Ier siècle.

 

Pierre Barthélémy et Henri Tincq

Article paru dans l'édition du 09.04.06

14:50 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

« Les milieux gnostiques créateurs d'évangiles »

Article de J.-D. Dubois:

14:45 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

L'évangile de Judas, par Irénée de Lyon

Telles sont les doctrines de ces gens, doctrines dont est née, telle une hydre de Lerne, la bête aux multiples têtes qu'est l'école de Valentin. Certains, cependant, disent que c'est Sagesse [Sophia] elle-même qui fut le Serpent : c'est pour cette raison que celui-ci s'est dressé contre l'Auteur d'Adam et a donné aux hommes la gnose; c'est aussi pour cela que le Serpent est dit « plus intelligent que tous les êtres ». Il n'est pas jusqu'à la place de nos intestins, à travers lesquels s'achemine la nourriture, et jusqu'à leur configuration, qui ne ferait voir, cachée en nous, la substance génératrice de vie à forme de Serpent.

D'autres encore disent que Caïn était issu de la Suprême Puissance, et qu'Esaü, Coré, les gens de Sodome et tous leurs pareils étaient de la même race qu'elle : pour ce motif, bien qu'ils aient été en butte aux attaques du Démiurge, ils n'en ont subi aucun dommage, car Sagesse s'emparait de ce qui, en eux, lui appartenait en propre. Tout cela, disent-ils, Judas le traître l'a exactement connu, et, parce qu'il a été le seul d'entre les disciples à posséder la connaissance de la vérité, il a accompli le « mystère » de la trahison : c'est ainsi que, par son entremise, ont été détruites toutes les choses terrestres et célestes. Ils exhibent, dans ce sens, un écrit de leur fabrication, qu'ils appellent « Evangile de Judas ». (fin du Livre 1).

 

Extrait dans son contexte: voir Livre 1

Livre complet: http://www.jesusmarie.com/irenee_de_lyon.html

14:40 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

Les manuscrits de Nag Hammadi à l'origine d'une nouvelle science

Article de Sophie Laurant, Le monde la Bible (revue catholique):

http://www.mondedelabible.com/article/index.jsp?doc...

14:40 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

Judas: traître ou initié?

La découverte et la publication récente de l'Evangile gnostique de Judas, que l'on croyait définitivement perdu, relance une nouvelle fois la polémique concernant les origines du christianisme.

Le débat n'est pas nouveau. Doit-on considérer les Evangiles comme la relation de faits authentiques, historiques, ou bien comme la description symbolique de « mystères », ayant trait au seul sauvetage de l'âme individuelle?

Le retour de Judas, vingt siècles après sa « Passion », sous la forme d'un payrus de soixante-deux feuillets, replace les gnostiques au coeur de l'actualité et nous conduit à nous demander : qui a vraiment trahi Jésus?

 
François FAVRE 

 

14:35 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

Evangile de Judas: Le texte

Telecharger directement l'original copte et sa traduction anglaise sur le site de National Geographic

14:30 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note

29.07.2006

L'énigme du Sphinx (Jan van Rijckenborgh)

Article consacré à l'énigme du Sphinx, par Jan van Rijckenborgh (parution : Pentagramme, 1989, n° 6, p. 2-6).

Ce texte inspiré fut le véritable point de départ de toutes mes recherches ésotériques sur le Manichéisme et autres gnoses. 

 

François FAVRE 

12:40 Publié dans 04. Gnose moderne | Lien permanent | Envoyer cette note

D'un monde à l'autre (Isabelle Ohmann)

Article sur les cycles de l'humanité (source: revue Nouvelle Acropole).

http://www.nouvelleacropole.org/articles/article.asp?id=3...

11:50 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note

Sohravardi et le Récit de l'exil occidental

Site Science et Gnose. Note sur Sohravardi, fondateur de la Théosophie orientale, et analyse ésotérique de son texte le plus célébre, le Récit de l'exil occidental (c'est le Chant de la Perle islamique). Voir aussi H. Corbin. 

http://gnoseetscience.blogspirit.com/archive/2006/07/27/s...

http://gnoseetscience.blogspirit.com/archive/2006/07/27/l...

 

Site Graal et initiation. Autre article sur Sohravardi et le Graal. Rappelons que la figure du Graal apparaît dans la littérature perso/iranienne bien avant le Moyen Âge. 

http://www.graal-initiation.org/Sohravardi-et-le-Graal.ht...

 

11:10 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note

27.07.2006

Le fils de la Veuve

Site Graal et initiation. Comme Hiram, Mani ou Mahomet, Perceval est dénommé « le fils de la Veuve », expression symbolique rappelant le fait que l'homme extérieur, la personnalité, est privé du contact avec le pôle supérieur, masculin, spirituel, de la Monade en lui (celui-ci est situé au-dessus de la tête). Seul son coeur, qui correspond mathématiquement au coeur du microcosme, est encore sensible à l'activité du pôle inférieur, féminin, de l'étincelle divine. Voir Lexique: Monade.

13:30 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note

Le Chant de la Perle: interprétation

Site Gnose et science. Note en trois parties (part1;part2;part3) concernant le récit du Chant de la Perle et son interprétation. 


 

13:15 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

La Force à la base de l'arbre

Site Graal et initiation. Note relative au symbolisme de l'arbre et à l'énergétique dans les récits du Graal.

http://www.graal-initiation.org/La-force-a-la-base-de-l-a...

http://www.graal-initiation.org/enluminure-du-beatus-1-l-...

13:05 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note

26.07.2006

Le paradoxe de l'unité et de la dualité (I)

Parler de Mani et du manichéisme relève de nos jours de l’héroïsme au regard des traces laissées par  les détracteurs de Mani dans la mémoire des hommes. Nous n’ignorons pas que, lorsqu’on veut attaquer quelqu’un, lorsqu’on veut faire ressortir le caractère primaire de sa philosophie, de sa pensée, de ses conceptions, on le traite de manichéen. Pourtant, ce que Mani apporta, ce que le manichéisme transmit, est exactement à l’opposé. Mani démontra l’unité de toutes les Gnoses. Il enseignait aux chrétiens le sens profond du christianisme universel, expliquait aux mages d’Iran le message d’Aoura-Mazda, montrait aux bouddhistes le chemin de l’illumination qu’avait indiqué le Bouddha. L’Église de Lumière, qu’il avait fondée pour transmettre les mystères de l’Homme Parfait, illumina des millions d’âmes pendant plus de mille ans.

Une telle clarté, une telle lumière évidemment suscite l’adversité, la jalousie, et ce sont les hommes religieux et politiques qui, ne comprenant pas ses paroles d’éveil, tentèrent de détruire la pensée lumineuse de Mani, pour en donner l’image que nous en avons gardée, celle d’un dualisme primaire.

Pourquoi le manichéisme, si profondément humaniste, religieux et universel, fut-il persécuté inlassablement par tous les empires et toutes les religions?

Quelles barrières sacrées Mani avait-il bousculées? Quels interdits avait-il transgressés? Pourquoi un tel acharnement, comme le demandait Amin Maalouf, dans son roman Les Jardins de Lumière, consacré au prophète iranien?

Si nous voulons comprendre pourquoi le manichéisme fut, selon les spécialistes, la religion la plus persécutée de l’histoire, nous devons, rejetant toute illusion occulte ou religieuse, approfondir l’essence du dualisme absolu, caractéristique de la pensée de Mani.

Dans son enseignement, Mani pose le principe de l’existence de deux ordres de nature opposés et irréconciliables: l’ordre de la Lumière et l’ordre des Ténèbres. Pour échapper à l’emprise de l’ordre des Ténèbres, l’élève manichéen doit entreprendre la reconstruction de l’Homme de Lumière par un processus en trois phases, en trois temps. Cette « Doctrine des deux Principes et des Trois Temps », que Mani résuma sous la forme d’un mythe, est le fruit d’une vision intérieure, d’une Révélation.

Mani était, au sens véritable du terme, un visionnaire. Son savoir était fondé sur la Révélation, et ce qu’il avait découvert, il le transmit plutôt par des images et des symboles que par des concepts. C’est à partir de cette connaissance de première main que Mani renouvela les visions de Dieu, du monde, de l’homme, héritées des systèmes gnostiques qui l’avaient précédé.

