19.06.2006
Alchimie et manichéisme, selon Jung
Article de C G. Jung, paru dans Mysterium conjunctionis, tome 1, p. 67-71. Texte fondamental pour la compréhension du manichéisme comme doctrine ésotérique, incluant une pratique alchimique (énergétique). Cette piste de recherche nécessairement « transversale » concernant les liens entre alchimie et manichéisme doit encore être approfondie.
Voir aussi les articles La quaternité, L'orphelin et la veuve, dans le même ouvrage.
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Gnose des temps présents: glossaire
Glossaire correspondant à la terminologie gnostique moderne, utilisée par Jan van Rijckenborgh et ses éléves.
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JVR: Littérature gnostique à l'ère du Verseau
Le LR [Lectorium Rosicrucianum] a une activité éditoriale importante, en plusieurs langues, qui s'exerce principalement à Haarlem (éditions, ou librairie, du Rozekruis Pers): traduction et rééditions des oeuvres des fondateurs (Jan van Rijckenborgh et Catharose de Petri), mais aussi d'ouvrages anciens (un écrit de Marsile Ficin, quatre de Karl von Eckartshausen, un de Jacob Boehme, deux de J.A. Comenius) et du XXe siècle (livres d'Antonin Gadal et de Gustav Meyrink, par exemple), édition d'une revue, Pentagramme (bi-mensuel qui paraît en onze langues et tire à environ vingt mille exemplaires), et bien sûr de brochures. De valeur inégale, les articles de Pentagramme se partagent en deux catégories: textes à vocation initiatique ou édifiante, et – moins nombreux – études à caractère historique ou même nettement universitaire ; plusieurs de celles-ci sont de la plume de chercheurs participant également aux activités éditoriales de In de Pelikaan, qui est une maison d'édition à Amsterdam.
Le corpus référentiel du LR , tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.
Pour l'essentiel, l'oeuvre de Rijckenborgh (que tous les membres sont tenus d'étudier, et qui constitue l'obligée référence du LR) comporte deux sortes d'ouvrages. L'une est représentée par l'édition commentée de textes anciens, l'autre par des manuels à l'usage des membres de l'École, manuels nullement secrets mais offerts aussi bien au public pour son instruction. Parmi les éditions de textes anciens figure en premier lieu celle, en quatre volumes, du Corpus Hermeticum, qu'il interprète, on l'a vu, dans un sens dualiste. Ce corpus est pour lui fondamental: « Toute activité gnostique réelle de la période humaine actuelle a pour source la gnose égyptienne. » Par « Égypte », il semble qu'il entende davantage la pharaonique que l'alexandrine car, pour lui, comme il l'écrit de façon surprenante: « Les enseignements d'Hermès Trismégiste ont plus de dix mille ans », si bien que « à peu près tous les textes de valeur de la Bible sont empruntés aux écrits hermétiques » ; d'ailleurs, « il faut encore savoir que tous les livres de la Bible ont été rédigés par les pères de l'Église. [...] C'est un miracle que quelque chose d'essentiel ait été conservé, comme l'évangile de Jean ». Figurent aussi, parmi les éditions commentés de livres anciens, celle des trois écrits rosicruciens (Fama, 1614 ; Confessio, 1615 ; Noces Chymiques, 1616), et le Nycthéméron d'Apollonius de Tyane. Ces éditions et commentaires ne se présentent nullement comme des études historiques et philologiques. Aussi bien ont-ils pour objet unique d'édifier spirituellement le lecteur. Il en va de même, évidemment, de la seconde sorte d'ouvrages – ceux qui sont destinés à l'instruction spirituelle, sans support textuel préalable –, mais dans ce cas l'on est moins surpris.
A part ceux qu'il considère comme ses pères fondateurs, Rijckenborgh ne cite que peu de noms. A part, donc, Hermès Trismégiste, Mani, Johann Valentin Andreae, on trouve seulement, parfois, les noms de Max Heindel, Rudolf Steiner, H.P. Blavatsky. Même Jacob Boehme paraît absent, mais il serait souvent cité, m'apprend le LR, dans d'autres ouvrages, et notamment dans les « textes intérieurs » du LR, et Rijckenborgh aurait procuré lui-même, avant guerre, une édition de L'Aurore naissante. Pour le XVIIIe siècle, Karl von Eckartshausen semble être le seul. Rijckenborgh a sévèrement limité son corpus référentiel. Il déclare d'ailleurs rejeter toute forme d'occultisme, qu'il appelle aussi « magie grise » ou « magie négative ». Par là, il semble entendre beaucoup de choses et reste le plus souvent vague, mais c'est très explicitement qu'il condamne le spiritisme, le magnétisme, et même l'astrologie et l'acupuncture.
