03.05.2006
L'homme et son Double : Sohravardi
« 37. Je sortis des grottes et des cavernes, et j’en finis avec les vestibules : je me dirigeai droit vers la Source de la Vie. Voici que j’aperçus les poissons qui étaient rassemblés en la Source de la Vie, jouissant du calme et de la douceur à l’ombre de la Cime sublime. « Cette haute montagne, demandai-je, qu’elle est-elle donc ? Et qu’est-ce que ce Grand Rocher ? » 38. Alors l’un des poissons « choisit pour son chemin dans la mer un certain courant » (18/60). Il me dit : « Cela, c’est ce que tu désiras si ardemment ; cette montagne est le mont Sinaï, et ce Rocher est l’oratoire de ton père. « – Mais ces poissons, dis-je, qui sont-ils ? « – Ce sont les semblables à toi-même (tes semblables). Vous êtes les fils d’un même père. Epreuve pareille à la tienne les avait frappés; Ce sont tes frères. » 39. Lorsque j’eus entendu cette réponse, et en ayant éprouvé la vérité, je les embrassai. Je me réjouis de les voir comme ils se réjouirent de me voir. Puis je fis l’ascension de la montagne. Et voici que j’aperçus notre père à la façon d’un Grand Sage, si grand que les Cieux et la Terre étaient près de se fendre sous l’épiphanie de sa lumière. Je restai ébahi, stupéfait. Je m’avançai vers lui, et voici que le premier, il me salua. Je m’inclinai devant lui jusqu’à terre, et j’étais pour ainsi dire anéanti dans la lumière qu’il irradiait. 40. Je pleurai un moment, puis je lui dis ma plainte au sujet de la prison de Qayrawan. Il me dit : « Courage ! Maintenant, tu es sauvé. Cependant il faut absolument que tu retournes à la prison occidentale, car les entraves, tu ne t’en es pas encore complètement dépouillé. » Lorsque j’entendis ces mots, ma raison s’envola. Je gémis, je criai comme crie quelqu’un qui est sur le point de périr, et je le suppliai. 41. Il me dit : « Que tu y retournes, c’est inéluctable pour le moment. Cependant je vais t’annoncer deux bonnes nouvelles. La première, c’est qu’une fois retourné à la prison, il te sera possible de revenir de nouveau vers nous et de monter facilement jusqu’à notre paradis, quand tu le voudras. La seconde, c’est que tu finiras par être délivré totalement ; tu viendras te joindre à nous, en abandonnant complètement et pour toujours le pays occidental. » 42. Ses paroles me remplirent d’allégresse. Il me dit encore : « Sache que cette montagne est le mont Sinaï (23/20, Tur Sayna) ; mais au-dessus de celle-ci, il y a une autre montagne ; le Sinaï (95/2, Tur Sinina) de celui qui est mon père et ton aïeul, celui envers qui mon rapport n’est pas autre que ton propre rapport envers moi. 43. « Et nous avons encore d’autres aïeux, notre ascendance aboutissant finalement à un roi qui est le Suprême Aïeul, sans avoir lui-même ni aïeul ni père. Nous sommes ses serviteurs ; nous lui devons notre lumière ; nous empruntons notre feu à son feu. Il possède la beauté la plus imposante de toutes les beautés, la majesté la plus sublime, la lumière la plus subjugante. Il est au-dessus de l’Au-dessus. Il est Lumière de la Lumière et au-dessus de la Lumière, et toute éternité et pour toute éternité. Il est celui qui s’épiphanise à toute chose « et toute chose va périssante hormis sa Face » (28/88). Postlude 44. C’est de moi qu’il s’agit dans ce Récit, car je suis passé par la catastrophe. De l’espace supérieur je suis tombé dans l’abîme de l’Enfer, parmi des gens qui ne sont pas des croyants ; je suis retenu prisonnier dans le pays d’Occident. Pourtant je continue d’éprouver certaine douceur que je suis incapable de décrire. J’ai sangloté, j’ai imploré, j’ai soupiré de regret sur cette séparation. Cette détente passagère fut un de ces songes qui rapidement s’effacent. 45. Sauve-nous, ô mon Dieu ! de la prison de la Nature et des entraves de la Matière. « Et dis : Gloire à Dieu ! Il vous manifestera ses Signes, alors vous les reconnaîtrez. Ton Seigneur n’est pas inattentif à ce que vous faites » (27/95). « Dis : Gloire à Dieu ! Pourtant la plupart d’entre eux sont des inconscients » (31/24).»
Le Récit de l'exil occidental
21:25 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note