Selon les gnostiques, il existe deux types de vision du monde. Contrairement à l’idée commune, ce n’est pas l’œil qui voit, mais la conscience. L’œil est  le miroir de l’âme, et la nature de la conscience qui nous anime détermine notre image du monde, notre perception des événements, notre sensibilité et nos idéologies. C’est pourquoi il peut être dit, comme l’affirment les anciens sages de l’Inde, que le monde est dans l’âme, et que toute connaissance est structurée dans la conscience. Nous parlerons de la première vision comme d’une vision à cinq sens, et de la seconde comme d’une vision à sept sens. Si la première nous est bien connue puisqu’elle nous permet d’appréhender le monde, la seconde demeure, pour nous, de l’ordre du mystère.

Toujours selon les gnostiques – la science spirituelle indienne l’atteste clairement – il existe, en dehors des cinq sens connus par la science officielle, deux sens latents, dont l’activité est étroitement liée aux fonctions « cachées » de deux glandes à sécrétion interne, l’hypophyse et la pinéale et à celle des chakras correspondants. Les anciens appelaient ces deux nouveaux pouvoirs de la conscience, permettant la découverte de « la moitié pure et inconnue du monde », Intuition et Connaissance, ou encore Entendement et Vision.

Celui pour qui s’ouvre la vision intérieure, qui éprouve corporellement la réalité de l’autre monde, qui n’est pas l’au-delà, ne voit plus seulement le monde tridimensionnel, mais un monde quadridimensionnel, un monde dans lequel les sept sens participent de cette vision. 

Cette différence de vision, et les conséquences qu’elle implique, fut, tout au long de l’histoire de l’humanité, la raison profonde de l’opposition aux gnostiques, qui mirent en évidence l’imperfection, l’impermanence et l’inachèvement de notre nature, et dévoilèrent l’existence d’un autre champ de vie, inconnu des hommes. Là où l’homme ordinaire ne voit qu’une création, l’Homme éveillé, le Gnostique, voit deux mondes, deux créations, comme le confirme le témoignage de Mani, « le Bouddha de Lumière », concernant son Éveil et la Réalité qui se découvre à son œil intérieur et spirituel:

« Dans les années d’Ardashir, Roi de Perse, je grandis et atteignis la maturité. L’année même où Ardashîr… (mourut), le Paraclet [11] vivant descendit sur moi, et me parla. Il me révéla le mystère caché, qui était scellé aux mondes et aux générations : le mystère de la Profondeur et de la Hauteur ; il me révéla le mystère de la Lumière et de l’Obscurité, le mystère du conflit, et la grande Guerre que l’Obscurité avait suscitée ; il me révéla comment la Lumière (repoussa ? vainquit ?) l’Obscurité par leur mélange et comment (par voie de conséquence) ce monde fut établi… Il m’éclaira sur le mystère de la formation d’Adam, le premier homme. Il m’instruisit du mystère de l’Arbre de la Connaissance dont Adam mangea, par lequel ses yeux purent voir ; le mystère des Apôtres qui furent envoyés dans le monde pour choisir les églises (c’est-à-dire, pour fonder les religions)… Ainsi me fut révélé, par le Paraclet, tout ce qui a été et tout ce qui sera, et tout ce que l’œil voit, et que l’oreille entend et que la pensée pense. Par lui j’appris à connaître toute chose, je vis le Tout à travers lui, et je devins un seul corps et un seul esprit. »  (Képhalaïa, chap.1,14, 29-15, 24). [12]

Le témoignage de Mani retient l’attention par son caractère inhabituel dans la littérature dite « spirituelle ». En effet, les textes autobiographiques concernant l’expérience intérieure sont extrêmement rares chez les gnostiques, à l’inverse des auteurs « mystiques », comme St Jean de la Croix, Ste Thérèse d’Avila, Hildegarde de Bingen etc. Peut-être même s’agit-il d’un cas unique dans la littérature gnostique. Je voudrais souligner ici le fait que l’Éveil selon Mani est une expérience paradoxale, puisqu’elle est à la fois absolument non-duelle – elle est découverte du monde de l’Unité – et absolument duelle – le Voyant décrit clairement l’existence de deux Natures : le Monde de la Lumière et le Monde des Ténèbres, le Monde de l’Esprit et le Monde de la Matière. Je rappellerais ici qu’étymologiquement, le mot paradoxe vient du grec paradoxos et signifie « chose contraire à l’opinion ». Le paradoxe, selon la définition qu’en donne Barrel, «  c’est ce qui étonne ou ce qui choque parce qu’on est mis face à une situation où un être ou une chose est ou semble être, fait ou semble faire, pense ou semble penser, une chose et le contraire de cette chose ».

Ce témoignage exceptionnel du Prophète iranien – des descriptions analogues se retrouvent à d’autres moments de l’histoire de la pensée spirituelle, dans l’œuvre de théosophes gnostiques comme Jacob Bœhme, Sohravardi, Jan Van Rijckenborgh… – est l’illustration la plus parfaite de ce qu’est la pensée visionnaire ou pensée paradoxale, et justifie à lui seul la définition que nous donnons, à la suite de P. Gast, de l’expérience spirituelle pour la différencier de l’expérience mystique ou occulte: 

Définition 1: On appellera expérience « matérielle », l’expérience de la dualité, caractérisée par l’état de conscience différencié (dualisme relatif) et la division sujet-objet. Le type d’homme correspondant à cette expérience de conscience sera nommé endormi.

Définition 2: On appellera expérience « psychique », l’expérience de l’Unité ou non-dualité relative, obtenue de manière mystique ou occulte, caractérisée par l’état de conscience indifférencié ou conscience cosmique, et l’abolition temporaire de la dualité sujet-objet. Le type d’homme correspondant à cette expérience de conscience sera nommé illuminé.

Définition 3: On appellera expérience « spirituelle »,  l’expérience de l’Être (« Je suis ») ou non-dualité absolue, stabilisée, caractérisée par le dépassement définitif de l’état de conscience indifférencié ou conscience cosmique, et  la disparition du moi. Pour être dite « spirituelle et véridique », elle devra, non seulement attester de l’Unité (non dualité absolue), mais être accompagnée du témoignage de l’existence de deux ordres de nature opposés et irréconciliables et de la séparation entre Esprit et Matière (dualisme absolu). Le type d’homme correspondant à cette expérience de conscience sera nommé éveillé.

Pour comprendre pourquoi le manichéisme, à travers le témoignage et l’enseignement de son fondateur, et la gnose dualiste en général, ont toujours posé problème à la conscience religieuse, ou à la raison scientifique – il n’existe pour nous aucune différence fondamentale entre ces champs de la pensée humaine – nous voudrions ici rappeler brièvement les axiomes sur lesquels reposent notre logique occidentale, principes qui régissent aujourd’hui encore notre comportement quotidien et qui, jusqu’à une époque récente, régnaient en maîtres dans la pensée scientifique et philosophique:

Principe de non-contradiction: «  Il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps, au même sujet et sous le même rapport. » De lui découlent les suivants:

Principe d’identité: « Ce qui est, est; ce qui n’est pas, n’est pas. »

Principe du tiers exclu: « Toute chose est ou n’est pas », latin: tertium non datur, il n’y a pas de troisième solution, formulation parfois traduite par l’expression « exclusion du milieu ».

