« Histoire du gnosticisme | Page d'accueil | Dieu est-il criminel? »
25.07.2006
La « tentation totalitaire »
Cette note, qui s'appuie sur l'exemple cathare, rappelle les différentes phases (imitation, pactisation, répression, extermination) du processus aboutissant au « génocide cathare » perpétré par l'Eglise catholique et sa « fille aînée » (le royaume de France, initialement Ile de France). Cette modélisation vaut aussi pour le manichéisme, soumis au même destin tragique, mais peut-être aussi pour les gnoses à venir (« celui qui n'apprend pas du passé est puni dans l'avenir », est-il dit). La violence totalitaire n'est pas le simple fait de religieux aveugles et fanatiques, mais de mystiques et d'occultistes, parfaitement conscients des vrais enjeux de l'Histoire qui, en raison de leur nature éminemment « subtile », échappent largement au sens commun.
Le drame cathare permet d’illustrer comment se développe le processus de la « tentation totalitaire » - passage de la non-violence à la violence - à l’intérieur d’un individu ou d’un groupe. La première phase de la lutte menée par l’Église catholique romaine contre l’hérésie cathare fut d’abord d’ordre idéologique et pacifique (nous la nommons: « imitation »): il fallait d’abord modifier l’image extérieure de l’Église, alors en peine décadence, et combattre les hérétiques sur leur propre terrain en opérant un retour à des formes de vie plus proches du christianisme primitif (pauvreté, pureté, moralité, chasteté...).
C’est la raison pour laquelle une impulsion importante fut donnée à cette époque à la vie monastique et mystique, avec la création des abbayes cisterciennes, et plus tard des monastères dominicains et franciscains. Bernard de Clairvaux (« la Lumière de l'Occident », selon la formule consacrée), saint Dominique, et saint François (le « Sauveur de l'Eglise », le premier stigmatisé reconnu officiellement), qui jouèrent un rôle décisif dans la croisade contre les Albigeois, sont connus pour leur exaltation mystique et leur ascétisme très rigoureux, parfois poussé jusqu’à l’extrême (saint Bernard, qui voulait étouffer les sens et « laisser son corps à la porte » faillit en mourir).
Avant d’utiliser les moyens extrêmes dont elle se targue de pouvoir faire usage, la papauté envoie comme missionnaires ses représentants les plus sûrs, les plus expérimentés et les plus « purs », pour convaincre les cathares de renoncer à leurs croyances « démoniaques », sous peine d’être définitivement excommuniés (premier châtiment à usage des dissidents). Saint Bernard d’abord, puis saint Dominique, ami de Simon de Montfort et « inventeur » de l’Inquisition, tenteront sans grand succès d’évangéliser les hérétiques occitans. Ce qui advint ensuite peut se résumer en un passage du « mystique au politique » et du « politique à la terreur » (nous nommons cette seconde phase: « extermination »): en 1208, le pape Innocent III appela à une croisade contre le comte de Toulouse, protecteur des cathares. Cette croisade impitoyable et particulièrement féroce, aboutira après la chute de Montségur (1244) à la destruction totale des « purs », des « parfaits », et à l’éradication définitive de la civilisation cathare.
Francois FAVRE
Source: Mani, Christ d'Orient, Bouddha d'Occident, note 337, p. 612
15:10 Publié dans 03. Gnose cathare | Lien permanent | Envoyer cette note



