03.05.2006

L'homme et son Double : Hermès (tradition alchimique arabe)

« J'étais orphelin du peuple de Tuaya [lire : Tuana (Tyane)], dans une entière indigence et dénué de tout. Il y avait dans le lieu que j'habitais une statue de pierre, élevée sur une colonne de bois ; sur la colonne on lisait ces mots : je suis Hermès à qui la science a été donnée ; j'ai fait cet ouvrage merveilleux en public, mais ensuite je l'ai caché par les secrets de mon art, en sorte qu'il ne puisse être découvert que par un homme aussi savant que moi. Sur la poitrine de la statue on lisait pareillement ces mots écrits en ancien langage : Si quelqu'un désire connaître le secret de la création des êtres, et de quelle manière a été formée la nature, qu'il regarde sous mes pieds. On venait en foule voir cette statue, et chacun regardait sous ses pieds sans y rien voir. Pour moi, je n'étais encore qu'un faible enfant ; mais lorsque je fus devenu plus fort, et que j'eus atteint un âge plus avancé, ayant lu les paroles qui étaient sur la poitrine de la statue, j'en compris le sens, et j'entrepris de creuser la terre sous le pied de la colonne. Je découvris un souterrain où régnait une épaisse obscurité, et dans lequel la lumière du soleil ne pouvait pénétrer. Si l'on voulait y porter la lumière d'un flambeau, il était aussitôt éteint par l'agitation des vents qui y soufflaient sans interruption. Je ne trouvais aucun moyen de suivre le sentier que j'avais découvert, â cause des ténèbres qui remplissaient ce souterrain ; et la force des vents qui y soufflaient, ne me permettait pas d'y entrer à la lueur du flambeau. Ne pouvant donc vaincre ces obstacles, je tombai dans la tristesse, et le sommeil s'empara de mes yeux. Tandis que je dormais d'un sommeil inquiet et agité, l'esprit occupé du sujet de ma peine, un vieillard dont la figure ressemblait à la mienne, se présenta devant moi et me dit : Lève-toi, Bélinous, et entre dans cette route souterraine ; elle te conduira â la science des secrets de la créature [lire : de la création], et tu parviendras â connaître comment la nature a été formée. Les ténèbres, lui répondis-je, m'empêchent de rien discerner dans ce lieu, et la lumière ne peut résister au souffle des vents qui y règnent. Alors ce vieillard me dit : Bélinous, place ta lumière sous un vase transparent, elle sera ainsi â l'abri des vents qui ne pourront l'atteindre, et elle t'éclairera dans ce lieu ténébreux. Ces paroles firent renaître la joie dans mon âme, je sentis que j'allais jouir de l'objet de mes voeux, et lui adressant la parole : Qui êtes-vous, lui dis-je, vous â qui je suis redevable d'un si grand bienfait ? Je suis, me répondit-il, ton créateur, l'être parfait. En ce moment je me réveillai rempli de joie, et ayant placé une lumière sous un vase transparent, comme il m'avait été ordonné de le faire, j'entrai dans ce souterrain. J'y vis un vieillard assis sur un trône d'or, et qui tenait d'une main une tablette d'émeraude, sur laquelle était écrit : C'est ici la formation de la nature ; devant lui était un livre sur lequel on lisait : C'est ici le secret de la création des êtres, et la science des causes de toutes choses. Je pris ce livre hardiment et sans crainte, et je sortis de ce lieu. J'appris ce qui était écrit dans ce livre du Secret de la création des êtres ; je compris comment la nature avait été formée, et j'acquis la connaissance des causes de toutes choses. Ma science rendit mon nom célèbre ; je connus l'art des talismans et des choses merveilleuses, et je pénétrai les combinaisons des quatre principes élémentaires, leurs différentes compositions, leurs antipathies et leurs affinités. »