Comme l’écrit J.-P. Schnetzler, « Ce troisième axiome, qui verrouille les deux au-tres, est contesté dans certaines logiques modernes, qui aux valeurs de vrai et de faux, ajoutent celle d’indécidable. La découverte du monde quantique en physique moderne et l’émergence de couples de contradictoires mutuellement exclusifs, notamment l’onde et le corpuscule, (mais il en existe d’autres), ont engendré des logiques nouvelles destinées à surmonter la contradiction. Basarab Nicolescu s’est fait l’avocat d’une logique du tiers inclus où le principe de non-contradiction comporte : a, non-a, mais aussi T, le tiers inclus. Cette formulation ternaire implique l’existence de deux niveaux de réalité, au moins. Ce qui apparaît au niveau des angles de la base comme contradictoire dans l’exemple de la particule, l’onde et le corpuscule, se résout au niveau du sommet, en un quanton. »

Il existe aussi une quadruple formulation logique, le tétralemme, que l’on retrouve principalement dans les enseignements philosophiques orientaux de type bouddhiste, mais aussi chez Platon, qui fut le maître d’Aristote avant que celui-ci ne quitte l’Académie pour fonder sa propre école, le Lycée. Le tétralemme peut s’énoncer par exemple de la manière suivante : être, non-être, être et non-être, ni être, ni non-être. La troisième proposition, être et non-être, fait surgir un paradoxe, la quatrième le résout mais devient inopérant. Les exemples qui précèdent permettent de mettre en évidence l’existence de deux formes de logique sous-tendant notre manière de penser : une logique exclusive, que nous qualifierons d’occidentale, ce terme étant pris ici au sens métaphysique et non géographique comme nous l’ont montré H. Corbin et Sohravardi, et une logique inclusive ou orientale. C’est clairement sur cette seconde forme de logique que s’appuie la pensée spirituelle en général, et le manichéisme en particulier, requerrant pour son appréhension et sa compréhension, comme tout phénomène complexe (de complexus, tissé ensemble), une approche paradoxale et multiréférentielle. S’ouvrir au paradoxe, entrer dans un mode de penser paradoxal, c’est donc accepter dans un même message la coprésence d’éléments contradictoires. Cette même formulation paradoxale, clairement apparente dans le témoignage de Mani, se retrouve à un autre niveau dans l’enseignement du prophète iranien dont nous allons esquisser dans une prochaine note les grandes lignes.

 

François FAVRE

Source: « Le dualisme absolu de Mani » (article)

 

19:45 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

Paradoxe

Définition: Contraire à l'opinion (doxa), au sens commun. « C’est ce qui étonne ou ce qui choque parce qu’on est mis face à une situation où un être ou une chose est ou semble être, fait ou semble faire, pense ou semble penser, une chose et le contraire de cette chose ». (Yves Barel)

 

 


19:30 Publié dans 07. Lexique | Lien permanent | Envoyer cette note

Le paradoxe de l'unité et de la dualité (III)

Nous trouvons, de manière exemplaire, un autre écho de cette opposition apparente entre dualisme et monisme (voir la note précédente) dans les textes retrouvés en 1945 à Nag-Hammadi, en Haute Egypte, qui formaient, d’après A. Wautier, la bibliothèque d’une communauté gnostique, les séthiens. Cette découverte, fondamentale pour notre connaissance de la pensée gnostique, appelle plusieurs remarques:

Premièrement, les séthiens, bien que chrétiens, avaient une vision universelle du phénomène spirituel, non exclusive, puisque l’inventaire de leur bibliothèque montre qu’ils se référaient à d’autres sources ou traditions que les écrits chrétiens, comme les textes hermétiques, mazdéens, les apocalypses juives…

Certains textes font clairement état d’une vision dualiste de l’homme et du monde, qui restera la marque distinctive du gnosticisme, comme le montre l’extrait suivant, qui bouleverse la conception traditionnelle de la Genèse. Parlant du Démiurge, que les gnostiques marcionites, par exemple, identifiaient avec le Dieu jaloux de l’Ancien Testament pour le différencier du Dieu d’Amour révélé par le Christ-Jésus, l’Hypostase des Archontes dit : « Ouvrant les yeux, il aperçut la matière vaste et étendue, et il devint arrogant, il dit : Moi, je suis Dieu et il n’y en a pas d’autre que moi. Disant cela, il pécha contre le tout. Mais il sortit d’au-dessus de l’Eon suprême une voix qui dit : Tu te trompes, Samaêl (c’est le dieu des aveugles). Mais il rétorqua : S’il existe quelqu’un d’autre d’antérieur à moi, qu’il se montre à moi ! Aussitôt, Sophia étendit son doigt et elle fit parvenir la lumière au sein de la matière, et elle la suivit jusqu’en bas, dans les régions du Chaos. Puis, elle partit en remontant dans sa lumière. L’obscurité, à nouveau, (envahit alors) la matière. »

Bien que l’on ait systématiquement tenté de disqualifier les mouvements gnostiques en les traitant de « dualistes », pratique qui relève de l’amalgame et de la schématisation à outrance, les documents à nouveau en notre possession prouvent qu’il existait, à côté de l’enseignement « dualiste » dont les représentants les plus connus sont les marcionites, une gnose moniste, principalement valentinienne, qui fut, selon E. Pagels, «  la forme la plus influente et la plus complexe d’enseignement gnostique, et de loin la plus lourde de menaces pour l’Église. »  Le Traité tripartite, attribué à Valentin,  s’ouvre sur ces paroles : «  Quoi que nous puissions dire des choses d’en haut, il convient que nous commencions par le Père qui est en effet la racine du Tout… Car il existait alors que rien n’était encore venu à l’existence en dehors de lui… Le seul Père et Dieu est celui que personne n’a engendré, alors que le Tout, c’est Lui qui l’a engendré et qui l’a créé ». Dans La lettre d’Eugnoste, il est dit de Dieu, en un chant de louange : «  Indicible est l’Unique qui est. Aucune souveraineté ne L’a connu, aucune autorité, aucune sujétion, ni aucun être depuis la création du monde, sinon Lui-même. Car Il est immortel, Il est éternel et sans naissance, tandis que quiconque a eu une naissance périra. Il est inengendré, n’ayant pas eu de commencement, car quiconque a eu un commencement (aura aussi) une fin. Personne ne Le commande et Il n’a pas non plus de nom : car quiconque a un nom est la créature d’un autre. On ne saurait (donc) Le nommer. »

Quelles conclusions pouvons-nous tirer de cette situation paradoxale qui vit deux fraternités de même importance se réclamant de la Gnose, les marcionites et les valentiniens, enseigner dans les mêmes lieux et les mêmes temps, sans jamais, semble-t-il, se concurrencer ni s’exclure, tout en délivrant un message visant au salut de l’Ame, l’un formulé sous la forme du dualisme, l’autre du monisme ?

Nous dirons que l’enseignement du dualisme, qu’il soit explicite, radical ou mitigé, ou implicite, est un fait commun à tous les spirituels, d’Orient ou d’Occident, qu’ils se nomment gnostiques ou théosophes, qu’ils soient catégorisés ou identifiés comme dualistes ou non dualistes. Il apparaît comme tel en fonction des circonstances historiques, ou résulte de choix pédagogiques [approche stratégique].

Si l’enseignement spirituel est explicitement dualiste, le monisme, la doctrine de l’unité, devient implicite, et se dissimule derrière le voile du manifesté, de l’apparent. Ce fut le cas, entres autres, du marcionisme, la pure religion gnostique de Marcion, qui bien qu’orientant ses élèves sur la réalité de l’Un, établissait dans son enseignement exotérique une nette distinction entre le Dieu de l’Ancien Testament, dieu vengeur qui punit et châtie chacune des violations de sa Loi, et le Dieu d’Amour du Nouveau Testament, l’Esprit de la nouvelle Alliance, que proclamait le Christ-Jésus. Pourquoi, demandait-il, un Dieu « tout puissant » irait-il créer un monde où ont cours la souffrance, la douleur, la maladie ? Marcion en concluait qu’il devait s’agir de deux dieux différents.

E. Pagels nous rappelle que le Credo, la profession de foi des chrétiens, fut formulé à l’origine pour exclure les disciples de Marcion (vers 140) des Églises de l’orthodoxie ainsi que tous ceux qui affirmaient qu’« il y a un autre Dieu que le créateur ». Le Credo débute par ces mots : «  Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ». Ainsi est affirmé clairement ce qui sépare irrémédiablement et définitivement la voie des Églises de celle des Gnoses. Nous verrons un peu plus loin que cette formule était toutefois insuffisante pour chasser les gnostiques des communautés chrétiennes.

