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19.06.2006

JVR: un enseignement paradoxal

Le corpus référentiel du LR [Lectorium Rosicrucianum], tel qu'il apparaît à la lecture de ces publications, surtout de celles de |Jan van] Rijckenborgh, est pour l'essentiel constitué des cinq éléments suivants: 1) Le Nouveau Testament, surtout l'Évangile de Jean et l'Apocalypse. 2) Le Corpus Hermeticum (recueil de textes alexandrins des IIe et IIIe siècles de notre ère attribué au légendaire Hermès Trismégiste). 3) La gnose dualiste des premiers siècles, l'accent étant mis sur la gnose de type manichéen. 4) Le catharisme. 5) La littérature allemande du premier courant rosicrucien (début du XVIIe siècle) avec, par voie de conséquence, des références à Paracelse et à l'alchimie.

Les éléments 1, 2 et 5 font partie du corpus référentiel de bon nombre de courants ésotériques modernes. Mais la présence ici de tous les cinq ensemble fait, aux yeux d'un historien intéressé par ces courants, la principale originalité du corpus référentiel du LR. En effet, une vision du monde de type radicalement dualiste se trouve, contre toute attente, mariée avec le rosicrucisme originel qui, lui, n'est pas du tout refus du monde et reste même inséparable d'une philosophie de la nature. Aussi bien les textes fondateurs rosicruciens du XVIIe siècle sont-ils lus ici à la lumière du manichéisme et du catharisme, ce qui confère aux interprétations des auteurs du LR un caractère original: elles sont une tentative de concilier ce qui est peut-être inconciliable. L'importance de l'apport cathare se reflète jusque dans le vocabulaire courant propre au LR: « consolamentum », « endura ». Pour ce qui concerne le deuxième élément, l'on sait que le Corpus Hermeticum, oeuvre de plusieurs auteurs, se présente comme un ensemble de textes doctrinalement contradictoires les uns par rapport aux autres, même s'ils reflètent une commune forme de pensée ; l'on peut y trouver aussi bien des passages marqués par le dualisme, que d'autres échappant à celui-ci. La préférence du LR va bien sûr aux premiers, comme il apparaît à la lecture des oeuvres de Rijckenborgh. Enfin, à ces cinq éléments, qui appartiennent à l'Occident, il convient d'ajouter un apport de type hindou et extrême-oriental, assez diffus et discret, mais bien présent.


Antoine FAIVRE

Notes sur le Lectorium Rosicrucianum (la « Rose-Croix d'or »)