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27.04.2006
L'homme et son Double dans la tradition musulmane
La longue aventure religieuse de l'Islam a commencé à un moment très précis de l'histoire, vers 610 de notre ère, par la rencontre du Prophète avec l’Ange Gabriel, que l’on peut identifier au Double céleste, à l’Homme intérieur, monadique, de la tradition manichéenne et gnostique (il s’agit d’abord d’un fait spirituel, métahistorique, qui se transforme ensuite en un fait historique, puisque cette vision de l’Ange marque le point de départ de la religion musulmane). Les textes de la biographie du Prophète donnent de cette première révélation des récits parfois divergents, mais dont le plus répandu est le suivant : Muhammad fils d'Abdallah, commerçant en vue de la cité caravanière de La Mecque, s’était retiré dans une grotte d'une montagne proche de la ville. Alors qu'il était endormi, il vit se dresser devant lui un être gigantesque, identifié à l'ange Gabriel. [Il] « vint à moi, tenant une couverture de brocart à l'intérieur de laquelle il y avait un écrit. Il me dit : « Lis ! ». Je lui dis : « Je ne suis pas à même de lire ». Il me pressa avec le livre au point que je pensais mourir, puis me libéra et me dit : « Lis ! ». Je lui dis : « Je ne suis pas à même de lire ». Il me pressa avec le livre au point que je pensais mourir, puis me libéra et me dit : « Lis ! » Je lui dis : « Je ne suis pas à même de lire ». Il me pressa avec le livre au point que je pensais mourir, puis me libéra et me dit : « Lis ! ». « Que lirais-je ? » répondis-je, ce seulement afin d'éviter qu'il ne recommence à faire la même chose. Il dit alors : « Lis au nom de ton Seigneur Qui a créé — Qui a créé l'homme d'une adhérence — Lis, car ton Seigneur est le plus généreux — Il enseigna au moyen du calame — Il enseigna à l'homme ce qu'il ne savait pas ». Je récitai cela, il finit alors et s'éloigna. Je me réveillai alors de mon sommeil ; c'était comme si un livre avait été gravé dans mon coeur ».
D’après Pierre Lory, La science des lettres en Islam, Dervy, 2004.
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06.04.2006
La nature des idées, par Edgar Morin
Article d'Edgar Morin (1998), où le sociologue français applique à l'univers des idées - la noosphère - certaines propriétés du vivant.
Source : Sciences humaines - Hors série n° 21 - Juin/Juillet 1998
En savoir plus : E. Morin, La Méthode, vol. 4, La nature des idées, Seuil.
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02.04.2006
Les héros sont éternels (1) : préface de Joseph Campbell
« Les vérités que les doctrines religieuses contiennent sont tellement déformées et systématiquement déguisées », écrit Sigmund Freud, « que l'ensemble des hommes n'y sauraient reconnaître la vérité. Le cas est analogue à celui qui se présente lorsque nous racontons à un enfant que la cigogne apporte les nouveau-nés. Ici encore nous disons la vérité sous un déguisement symbolique, car nous savons ce que signifie le grand oiseau. Mais l'enfant ne le sait pas. Dans ce que nous disons, il n'entend que ce qui a été déformé, et il sent qu'il a été trompé. Et c'est très souvent cette impression, nous le savons bien, qui engendre en lui, à l'égard des grandes personnes, une méfiance et une attitude récalcitrante. Nous sommes arrivés à la conviction qu'il vaut mieux s'abstenir de semblables déguisements symboliques de la vérité et ne pas refuser à l'enfant la connaissance de l'état réel des choses mise à la portée de son degré de développement intellectuel. »
C'est le but du présent ouvrage que de dévoiler quelques-unes des vérités qui se dissimulent à nous sous le déguisement des personnages de la religion et de la mythologie. Nous réunirons à cet effet un grand nombre d'exemples relativement simples et nous laisserons l'ancienne signification se dégager d'elle-même. Les vieux maîtres savaient ce qu'ils disaient. Lorsque nous aurons réappris à lire leur langage symbolique, il suffira d'une anthologie sérieusement établie pour que leur enseignement retrouve audience. Mais il nous faut tout d'abord apprendre la grammaire des symboles et je ne connais pas, à notre époque, de meilleure clef pour en pénétrer le mystère que la psychanalyse. Sans la considérer comme le dernier mot de la question, on peut néanmoins l'utiliser comme voie d'accès. La seconde étape consistera à rassembler quantité de mythes et de contes folkloriques de tous les coins du monde et à laisser les symboles parler d'eux-mêmes. Les parallèles apparaîtront immédiatement ; et par eux se révélera une immense et étonnamment constante affirmation des vérités qui ont fondé la vie de l'homme durant les millénaires de son séjour sur la planète.