Si l’enseignement spirituel est explicitement moniste, le dualisme, la doctrine des deux ordres de nature, devient implicite, « caché », ou « occulté » (ésotérique), comme le montre l’exemple des valentiniens qui, bien que s’affichant extérieurement comme monistes, développaient en secret pour leurs élèves l’enseignement des deux créations. « Car si les valentiniens, nous dit E. Pagels, confessaient en public la foi en un seul Dieu, lors des réunions qu’ils tenaient entre eux, ils faisaient en sorte de souligner la distinction entre l’image populaire de Dieu et ce que représentait cette image – Dieu entendu comme la source ultime de tout ce qui est. »

Cette attitude, qui relève de la « discipline de l’arcane », permit aux valentiniens de se maintenir à l’intérieur des communautés chrétiennes sans en être chassés, à l’inverse des marcionites. C’est Irénée lui-même qui nous dit que le Credo, qui écartait efficacement les marcionites de l’Eglise, s’avérait inutile à l’encontre des valentiniens. En commun avec d’autres chrétiens, ils récitaient le Credo orthodoxe. Mais, explique Irénée, bien  qu’ils « confessent  verbalement un seul Dieu », ils le font avec des restrictions mentales, « disant une chose et en pensant une autre », « De tels individus sont des moutons, à s’en tenir aux apparences, car ils paraissent nous ressembler, d’après ce qu’ils disent en public, répétant comme nous ces mots mêmes (que nous confessons) ; alors qu’intérieurement ils sont des loups. »

Ce qui affligeait le plus Irénée, c’était que la majorité des chrétiens ne reconnaissaient pas comme hérétiques les disciples de Valentin. Pour la plupart, ils n’auraient su dire la différence entre les enseignements valentinien et orthodoxe : « Bien que leur façon de dire soit semblable à la nôtre, leurs opinions sont, non seulement très différentes, mais à tous égards remplies de blasphèmes. »

Cette assertion d’Irénée montre qu’il est souvent difficile, même pour un homme averti, de différencier un enseignement spirituel moniste authentique d’une doctrine mystique-dogmatique relevant en vérité de la simple religiosité naturelle, justifiant pleinement la proposition suivante : Un enseignement qui exclurait l’un des deux termes ne pourrait être dit « ni spirituel, ni véridique », selon les critères de l’expérience spirituelle que nous avons établis, le dualisme de fait dégénérant en dualisme moral, et le monisme en mysticisme religieux, rendant illusoire la réalité du Mal et de la souffrance.

En ce sens, nous affirmons clairement qu’un enseignement spirituel qui ne serait pas paradoxal n’est pas un enseignement spirituel. Toutefois, nous devons être clairement conscients que les conséquences qui résultent d’un tel choix concernant la transmission de l’enseignement spirituel ne sont pas les mêmes :

Enseigner le dualisme, et mettre par là l’accent sur la malignité du monde, engendre la suspicion, l’intolérance, la persécution, comme en témoigne le destin tragique des marcionites, des manichéens, des pauliniens, des ismaéliens, des soufis, des bogomiles, des cathares, des rose-croix. C’est donc en toute connaissance de cause et en dehors de toute volonté de martyre, que les spirituels « dualistes » s’exposent à la haine du monde, simplement parce que « certaines choses doivent être dites », comme l’affirmait Krishnamurti, dont l’enseignement clairement libertaire et anti-autoritaire lui aurait probablement valu, en d’autres temps, la prison, ou le bûcher. 

Témoigner du monisme, attester de l’Unité, comme le font aujourd’hui encore beaucoup de courants de pensée soient disant « non dualistes » issus du New-Age, ne peut, au contraire, qu’inciter les autorités politiques et religieuses, qui ont toujours eu partie liée au cours de l’Histoire, à la bienveillance ou la tolérance. Rappelons ici que c’est à l’instigation principalement d’occultistes persans et de mages religieux zoroastriens, que Mani fut condamné à la torture et mis à mort dans des conditions atroces, et que c’est sous le commandement d’évêques chrétiens catholiques que les cathares furent assassinés par milliers.

Tout ce qui précède nous a rendu clair, nous l’espérons, que cette opposition apparente entre spirituels, ici les marcionites et les valentiniens, relève essentiellement de la « théorie », c’est-à-dire du « point de vue », ou d’une stratégie déterminée ayant pour seul objet la diffusion du message gnostique. De même, il faut cesser de voir dans le dualisme la négation de l’unité divine, du monisme, ou une dégénérescence du monothéisme, comme l’affirme Guy Monnot [32]. Nous retiendrons de ces quelques exemples, qui ont mis en évidence le caractère paradoxal de la pensée gnostique, la définition suivante, qui s’ajoute à celle que nous avions donnée précédemment concernant l’expérience spirituelle:

Définition 4 : Si un enseignement spirituel s’extériorise comme dualiste, le monisme est implicite [= dualomonisme]. Si un enseignement spirituel s’extériorise comme moniste, le dualisme est implicite [= monodualisme]. Un enseignement qui exclurait l’un des deux termes ne pourrait être dit spirituel. De ce fait, un enseignement spirituel ne peut être que paradoxal.

Chaque fraternité gnostique, chaque Éveillé n’apporte donc pas une contradiction, vue de l’extérieur, à l’édifice spirituel de l’humanité, mais une pierre qui s’ajoute à cette immense construction invisible qu’on pourrait appeler la demeure de l’Esprit, la Maison Sancti Spiritus des rose-croix classiques du XVIIème siécle, qui est la véritable demeure de l’Homme. Chaque révélation, qu’elle date d’il y a 6000 ans ou qu’elle date d’aujourd’hui, est une possibilité, une pierre nouvelle ajoutée aux pierres précédentes. Si nous pouvons, non les opposer, mais définir leurs places respectives à l’intérieur de la construction, alors nous sommes sur le chemin qui mène à la résolution du paradoxe de l’unité et de la dualité.


François FAVRE

Source: « Le dualisme absolu de Mani » (article)


19:20 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

Le paradoxe de l'unité et de la dualité (II)

La mission de Mani fut d’apporter au monde la Révélation des deux Natures. Dans sa cosmogonie, Mani affirmait la coexistence, dès le Commencement, des deux principes, Lumière et Ténèbres, Bien et Mal, Esprit et Matière, comme le début de l’Epître du Fondement, qui nous a été conservée par Saint Augustin, nous le dit: « Dès le Commencement, il y eut deux Principes… »  C’est sur cet axiome, par essence indémontrable, que repose le système manichéen. Le fait que le Mal soit éternel, selon Mani, place la conscience religieuse devant un paradoxe presque insoluble et insoutenable. Les conséquences philosophiques et pratiques de cet axiome sont immenses puisqu’il remet en cause la notion même de péché, vu généralement comme la privation du Bien. Les théologiens catholiques, arabes, perses, chinois ne s’y sont pas trompés, puisque l’essentiel de leur combat contre le manichéisme, sur le plan philosophique, portera sur la remise en cause de cet axiome. L’expansion très rapide du manichéisme, l’accueil très favorable qu’il reçut dans de nombreux milieux en raison de son réalisme, les poussera très tôt, faute d’arguments, à quitter le terrain de l’idéologie et de la raison, pour celui de la répression et de la persécution.

La citation suivante, extraite des œuvres de Saint Augustin, qui fut auditeur manichéen pendant neuf ans avant de se convertir au christianisme catholique, montre l’importance que revêtait cette question dans la lutte contre le manichéisme: «  J’ai écrit, n’étant encore que prêtre, contre les manichéens sur les deux âmes, dont ils disent que l’une est une partie de Dieu, que l’autre vient de la race des ténèbres, dont Dieu n’est pas le créateur, et qui est coéternelle à Dieu. Ils ajoutent, dans leur folie, que tout homme possède ces deux âmes, l’une bonne, l’autre mauvaise : celle-ci, la mauvaise, serait propre à la chair, laquelle chair provient, d’après leurs dires, de la race des ténèbres ; celle-là, la bonne, viendrait de la partie adventice de Dieu qui a engagé le combat avec la race des ténèbres. Elles se mélangent l’une à l’autre et, suivant eux, tout ce qu’il y a de bien dans l’homme appartient à l’âme bonne, tout ce qu’il y a de mal, à l’âme mauvaise. » Paradoxalement, les manichéens ont toujours refusé d’être assimilé à des dualistes – accusation qui leur valut d’être persécutés tout au long de leur histoire – comme en témoigne cette citation par laquelle le manichéen Fauste de Milève répondait aux critiques des chrétiens catholiques, qui voyaient deux dieux dans la doctrine manichéenne: «  Jamais, dans nos assertions, le mot de deux dieux n’a été entendu… Il est vrai que nous proclamons l’existence de deux principes, mais nous ne donnons le nom de Dieu qu’à un seul, quant à l’autre, nous l’appelons matière (hyle), ou, en un terme plus connu et usité, démon… » 

