« Dualisme gnostique | Page d'accueil | Religion des Perses sur la Route de la soie »

27.05.2006

Bogomiles et Bogomilisme

« Le mouvement bogomile (du nom de son fondateur le prêtre Bogomil) a pris naissance au Xe siècle en Bulgarie. Il s’est propagé dans les pays balkaniques [Bosnie, Serbie] avant de s’étendre dans l’Empire byzantin. Ce système dualiste est fondé sur l’opposition entre la lumière et les ténèbres correspondant au Bien et au Mal. On retrouve ainsi les thèmes des anciennes gnoses telles qu’elles se présentaient chez Basilide et Valentin et telles que, de temps à autre, elles ont surgi sous des revêtements divers au cours de l’histoire. Ainsi les messaliens et les pauliciens, répandus dans l’Empire byzantin, ont contribué à former la pensée des bogomiles. La doctrine est toujours identique : opposition à l’Église officielle, refus des trois sacrements (baptême, eucharistie et mariage), du temple et des images, et en particulier de la vénération de la croix. Optant pour l’Évangile et refusant l’Ancien Testament, le dualisme, inhérent à toute gnose, est absolu ou mitigé. Toujours jugée mauvaise, la création est l’œuvre d’un Dieu obscur à laquelle ne saurait participer le Dieu bon. […] Mis à part les particularités qui s’expliquent par les systèmes politiques et économiques des pays où ils se propagent, les structures propres au mouvement bogomile restent assez indifférenciées. Leurs communautés évoquent les groupes chrétiens des premiers siècles que nous décrivent les Actes des Apôtres et les Épîtres de Paul. On y relève toujours une ferveur et un sens de la prière communautaire, une humilité qui s’affirme dans des confessions réciproques. Les « auditeurs » deviennent des « croyants » et ces derniers sont appelés « parfaits » quand ils ont donné les preuves de leur rigueur et de leur sagesse. Les différents groupes bogomiles, unis par des liens étroits, se soutiennent mutuellement. [La question reste posée de savoir si le mouvement bogomile balkanique a marqué de son empreinte les divers mouvements gnostiques de l’Europe médiévale (cathares, patarins…), unis dans le même souci d’un retour à la source primitive du christianisme et le rejet d’une Église possédante. Il est probablement plus juste de parler d’influence réciproque, chaque mouvement gardant son autonomie et son originalité propre. Malgré les persécutions et la haine, jamais la gnose n’a été entièrement détruite en Europe et il a souvent suffi d’une occasion pour la faire resurgir, provoquant un mouvement d’idées et un comportement identiques.] »

 

D'après M. M. Davy, article Bogomiles (EU, 1995)