03.05.2006
L'homme et Double : tradition rosicrucienne
« Un soir, la veille de Pâques, j'étais assis à ma table et, après m'être entretenu avec mon Créateur en une humble prière, selon mon habitude, et avoir médité beaucoup de grands mystères (par lesquels le Père de la Lumière m'avait amplement démontré Sa Majesté), j'allais préparer dans mon coeur, avec mon cher agneau pascal, un pur pain sans levain, quand, soudain, un vent si impétueux se leva que je crus voir voler en éclat sous sa violence la montagne dans laquelle ma maisonnette était nichée. Pourtant, comme rien de semblable ne m'était arrivé par le fait du diable (lequel m'avait tourmenté maintes fois), je repris courage et poursuivis ma méditation jusqu'au moment où, de façon inhabituelle, quelqu'un me toucha le dos, ce qui m'effraya au point que j'osai à peine tourner la tête; mais je ressentis de la joie, pour autant que la faiblesse humaine le permît en pareille circonstance. Lorsqu'on m'eut tiré par mon habit à plusieurs reprises, cependant, je me retournai. Une merveilleuse forme d'apparence féminine se trouvait là, vêtue d'une robe bleue somptueusement constellée d'étoiles d'or, comme le ciel. Dans sa main droite elle tenait une trompette d'or pur, sur laquelle était gravé un nom, que je parvins à lire mais qu'il m'est interdit de révéler; dans la main gauche, une grosse liasse de lettres écrites dans toutes les langues, qu'elle devait, comme je l'appris plus tard, porter dans tous les pays. Elle avait aussi des ailes, grandes et magnifiques, entièrement couvertes d'yeux, grâce auxquelles elle pouvait s'élever dans les airs et voler plus vite que l'aigle. J'aurais peut-être pu observer d'autres détails la concernant, mais comme elle ne resta près de moi qu'un bref instant et que je n'étais pas encore revenu de mon effroi et de ma surprise, je dus y renoncer. A peine m'étais-je retourné qu'elle chercha dans sa liasse et trouva enfin une petite lettre qu'elle déposa avec respect sur la table; puis elle disparut sans mot dire. Mais en s'envolant, elle sonna si fort de sa belle trompette que le son résonna dans toute la montagne et que je restai dans l'impossibilité d'entendre mes propres paroles pendant près d'un quart d'heure. Dans une aventure aussi imprévue, je ne savais vraiment pas que faire, malheureux que j'étais. Je tombai donc à genoux, priant mon Créateur de ne rien m'envoyer qui menaçât mon salut éternel; ensuite, plein d'angoisse et de crainte, je me tournai vers la lettre. Elle était si lourde que, d'or pur, elle n'aurait guère pesé plus. En l'examinant avec attention, je découvris qu'elle était fermée par un petit sceau, sur lequel était finement représentée une croix, avec cette inscription : « In hoc signo + vinces » (Dans ce signe, tu vaincras). Cette découverte me rassura pleinement, je savais bien que le diable n'apprécierait pas ce cachet et qu'en outre, il ne lui servirait de rien. J'ouvris donc la petite lettre avec précaution et y trouvai écrits, en caractères d'or sur fond bleu, les vers suivants : Voici le jour, voici le jour, pour celui qui peut se rendre aux Noces du Roi. Si tu es né pour y prendre part, élu par Dieu pour la joie, tu peux gravir la montagne où se dressent trois temples et y contempler le Prodige. Sois vigilant, examine-toi, Si tu ne prends un bain de pureté, les Noces, certes, te causeront dommage. Qui ne se lave de ses péchés, sera trouvé trop léger. En dessous figurait: « Sponsus et Sponsa » (L'Epoux et l'Epouse). »
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