Nous comprendrons mieux le caractère paradoxal de la réponse de Faustus selon laquelle les manichéens proclament « l’existence de deux principes tout en ne donnant le nom Dieu qu’à un seul » en approfondissant la question des rapports entretenus par le manichéisme avec l’hermétisme, courant d’inspiration moniste dont l’origine remonte, selon la légende, à Toth-Hermès, « le deux fois grand », le grand initiateur de la période égyptienne, qui devint ultérieurement Hermès-Trismégiste, « le trois fois grand ». En tant que doctrine fondée sur le principe de l’unité et de l’interdépendance de toutes choses – fait que confirme aujourd’hui la physique moderne – l’hermétisme égyptien et grec représente le cœur de la tradition spirituelle occidentale, principalement dualiste – ce qui, évidemment, est un paradoxe en soi ! – et cela, depuis la plus haute antiquité égyptienne jusqu’à nos jours, comme en témoigne l’attachement que lui vouèrent les véritables rose-croix, les cathares, les ismaéliens, les platoniciens de Perse de Sohravardi, les théosophes soufis d’Ibn Arabi, les manichéens, les gnostiques valentiniens, les kabbalistes juifs, les disciples de Platon et de Pythagore…

Longtemps, dans les milieux de la recherche spirituelle et universitaire, on se demanda si et jusqu’à quel point, le manichéisme et l’hermétisme étaient en contradiction, Hermès étant considéré par les manichéens, comme l’un des cinq grands prophètes ayant précédé Mani. Nous tenterons à notre manière de répondre à ce qui se présente à notre raison comme une énigme ou un koan [18], en disant que l’intérêt du gnosticisme, c’est que ce qui est indicible, non formulable parce qu’appartenant à un tout autre domaine de vie et de conscience, peut être présenté de plusieurs manières, selon des points de vue différents. Hermès a présenté l’unité absolue de la vie, et le temps et l’espace comme un incident qui peut être résorbé facilement. Mani a insisté sur l’opposition et la lutte entre la lumière et les ténèbres, telle qu’il la voyait à l’œuvre dans l’univers. En présentant une vision tranchée, il est évident qu’il répondait aux interrogations profondes des hommes et des femmes de son époque, donnant au Mal une place que les religions lui refusaient. Cette opposition apparente est purement formelle comme le montre par exemple cet extrait du Poimandrès, aux versets 68, 69, 70, où Hermès laisse entendre clairement le langage de Mani : « O peuples, hommes nés de la terre, qui vous êtes abandonnés à l’ivresse et au sommeil et à l’ignorance de Dieu, devenez sobres, cessez de vous vautrer dans la débauche, ensorcelés que vous êtes par un sommeil animal ! Eux, quand ils m’entendirent, ils se joignirent à moi. Et je poursuivis : O vous, nés de la terre, pourquoi vous êtes-vous livrés à la mort, alors que vous avez puissance de participer à l’immortalité ? Repentez-vous, vous qui marchez dans l’erreur et avez accepté pour guide l’ignorance. Libérez-vous de la lumière ténébreuse et prenez part à l’immortalité, en renonçant pour toujours à la corruption. Quelques-uns se moquèrent de moi et s’en allèrent, car ils se trouvaient sur le chemin de la mort. Mais d’autres, s’agenouillant devant moi, me suppliaient de les instruire. Je les relevai et je me fis guide du genre humain, en leur apprenant de quelle manière ils seraient sauvés. Et je semai en eux les paroles de sagesse, et ils furent nourris de l’eau de l’immortalité. » 

Il n’existe donc pas de différence essentielle entre les manichéens et les disciples d’Hermès, comme le souligne Jan Van Rijckenborgh dans ses commentaires modernes du Corpus Hermeticum : « Manichéens et hermétistes sont frères de la même souche… L’Hermétisme formule la clarté philosophique. Le manichéisme évoque une réalité révolutionnaire, l’adieu positif conscient à la nature inférieure. Aussi le manichéisme eut-il, à son époque, par cette façon de voir, une grande emprise sur les hommes. C’est pourquoi il fut tellement redouté et haï de l’adversaire, et persécuté plus mortellement encore que le catharisme. Les ennemis des cathares les firent périr par le bûcher et d’inanition. Les frères et sœurs manichéens furent mutilés et martyrisés de façon atroce, inimaginable. Nous savons que le catharisme, bien que se plaçant philosophiquement sur un terrain plus hermétique, était orienté vers le même but que celui poursuivi par les frères et sœurs manichéens. Parce que le but était semblable, on accusa les cathares d’être manichéens, dans l’intention préconçue de les poursuivre et de les exterminer de la même manière. Ce que la Gnose actuelle doit à ces deux Fraternités est inexprimable. » 

A certains moments dans l’histoire de l’humanité, il est nécessaire de mettre l’accent sur la malignité de la nature dans son apparence actuelle pour faire ressortir d’autant plus nettement, devant la conscience, la lumineuse patrie de l’humanité. Mais à d’autres, il est tout aussi nécessaire de diriger directement l’attention du chercheur sur le principe de l’Unité pour dégager la conscience de l’emprise de la matière, comme le fit par exemple Sankara, dans une Inde où s’affrontaient durement brahmanisme et bouddhisme. Si la Gnose est éternelle, sa manifestation dans le temps varie en fonction du lieu et des circonstances. Le monde change sans cesse ; il passe par des stades de développement différents, dont les travailleurs au service du Logos, de la Lumière, doivent nécessairement tenir compte. Ce message doit être actuel, dynamique, libérateur, et pratique dans chaque ère où il se révèle. Car dans le monde de la mort, tout message ancien est altéré, tronqué, atrophié, et par conséquent rendu inefficace ou impossible à utiliser. C’est pourquoi Mani dut, en son temps et de nouveau, libérer un enseignement, une méthode et son application, puisant directement dans la connaissance de première main au champ de l’Esprit Universel.

Si la vision de Mani nous dérange par ses implications et que notre première réaction est d’éliminer le trouble provoqué par le paradoxe de la coexistence éternelle des deux principes, nous devons essayer d’abandonner notre propre vision, ce que nous connaissons ou croyons connaître, pour entrer dans la sienne et y découvrir l’intention cachée ainsi que les véritables raisons pour lesquelles, à un moment historique donné, il a été nécessaire de présenter la Gnose et son message libérateur de cette manière-là. Nous devons donc voir les mythes et les cosmogonies souvent contradictoires, utilisées par les Gnostiques de tous les temps pour transmettre leur vision du monde, comme une représentation imagée, un modèle du monde, un moyen d’explication, un moyen de toucher la raison et la compréhension de l’homme pour qu’il se mette vraiment à chercher quel est le but de sa vie, et surtout qu’il découvre le pouvoir intérieur dont il ne fait pas usage.


François FAVRE

Source: « Le dualisme absolu de Mani » (article)

 

19:00 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

Démiurge

Définition: Nom donné par les Gnostiques du début de l’ère chrétienne au créateur du monde (cosmos) et de l’homme. Considéré ici comme un « mauvais dieu » (à l’inverse du démiurge platonicien), il est généralement assimilé au Jéhovah des anciens sémites et opposé au Dieu bon, étranger à la Nature, des chrétiens. Vu micro-cosmologiquement, ce « dieu des vengeances et de la miséricorde » (Augustin) correspond au Moi supérieur des occultistes (Blavatsky, Steiner) et des auteurs du Nouvel Age (Redfield), à la conscience cosmique des mystiques (saint François d’Assise) et des transpersonnalistes (Grof), au Soi des psychologues jungiens. Cette entité suprasensible peut apparaître à la « conscience modifiée » du chercheur sous la forme de Lucifer (l’Ange de lumière) ou de Satan (l’Ange de ténèbres).

