03.05.2006
L'homme et son Double : Hermès (Corpus Hermeticum)
« 1. Un jour que je réfléchissais aux choses essentielles et que mon coeur s'élevait dans les hauteurs, toutes mes sensations corporelles s'engourdirent complètement comme chez celui qui, après une nourriture exagérée ou à cause d'une grande fatigue corporelle, est surpris par un profond sommeil. 2. Il me sembla voir un être immense d'une ampleur indéterminée qui m'appela par mon nom et me dit: 3. «Que veux-tu voir et entendre et que désires-tu apprendre et connaître dans ton coeur?» 4. «Qui es-tu?» lui dis-je. 5. «Je suis,» répondit-il, «Poimandrès, l'être souverain. Je sais ce que tu désires et je suis avec toi partout.» 6. Je lui dis: «Je désire être instruit sur les choses essentielles, comprendre leur nature et connaître Dieu. Oh! comme je désire comprendre!» 7. Il répondit: «Garde bien dans ta conscience ce que tu veux apprendre, et je t'instruirai.» 8. A ces mots, il changea d'aspect et à l'instant, tout me fut découvert en un moment; j'eus une vision sans mesure; tout devint une seule lumière sereine et joyeuse, et je me réjouissais dans sa contemplation. 9. Peu de temps après, dans une partie de cette lumière, des ténèbres effrayantes et lugubres descendirent et tournèrent en spirales sinueuses, comme un serpent. Puis ces ténèbres se transformèrent en une nature humide et indiciblement trouble d'où s'éleva une fumée comme d'un feu et produisant un bruit pareil à un gémissement indescriptible. 10. Puis un cri fit écho, sortant de la nature humide, un appel inarticulé, que je comparai à la voix du feu, tandis que de la lumière, une Parole sainte s'étendait sur la nature et qu'un feu pur jaillissait de la nature humide, subtil, véhément et puissant. 11. L'air, par sa légèreté, suivait le souffle igné; de la terre et de l'eau, il s'élevait jusqu'au feu, de sorte qu'il y paraissait suspendu. 12. La terre et l'eau demeuraient telles quelles, étroitement mêlées, si bien qu'on ne pouvait les percevoir séparément; elles étaient continuellement mues par le souffle de la Parole qui planait au-dessus d'elles. 13. Poimandrès me dit: «As-tu compris ce que signifie cette vision?» 14. «Je vais l'apprendre», répondis-je. 15. Alors il me dit: «cette lumière, c'est moi, Noûs, ton Dieu, celui qui exista avant la nature humide issue des ténèbres. La Parole lumineuse qui émane du Noûs, c'est le Fils de Dieu». 16. «Que signifie cela?» demandai-je. 17. «Comprends-le, ce qui en toi voit et entend, c'est la Parole du Seigneur, et ton Noûs, c'est le Dieu-Père; ils ne sont pas séparés l'un de l'autre car leur unité, c'est la vie». 18. «Je te remercie», dis-je. 19. «Elève ton coeur vers la lumière, et connais- la.» 20. A ces mots, il me regarda quelque temps en face de façon si pénétrante que je tremblai à son aspect. 21. Puis, comme il releva la tête, je vis dans mon Noûs, la lumière, composée d'innombrables Puissances, devenue un monde vraiment illimité, tandis que le feu investi et subjugué par une force toute puissante était ainsi arrivé à l'équilibre. 22. Je distinguai tout ceci dans ma vision, grâce à la parole de Poimandrès. »
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