Peut-être m'objectera-t-on qu'en faisant ressortir les correspondances, j'ai fait bon marché des différences entre les diverses traditions orientales et occidentales, qu'elles soient modernes, anciennes ou primitives. La même objection pourrait être faite à l'encontre de tout manuel ou planche d'anatomie où les différences physiologiques d'ordre racial sont négligées au profit d'une compréhension générale de base de l'organisme humain. Il y a, bien entendu, des différences entre les nombreuses mythologies et religions de l'humanité, mais ce livre a pour objet les similitudes ; et, ces dernières une fois comprises, on s'apercevra que les différences sont beaucoup moins grandes qu'on ne le suppose généralement (et cela pour des raisons politiques). J'ai espoir qu'une élucidation comparative de cet ordre peut apporter sa contribution à la cause peut-être pas tout à fait désespérée de ces forces qui luttent actuellement pour l'unification du monde, non pas au nom de quelque hégémonie religieuse ou politique, mais en vue d'une mutuelle compréhension humaine. Comme il est dit dans les Védas : « Une est la Vérité, nombreux sont les noms que lui donnent les sages. »
Joseph Campbell, New York City, 10 juin 1948.
15:15 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note
Les héros sont éternels (2) : George Miller
« Connaissez-vous le livre de Joseph Campbell, Les héros sont éternels? Campbell constate que les mêmes histoires ont été racontées sans cesse tout au long de l'évolution de l'humanité. On les retrouve dans toutes les cultures, avec des noms et des détails différents. Son livre donne une définition, synthétisée et distillée, des principaux récits héroïques fondamentaux. De ce livre, George Lucas a sorti les histoires de La guerre des étoiles et les a habillées avec toutes les nouvelles technologies cinématographiques dont il pouvait disposer (...) Joseph Campbell essaye, dans son livre, de comprendre pourquoi ces histoires-là ont survécu au temps. On retrouve les mêmes contes dans des cultures totalement différentes. Campbell en arrive à la conclusion qu'il y a un réseau d'expériences individuelles et de correspondances qui nous poussent à réexprimer ces histoires à travers la littérature, la poésie, le folklore ou même la religion. Campbell interprète ce partage avec tous les hommes qui ont vécu auparavant et les générations à venir, ce lien avec la totalité de l'expérience humaine, comme une tentative individuelle d'atteindre à l'immortalité. Ceci se retrouve dans les contes de fées, les épopées. C'est au coeur de Mad Max. Mes deux films sont eux aussi des mythes éternels habillés avec de nouveaux vêtements. »
George Miller, réalisateur de Mad Max, dans une interview accordée à L’Ecran fantastique.
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Mahomet, Sceau des prophètes
Episode de la Sira (biographie du prophète Mahomet), racontant la rencontre avec le moine Bohaira, qui reconnaît dans l'enfant de 12 ans le futur Sceau des prophètes (formule manichéenne).
13:40 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note
L'homme et son double (1) : Le démon de Socrate
Article de Isabelle Ohmann, Acropolis, n° 192, mars-avril 2006.
13:00 Publié dans 08. Vu... Lu... Entendu... | Lien permanent | Envoyer cette note
Le Graal germano-iranien, par Jean Markale
Chapitre 4 du livre Le Graal (Retz, 1989), par Jean Markale, spécialiste du celtisme. Reprend la thèse de l'origine iranienne du Parzival de Wolfram von Eschenbach.