Antoine FAIVRE
Source: Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »), in Pour en finir avec les sectes (CESNUR - Di Giovanni, 1996)
13:25 Publié dans 04. Gnose moderne | Lien permanent | Envoyer cette note
JVR: un enseignement paradoxal
Le corpus référentiel du LR [Lectorium Rosicrucianum], tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de |Jan van] Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.
Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.
Antoine FAIVRE
Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »)
13:10 Publié dans 04. Gnose moderne | Lien permanent | Envoyer cette note
Principes du gnosticisme
12:41 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note
La révolution gnostique
« Les premiers, les Gnostiques se sont clairement proclamés des citoyens du monde, des terriens à part entière. Et ils ont magnifié fatalement tous ceux qui, dans l’histoire terrestre et cosmique, se sont dressés contre l’ordre aliénant de cette création: le Serpent, Lucifer, Caïn (qui s’opposa, en tuant son frère Abel à l’ordre familial fondé sur les liens du sang, la véritable famille étant pour l’homme de nature spirituelle), Seth, le troisième fils d’Adam, bref les grands rebelles qui furent les seuls à connaître ou à deviner le vrai Dieu. L’homme est un étranger sur terre, détenteur d’une lumière venue d’ailleurs, il est au monde mais il n’est pas du monde et c’est pourquoi tous ses efforts doivent tendre à fuir les pièges de la chair, les prisons de la terre et la ronde absurde des astres pour retrouver la plénitude originelle et regagner sa patrie perdue. »
Jacques Lacarrière
12:25 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note
Plus ça change, moins ça change!
« Si Basilide, Valentin ou Carpocrate revenaient parmi nous aujourd’hui, trouveraient-ils le monde tellement changé ? Ils constateraient sans nul doute que le Mal – selon eux – n’a pas régressé. »
Jacques Lacarrière
12:15 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note
Dieu n'est pas responsable du Mal
« [Les Gnostiques accordent une attention particulière au mal, à la souffrance, à la misère, et à la mort]. Cette attitude pourrait paraître inexplicable si elle n’était qu’une pure spéculation intellectuelle. Mais en réalité, elle procède d’un sentiment, d’une certitude: celui, celle des évidentes imperfections de l’homme, du caractère fini, limité, fragmenté, éphémère de sa chair et de ses pensées.
Mais elle implique aussi une exigence, une revendication : celles d’un homme différent, libéré, nanti d’une conscience véritable. Quiconque n’a jamais éprouvé en lui ce sentiment, cette angoisse devant l’éphémère, le relatif, quiconque accepte sans le moindre sursaut de révolte la mort de toute vie — celle d’un insecte comme celle de l’homme – ne peut comprendre l’angoisse existentielle des Gnostiques.
Et c’est pour y répondre – peut-être aussi pour l’apaiser – que quelques-uns d’entre eux conçurent, pour expliquer l’inexplicable et combattre l’inadmissible, un enseignement radical, qui devait tant scandaliser leurs contemporains. Cet enseignement repose sur un constat fort simple : l’évidence du mal. Cette évidence en implique une autre, plus nette encore : ce monde mauvais ne peut être l’oeuvre de Dieu. »
Jacques Lacarrière
12:14 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note
L'homme révolté
« C’est en réfléchissant sur la Bible et surtout sur la Genèse que les premiers Gnostiques furent amenés à poser ce principe émancipateur, qui les exclut de toute communauté chrétienne et les rejeta en marge de toutes les églises : Jehovah-Yahweh-Elohim, le dieu créateur de l’Ancien Testament, est en réalité un faux dieu, un simple démiurge qui a usurpé la fonction créatrice du Dieu suprême. Apprenti sorcier des astres et de la vie, il a mis au monde une créature imparfaite — l’homme — un univers soumis à la corruption et à la mort, Il a créé une oeuvre manquée. La preuve en est qu’à tout moment, il doit intervenir dans cette création malheureuse pour la modifier, la corriger, l’améliorer. Il doit sévir aussi contre les initiatives de l’homme, contraint de se « débrouiller » comme il peut dans un monde inadapté à ses besoins. Rien d’étonnant que toute l’histoire humaine, telle que la relate la Bible, ne soit qu’une suite de meurtres, de génocides, d’interventions répressives du faux-Dieu, de déluges, d’exterminations, de foudroiements, et pour finir, d’apocalypses.