18:47 Publié dans 07. Lexique | Lien permanent | Envoyer cette note

Etre aural (ou Démiurge)

Définition: Zodiaque, ciel intérieur, firmament du microcosme. C’est le champ magnétique septuple qui entoure la personnalité. Immortel par essence, il contient en lui la mémoire du passé et le souvenir des vies antérieures. Porteur du karma dans le microcosme, il détermine la trame de vie de la personnalité qui s’y incarne et enregistre impersonnellement ses réactions, positives ou négatives, au Plan divin rayonné par la monade, par l’étincelle divine. De structure dodécuple (= 12 constellations, 12 foyers magnétiques), il est le véritable créateur de l’âme naturelle et exerce son influence sur la personnalité entière par l’intermédiaire des douze paires de nerfs crâniens dans le sanctuaire de la tête, et du feu du serpent (= mauvais serpent chez les Séthiens) dans la colonne vertébrale. Les gnostiques modernes l’assimilent à Lucifer-Satan et voient en lui la véritable source des états supérieurs de conscience (conscience cosmique), que nombre de chercheurs, souvent sincères mais mal informés, confondent avec l’expérience spirituelle. Autres dénominations: lipika (littéralement: scribe), Moi supérieur, Soi supérieur, Soi, Gardien du seuil, conscience karmique, conscience aurale, Démiurge, Créateur, Père d’en bas.

18:41 Publié dans 07. Lexique | Lien permanent | Envoyer cette note

Monade

Définition: Principe premier, indivisible. C’est l’étincelle divine des Gnostiques, l’Ame-Esprit originelle, le feu primordial qui brûle au centre du microcosme. Cette roue flamboyante possède deux noyaux ou deux pôles : le premier, négatif, féminin, révélateur, est situé dans le cœur (= Ame). Le second pôle, positif, masculin, créateur, se trouve juste au-dessus de la tête, à la périphérie de la roue de feu (= Esprit). Dans la mythologie égyptienne, les deux pôles de la monade sont figurés par Osiris et Isis, et dans les Evangiles, par Joseph et Marie.

18:35 Publié dans 07. Lexique | Lien permanent | Envoyer cette note

Vocabulaire: lexique des principaux termes ésotériques

Pour faciliter la compréhension des différents phénomènes spirituels décrits ici, je propose un glossaire des principaux termes ésotériques utilisés par les auteurs gnostiques anciens (manichéens) et modernes (Jan van Rijckenborgh). Il s'agit en fait des mêmes réalités spirituelles ayant trait aux mystères du microcosme exprimées dans la langue propre à chaque époque. Preuve que la gnose est intemporelle et universelle!


Nota: le but de ce glossaire est de définir les principales notions de notre approche « transversale » du phénomène gnostique. En général, elles s'inspirent de formulations déjà existantes, puisées dans la gnose moderne de Jan van Rijckenborgh et Catharose de Petri (cf. site RCO) ou dans l'oeuvre philosophique de Henry Corbin; mais parfois, elles s'en séparent radicalement et font l'objet d'une nouvelle explication (c'est le cas, par exemple, de notions comme Ahriman ou Lucifer, empruntées au vocabulaire de l'anthroposophie de R. Steiner, que nous réinterprétons de manière personnelle).


 

ADAM: Désignation biblique de l’Homme originel avant la Chute. L’Adam céleste est l’androgyne originel, masculin-féminin, créé à la ressemblance de Dieu, le Père-Mère (Ge 1 : 27), l’étincelle divine au centre du microcosme (= monade). L’Adam terrestre est la personnalité originelle dans le microcosme, le produit de l’union des deux pôles positif et négatif de la monade. Pour Platon, l’homme matériel est une création du bon Démiurge, et pour Mani, du mauvais Démiurge.

AHRIMAN: Divinité opposée à Ahura Mazda, la Lumière, symbolisant le Mal dans la gnose iranienne. Figure macrocosmique et microcosmique, empruntée au vocabulaire de l’anthroposophie de R. Steiner, représentant le Mal relatif (anti-humanisme) dans notre typologie (chez Steiner, il incarne le refus de l’Esprit).

ALCHIMIE SPIRITUELLE: Concerne la transmutation des différents fluides de l’âme et la transfiguration du corps, sous l’égide du Feu de l’Esprit, de la Kundalini divine dans le cœur.

AME NATURELLE: Voir âme.

AME: Chez l’Homme originel (Esprit – âme – corps), l’âme transmet au corps les suggestions de l’Esprit universel. Les gnostiques (séthiens, manichéens…) distinguent l’existence de deux âmes. La première est mortelle et comprend cinq aspects : le sang, le fluide nerveux, le fluide hormonal, le feu du serpent, la conscience. La seconde est immortelle et réside dans le cœur de l’homme, au centre du microcosme, sous la forme d’un germe de lumière, que les ésotéristes indiens désignent comme le « joyau dans le lotus », et les auteurs chrétiens comme le « grain de blé Jésus ». C’est dans cette semence de l’Ame originelle que sommeille le formidable pouvoir de résurrection de l’homme intérieur, l’homme céleste fait de l’or de la substance originelle pure. Lorsque de la force de rayonnement de l’atome-étincelle d’Esprit – ou atome christique – naît l’âme nouvelle, un nouveau corps, un nouveau véhicule de conscience, se développe simultanément. Ce corps de l’âme possède un splendide rayonnement couleur d’or, et entoure l’être humain comme un manteau. Qui sait se tisser un tel vêtement de lumière dorée obtient à nouveau la liaison avec l’Esprit divin.

AME-ESPRIT: Voir monade.

ANATOMIE SUBTILE: Physiologie de l’« Homme de lumière » (homme intérieur) en ésotérisme. Celle-ci concerne, à la lumière de la Science spirituelle, les différents corps et organes subtils de l’être humain, considéré ici en tant que « microcosme ». L’anatomie humaine, enseignée par la science et la médecine occidentale, dont le symbole, curieusement, est le caducée hermétique, se rapporte à l’« Homme de ténèbres » (homme extérieur) et au corps grossier.

ANTHROPOSOPHIE: Mouvement ésotérique fondé par l’autrichien R. Steiner, qui enseigne la méthode de la culture de la personnalité. Voir Théosophie.

ANTICHRIST ou ANTECHRIST: Dans le Nouveau Testament, l’Antichrist (ou faux Christ) s’oppose symétriquement au Christ, et combat les disciples du Dieu bon à la fin des temps. Figure macrocosmique et microcosmique représentant le Mal absolu dans notre typologie. L’Antichrist, en tant qu’« esprit du monde » ou noyau dur de la conscience aurale (Moi supérieur) dans le microcosme, peut prendre, en fonction des situations et de ses intérêts, soit la forme de Lucifer (Bien), soit la forme d’Ahriman/Satan (Mal). Voir être aural, Démiurge.

APOCALYPSE: Révélation, dévoilement. Les exégèses traditionnelles des textes apocalyptiques proposées par les théologiens ont conduit, sur la base d’une interprétation littérale, à donner au mot un sens dramatique qu’il n’avait pas à l’origine. Dans le Coran et l’œuvre de Sohravardi, cette notion est associée à celle de Grand Ebranlement ou de Grand Bouleversement et désigne l’expérience spirituelle, qui résulte de la descente de l’Esprit-Saint dans le canal central du triple serpent de feu (= sushumna). Elle est aussi indissociable de celle de « chevalerie spirituelle », l’épée ou le sabre symbolisant l’axe de la moelle épinière (en arabe, la racine fqr désigne le dos, l’échine, et le système des 33 vertèbres), la cuirasse figurant le nouveau vêtement de lumière astrale, le casque, le nouveau pouvoir du penser, etc.).

APPEL: Courant divin descendant. Correspond au nadi de pingala dans la physiologie ésotérique. Voir initiation.

ARCS (les deux): Chemin de la descente et de la remontée dans la gnose musulmane (chiisme, soufisme). Correspond aux nadis de pingala et ida dans la physiologie ésotérique.

ATOME ORIGINEL ou ATOME-CHRIST: Voir Rose du Cœur.

ATOME-ETINCELLE D’ESPRIT: Voir Rose du Cœur.

BÊMA: Pâques manichéenne, célébrant la Crucifixion de Mani, sa Résurrection et son Ascension dans le Monde de lumière.

BOGOMILISME: Mouvement gnostique chrétien, qui a pris naissance au Xème siècle en Bulgarie, avant de se propager dans les pays balkaniques et d’étendre son influence dans l’Empire byzantin (il tire son nom de celui de son fondateur le prêtre Bogomil) ; système dualiste, fondé sur l’opposition entre la Lumière et les ténèbres correspondant au Bien et au Mal. On retrouve dans le bogomilisme, comme chez les gnostiques christianisants, les manichéens ou les cathares, les mêmes principes fondamentaux : opposition à l’Église officielle, refus des trois sacrements (baptême, eucharistie et mariage), rejet des lieux de cultes traditionnels et des images, et en particulier de la vénération de la croix, refus de l’Ancien Testament et lecture intériorisée de l’Evangile. Dans l’enseignement bogomile, proche de celui des manichéens et des cathares, le dualisme, inhérent à toute gnose, est absolu ou mitigé ; toujours jugée mauvaise, la création est l’œuvre d’un Démiurge mauvais à laquelle ne saurait participer le Dieu bon. Voir catharisme.

CANON, CANONIQUE: Du mot grec kanôn qui signifie « roseau » et, par extension « règle ». Traditionnellement, le Canon désigne la liste des livres considérés comme authentiques et véridiques par les théologiens juifs et chrétiens, dont la recension et l’établissement a contribué à former la règle de la foi et à définir le dogme (les textes non canoniques comme ceux retrouvés à Nag-Hammadi en 1945 sont dits « apocryphes », terme signifiant originellement « tenu secret »). Il convient de noter que bien avant que l’Eglise catholique dispose d’un canon (IVème siècle), des auteurs gnostiques et chrétiens comme Marcion et Mani avaient déjà élaboré le leur, afin de séparer « le bon grain de l’ivraie ». Selon eux, nombre de textes donnés pour authentiques, comme les Synoptiques (évangiles de Mathieu, Marc et Luc), avaient été interpolés et falsifiés par les Docteurs de la Loi et les théologiens. C’est la raison pour laquelle ils rejetaient de leur classification certains passages du Nouveau Testament qu’ils jugeaient trop proches, selon l’esprit, de l’ancienne Alliance (placée sous l’autorité de la Loi et du Démiurge ambivalent).

CATHARES: Eglise gnostique du Moyen Age, proche des bogomiles bulgares, qui redonna vie aux Mystères du christianisme originel. Malgré sa destruction systématique par l’eglise catholique romaine, l’impulsion spirituelle qu’elle suscita fut considérable dans l’Europe entière. Voir bogomilisme.

CHAKRA: Littéralement : « roue » (en sanscrit). Désigne les 7 grands centres de conscience du corps astral, localisés respectivement à la hauteur du sacrum, du nombril, du plexus solaire, du cœur, de la gorge, du front, et au sommet du crâne. Ces roues tournent plus ou moins vite mais toutes dans le même sens (de gauche à droite chez l’homme spirituel, de droite à gauche chez l’homme naturel). La philosophie orientale symbolise ces deux mouvements de rotation par la double swastika, dont l’une, dextrogyre, représente « roue de la vie » et l’autre, sénestrogyre, la « roue de la mort » (= croix gammée des nazis).

CHAMBRE DE LA TOUR: Hypophyse (jusqu’à une date récente, celle-ci était appelée en anatomie humaine « petite pomme »).

CHAMBRE HAUTE: Expression évangélique qui désigne, de manière symbolique, le sanctuaire de la tête.

CHAMBRE NUPTIALE: Expression récurrente dans la littérature gnostique, figurant la pinéale (littéralement : pomme de pin). Celle-ci est le siège des « noces alchimiques » de l’Ame immortelle avec l’Esprit Septuple, du « mariage spirituel » de l’Epouse avec l’Epoux, de la Reine avec le Roi.

CHAMP DE LA MANIFESTATION: Champ de la respiration. C’est le champ de force qui, dans le microcosme, établit la liaison entre l’être aural et la personnalité .

CHAMP MAGNETIQUE: Champ de force dans lequel se manifestent des possibilités en rapport avec une loi. Tout champ magnétique a une forme sphérique et deux foyers : un pôle nord et un pôle sud. Tout Corps Vivant gnostique, organisé hiérarchiquement (sur le modèle de la pyramide), comprend deux aspects distincts : un « sommet » qui assure la liaison avec le monde de l’Esprit, et une « base » qui rend possible la relation avec le champ de la Matière. Notre personnalité est aussi constituée de deux pôles : le septuple chandelier de la tête (= 7 cavités cérébrales) forme le pôle nord, le plexus sacré représente le pôle sud, la liaison entre les deux étant établie par le « serpent de feu » de la conscience.

CHANDELIER A SEPT BRANCHES: Désignation symbolique des sept feux qui brûlent dans les sept cavités cérébrales (= sept têtes du serpent). Sept autres feux répandent leur lumière dans les sanctuaires du cœur et du bassin, déterminant ainsi le caractère « naturel » ou « surnaturel » de la manifestation humaine et de sa conscience.

CHANT DE LA PERLE: Hymne gnostique, d’origine syriaque, tiré des Actes de Thomas.

CHEMIN DES ÉTOILES: Expression cathare qui désigne, de manière symbolique, le chemin de retour à la Vie divine par la transfiguration, par la renaissance d’Eau (baptême johannite) et d’Esprit (baptême spirituel).

CHEMIN DU SAINT-GRAAL: Expression cathare, symbolisant le processus évangélique de renaissance d’Eau et d’Esprit. Celui qui s’engage sur le chemin du Saint-Graal doit reconstruire en lui la coupe sacrée, sous la forme d’un nouveau système tête-cœur. Voir chemin des étoiles.

CHRIST: Esprit Central de notre planète. Champ de rayonnement intercosmique qui incite continuellement les hommes à prendre conscience de leur propre divinité (« vous êtes des dieux », dit Jésus, l’Envoyé du Christ cosmique), et les pousse à découvrir l’existence du Royaume en eux (« le Royaume est en vous »). Egalement appelé l’« Autre » en l’homme, c’est aussi l’Homme véritable, l’Homme immortel, qui vient de Dieu et qui est « parfait comme le Père est parfait ». La résurrection de ce Fils unique, Christ en l’homme, est le seul but de l’existence dans le champ de vie naturel. Figure macrocosmique et microcosmique, empruntée au vocabulaire de l’anthroposophie de R. Steiner, représentant le Bien absolu dans notre typologie (chez Steiner, il incarne l’équilibre entre Esprit et Matière et régule les excès des forces ahrimaniennes et lucifériennes).

CONSCIENCE (états de): Il est possible de distinguer trois états de conscience : Moi (dualité sujet-objet), Soi (fusion sujet-objet), et Non-Soi (dépassement de l’état d’unité et abolition de la conscience cosmique).

CONSCIENCE COSMIQUE: Etat indifférencié de la conscience, caractérisé par l’abolition de la dualité sujet-objet et la fusion avec le cosmos. Dans l’occultisme et le mysticisme, cet « état élargi de la conscience » est considéré (à tort) comme l’étape ultime du développement humain ; pour le gnostique, il s’agit d’un état intermédiaire, illusoire, qui doit être dépassé pour laisser place à la véritable conscience spirituelle dans le microcosme.

CONSCIENCE: La plus haute forme de vie. Aspect central de l’âme. Fluide astral localisé dans les sept cavités cérébrales (chandelier de la tête), qui se manifeste dans le feu du serpent et détermine l’état de vie (tel état de conscience, tel état de vie; tel état de vie, tel état de conscience).

CONSOLAMENTUM: Voir Main droite.

CONTRE-GNOSE: Antagoniste absolu de la Gnose, ennemi de la Vérité, du Réel, qui se manifeste secrètement sous la forme de l’humanisme (Lucifer) et de l’anti-humanisme (Ahriman), et ouvertement lorsque son existence est en danger (Antichrist), se transformant alors en « Ange exterminateur » (radicalisation). Voir Antichrist.

CRITERES: Tout enseignement gnostique repose sur trois principes fondamentaux : il existe deux mondes (Nature, Surnature) aussi bien pour « l’homme éveillé » que pour « l’homme endormi »; l’homme vrai, spirituel, est un microcosme, constitué pour l’essentiel de trois éléments: l’étincelle d’Esprit ou monade, l’être aural ou firmament, et la personnalité ; il est possible de s’affranchir de la Matière-Espace-Temps par un triple processus de transformation de la conscience et du corps (transfiguration). La première phase de ce Grand-Œuvre alchimique concerne la renaissance spirituelle, l’entrée de l’Esprit-Saint dans le microcosme ; la seconde se rapporte à la renaissance de l’âme, à la nouvelle radiation de conscience qui prend forme dans le système du feu du serpent, et la troisième a trait à la renaissance de
l’être tout entier (transfiguration).