Rien d’étonnant non plus à ce que le premier édit, du faux-Dieu, proclamé au temps de l’Eden, soit justement un interdit, un Non scandaleux, arbitraire opposé au désir adamique de connaissance, Seul le Serpent y a vu clair qui d’emblée s’est dressé contre l’interdiction répressive du démiurge pour transmettre à l’homme - en le faisant mordre au fruit défendu du savoir — une parcelle de la connaissance salvatrice. C’est à lui que nous devons de ne pas vivre entièrement dans les ténèbres de l’ignorance, d’avoir conservée la mémoire de la trahison primordiale, de l’imposture originelle qu’est notre présence en ce monde, de savoir au fond qui nous sommes et pourquoi nous sommes imparfaits. Ce qui explique que nombre de Gnostiques aient vu dans le Serpent le premier rebelle et le premier sauveur du genre humain, et aussi le premier initié de l’histoire terrestre. »
Jacques Lacarrière
12:00 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note
Le gnosticisme, une pensée lucide
« Qu’est-ce donc qu’un gnostique ? Au sens large, c’est un homme qui sait. Gnostique vient du grec gnôsis, connaissance. Mais ce terme prit un sens plus particulier pour désigner un certain nombre de penseurs et de sectes qui, dès l’aube de notre ère, vécurent et enseignèrent en Egypte et dans le Proche-Orient. Le mot vient d’ailleurs des Chrétiens. Ce sont les auteurs chrétiens, les Pères de l’Eglise notamment, qui, par dérision, appelèrent Gnostiques ces hommes qui prétendaient détenir la véritable connaissance des mystères de la vie et du monde et rejetaient une grande partie de la prédication chrétienne. Car, le gnosticisme, malgré des emprunts évidents à certaines doctrines de son temps, fut avant tout une attitude originale, une pensée mutante, une réflexion inquisitrice et neuve sur le destin de l’homme et de la nature de l’univers. En quoi consistait-elle?
Un seul problème domine la réflexion gnostique : celui du mal. Mais d’emblée il prend avec elle des dimensions inusitées. Le mal, pour le Gnostique, ce n’est pas le péché, ce n’est pas la condition de l’homme après la chute. C’est l’homme tout entier, l’univers, la matière, la chair, la pensée, la terre, les lois et les institutions, l’histoire, le temps, l’espace lui-même où nous vivons. C’est ce monde fait de matière, soumis aux contraintes de la pesanteur, de l’obscurité, du froid, de l’inertie et de la mort. C’est le tissu de l’univers – des atomes aux étoiles – pollué par la matière comme une mer sans fin où l’homme est enlisé. Et c’est avec la matière, ce qui en procède, en émane : la psyché, la pseudo conscience, frappée comme le corps des mêmes insuffisances, qui se heurte aux prisons des concepts, aux chimères du langage, aux catégories du mental inhérentes à sa finitude. Et c’est, au-delà de ces données premières, les produits de l’intellect humain, les systèmes, les lois, toutes les institutions qui ne sont là, en définitive, que pour consolider, armer et perpétuer l’injustice et la perversité innées de l’homme. Tout porte ainsi, dans le corps, dans l’âme et dans l’histoire, la marque de ce vice congénital de l’univers: la misère, la souffrance, la maladie, la mort, les guerres, les génocides, les inquisitions et le néant évident qui clôt le cycle des échecs. Le temps lui-même n’est qu’un produit de la matière maudite, le temps qui ne propose à son dépassement qu’une fausse éternité et nous enchaîne à l’éphémère: la croyance à l’histoire, au progrès eut semblé aux Gnostiques la pire des impostures. Le ciel lui-même, malgré son apparence infinie, éternelle, n’échappe pas à la loi de la servitude et de la corruption: le feu des étoiles s’éteindra dans la nuit cosmique, et l’espace étendra à jamais sur notre planète stérile cette muraille d’ombre, ce couvercle de ténèbres qui déjà ce nous enserre. Le ciel qui dépose lentement la sur la terre, à la façon d’une rouille céleste, la substance apesantie, opaque, inerte du les cosmos. « L’angoisse et la misère accompagne l’existence comme la rouille couvre le ce fer », dit Basilide, un des maîtres gnostiques. Telle est la première vision proposée à notre lucidité: celle d’un abîme obscur, séparé du de feu primordial par toute l’épaisseur des espaces infinis et qui emprisonne notre terre, astre moribond, épave engloutie dans l’abysse céleste. »
Jacques Lacarrière
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