DEMIURGE: Nom donné par les Gnostiques du début de l’ère chrétienne au créateur du monde (cosmos) et de l’homme. Considéré ici comme un « mauvais dieu » (à l’inverse du démiurge platonicien), il est généralement assimilé au Jéhovah des anciens sémites et opposé au Dieu bon, étranger à la Nature, des chrétiens. Vu micro-cosmologiquement, ce « dieu des vengeances et de la miséricorde » (Augustin) correspond au Moi supérieur des occultistes (Blavatsky, Steiner) et des auteurs du Nouvel Age (Redfield), à la conscience cosmique des mystiques (saint François d’Assise) et des transpersonnalistes (Grof), au Soi des psychologues jungiens. Cette entité suprasensible peut apparaître à la « conscience modifiée » du chercheur sous la forme de Lucifer (l’Ange de lumière) ou de Satan (l’Ange de ténèbres).

DISCIPLINE DE L’ARCANE: « Garde du Secret », dans la terminologie hermétique et alchimique.

DISPERSION DES INFORMATIONS (Méthode de): Littéralement: « la dispersion de la Science ». Technique de communication utilisée, entre autres, par les ésotéristes chiites (hermétistes et alchimistes), qui consiste à disséminer des données purement spirituelles dans des corpus de textes profanes, afin d’entrer en contact avec de futurs adeptes et de les inciter à la recherche. Citation de Geber (trad. H. Corbin, « Le Livre du Glorieux », in Alchimie comme art hiératique, p. 183-184 et note 84) : « Sache ceci : lorsque mon Maître [Jafar al-Sadiq, le sixième Imam], qu’il soit agréé de Dieu, m’ordonna de composer ces livres, il me prescrivit de les systématiser dans un certain ordre hiérarchique que je n’ai pas licence d’enfreindre. Tu connais, il est vrai, certaines des intentions qui étaient les siennes, lorsqu’il établit la hiérarchie de ces livres, mais leur ensemble même, non, tu ne le connais pas… Ne trouve donc pas mauvais, ô mon frère, s’il t’arrive de rencontrer un discours sur la religion ésotérique au beau milieu duquel vient s’insérer un discours sur l’alchimie, sans que l’Opération de celle-ci soit encore menée à son terme ; ou bien un discours sur l’alchimie auquel fasse suite un discours sur la religion, sans que les fondements de celle-ci soient encore établis ; ou bien un discours sur la dévotion ou tout autre sujet appartenant à ces sciences et arts que nous traitons dans ces livres de caractère divin. Car pour tous nos développements qui s’offrent à toi au cours de ces livres, notre Maître… eut des intentions qu’il ne m’est pas possible de te dévoiler. Si je te dévoilais ce qu’elles comportent tu serais tel que Jabir b. Hayyan. Mais dès lors que tu serais tel que lui, tu n’aurais pas besoin qu’on te les dévoilât, pas plus que lui-même n’en a besoin. Comprends. »

EGLISE DU PARACLET: Qualificatif que s’attribuèrent les fraternités manichéenne et cathare pour signifier le fait qu’en elles agissaient les trois courants de la Divinité (le Père, le Fils et l’Esprit-Saint consolateur) et qu’elles étaient détentrice de la « Science des sept Rayons », des sept forces gnostiques par lesquelles la sanctification de l’homme qui retourne à Dieu peut se réaliser.

ENDOURA: Processus de la renaissance de l’Ame microcosmique par lequel l’aspirant gnostique, entreprend de manière systématique de se libérer des influences de la Nature, en plaçant sa personnalité et la totalité de sa conscience (moi et Soi) sous l’égide de l’Homme nouveau en croissance. Deux processus se développent synchroniquement en lui : le déclin absolu de l’ancienne nature et l’éveil fondamental de la Nature nouvelle.

ETRE AURAL: Zodiaque, ciel intérieur, firmament du microcosme. C’est le champ magnétique septuple qui entoure la personnalité. Immortel par essence, il contient en lui la mémoire du passé et le souvenir des vies antérieures. Porteur du karma dans le microcosme, il détermine la trame de vie de la personnalité qui s’y incarne et enregistre impersonnellement ses réactions, positives ou négatives, au Plan divin rayonné par la monade, par l’étincelle divine. De structure dodécuple (= 12 constellations, 12 foyers magnétiques), il est le véritable créateur de l’âme naturelle et exerce son influence sur la personnalité entière par l’intermédiaire des douze paires de nerfs crâniens dans le sanctuaire de la tête, et du feu du serpent (= mauvais serpent chez les Séthiens) dans la colonne vertébrale. Les gnostiques modernes l’assimilent à Lucifer-Satan et voient en lui la véritable source des états supérieurs de conscience (conscience cosmique), que nombre de chercheurs, souvent sincères mais mal informés, confondent avec l’expérience spirituelle. Autres dénominations: lipika (littéralement: scribe), Moi supérieur, Soi supérieur, Soi, Gardien du seuil, conscience karmique, conscience aurale, Démiurge, Créateur, Père d’en bas.

EVEIL: Expérience illuminative, d’ordre spirituel et non psychique, qui consiste dans l’affranchissement définitif de la Matière-Espace-Temps, et l’entrée dans un nouveau champ de vie, celui de la Lumière ou de l’Esprit (Surnature). Il implique l’anéantissement de la conscience-moi et de la conscience cosmique, comme le montre clairement l’exemple du Bouddha, archétype de « l’homme éveillé ». Selon notre typologie, l’éveil des trois kundalinis constitue la base de l’expérience spirituelle et l’origine de toutes les véritables religions disposant d’un fondement gnostique. L’« expérience transpersonnelle », de type mystico-ésotérique, que nous opposons à l’expérience spirituelle, est fondée sur l’éveil, partiel ou total, des kundalinis du sacrum et de la tête.

FEU DU SERPENT: Feu de l’âme, support de la conscience. Cette colonne de feu spirituel, ce caducée, comporte trois canaux, qui s’entrelacent trois fois. Voir âme, nadi, système du feu du serpent, trois nœuds.

FRATERNITE UNIVERSELLE: Champ de rayonnement spirituel formé par l’ensemble des entités qui n’ont pas participé à la Chute et par celles qui ont réintégré le Royaume. Elle se manifeste principalement par l’intermédiaire des « Envoyés de la Lumière » (prophètes et sages initiateurs) qui agissent en tout temps et en tout lieu afin d’aider les hommes à accomplir leur vocation divine.

GNOSE QUINTUPLE UNIVERSELLE: Méthode initiatique caractéristique des fraternités gnostiques, qui se déroule en cinq phases, en cinq étapes (= cinq marches). Elle vise à la transmutation des cinq fluides de l’âme et comprend cinq aspects fondamentaux : compréhension, désir du salut, reddition du moi, nouveau comportement, entrée dans la vie nouvelle. Voir analogie avec les cinq yogas.

GRAAL: Vase sacré. Symbole universel relatif au système tête-cœur et au chakra coronal (le pied de la coupe de cristal se trouve dans l’orifice cardiaque et les poumons, la tige du calice est dressée dans le cou, le haut de la coupe est formé par le globe de la tête ; par ailleurs, le chakra-couronne, au sommet du crâne, a aussi la forme d’un vase).

HATHA YOGA: L’un des cinq aspects du yoga. Son nom vient du sanscrit ha (soleil) et tha (lune). L’objectif visé par le hatha yogi consiste à unir au moyen de la maîtrise du souffle les différentes forces subtiles circulant dans pingala (canal solaire) et ida (canal lunaire) et à les faire pénétrer dans la nadi centrale (sushumna), ce qui permet à la Kundalini logée dans le sacrum de s’élever jusqu’au septième chakra ou « lotus de la limite ». Le hatha yoga, que pratiquent aujourd’hui de nombreux occidentaux en toute inconscience et ignorance de ses possibles effets dévastateurs pour la conscience et le corps (voir l’exemple de Gopi Krishna), peut à juste titre être considéré comme une préparation à la montée de la Kundalini. Voir Gnose quintuple.

HEMISPHERES CEREBRAUX: Le cerveau est constitué de deux hémisphères : selon la Science spirituelle, l’hémisphère droit est le foyer principal du pouvoir du penser, et l’h