12:55 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note
Les cinq signes
« En vérité, ces cinq signes sont le mystère de l'Homme Primordial : il sortit, avec eux de l'Eon de la Lumière. De même, lorsqu'il eut terminé son combat, il remonta avec ces bons signes et fut reçu dans les Eons de la Lumière. Le premier (Salut de) Paix est celui que les dieux et les anges, dans le royaume de la Lumière, donnèrent à l'Homme Primordial au moment où il partit pour (combattre) contre l'ennemi. Les dieux et les anges marchaient à ses côtés, l'accompagnant, et ils lui donnèrent leur paix, leur force, leur bénédiction leur soutien qui affermit. Ceci est le premier (Salut de) Paix que les dieux et les anges donnèrent à l'Homme Primordial lorsqu'il sortit de l'Eon de la Lumière. La première Main Droite est celle que la Mère de la Vie donna à l'Homme Primordial lorsqu'il sortit pour le combat. Le premier Baiser est celui avec lequel la Mère de la Vie embrassa l'Homme Primordial lorsqu'il se sépara d'elle pour descendre au combat. Et tous les dieux et les anges qui sont dans les éons de la Lumière l'embrassèrent , et aussi tous .. et les ... de l'église et ses parents qui sont dans la maison de son peuple, l'embrassèrent lorsqu'il se sépara d'eux ; ils l'accompagnèrent en l'embrassant avec le baiser de l'affection et de l'amour. La première Vénération est celle que l'Homme Primordial fit lorsqu'il sortit pour l'abîme qui est en bas ; il plia les genoux en s'inclina devant le Dieu de Vérité et tous les Eons de la Lumière, qui sont de la maison de son peuple, en les priant de lui accorder une force pour l'accompagner alors qu'il partait. La première imposition des mains est celle que la Mère de la Vie apposa sur la tête de l'Homme Primordial. Elle l'arma, le rendit puissant. Elle imposa les mains sur lui et l'envoya au combat. Il descendit et, au moyen des grandes forces, acheva son combat avec l'inimitié. C'est grâce à ces cinq signes, grâce à ces cinq mystères que l'Homme Primordial quitta les Eons de la Lumière (pour aller combattre) contre l'ennemi ; il l'humilia et le vainquit grâce à eux. De même lorsqu'il remonta hors de la guerre, il entra dans le royaume de la maison de son peuple par ces cinq mystères. »
10:25 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note
01.04.2006
Le rite de la main droite et l'imposition des mains
« Il est fait tout spécialement état de cinq autres actes ou gestes rituels dans le chapitre IX des Kephalaia coptes, qui les qualifie de signes ou de mystères et les réfère au « mystère de l’Homme primordial » : la « Paix », c’est-à-dire le salut en forme de souhait de paix ; la « Droite », la poignée de main, la iunctio dextrarum ; le « baiser », échangé entre frères ou proches ; la « prosternation » ou « adoration », traduisant un hommage reçu ou rendu, marque de vénération comportant une génuflexion ; l’« imposition des mains » ou « de la main » (de la main droite posée sur la tête de qui la reçoit). Ces cinq rites étaient, selon toute apparence, mis successivement en oeuvre au cours d’une cérémonie d’initiation, notamment lors de l’admission et de l’intégration de nouveaux fidèles au sein de l’Eglise. Le dernier, qui a valeur de « confirmation », était plus particulièrement propre à la consécration des dignitaires des trois plus hauts grades de la hiérarchie ecclésiastique. »
D'après Henri-Charles Puech, article Le Manicheisme, E. U.
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Jésus Patibilis, le Jésus souffrant
« Il résulte de [la] cosmogonie [manichéenne] que, par la partie supérieure de notre être, par notre âme, notre « intelligence », notre « moi propre » ou « vivant », nous sommes consubstantiels à Dieu. Le Salut consistera à reprendre, par la gnose (singulièrement par la révélation dispensée par Mani et son Eglise), conscience de nous-mêmes et de ce lien connaturel, à dégager notre moi authentique de l’oubli, de l’inconscience, de l’ignorance où l’enfouit son mélange avec le corps, et à maintenir notre âme dans cet état de lucidité et de parfait détachement. En conséquence, nous remonterons, à notre mort, au Paradis Originel de la Lumière pour y connaître la paix du Nirvana.
Si, au contraire, nous persistons à maintenir notre âme dans l’impureté de la chair et l’esclavage des appétits matériels, nous condamnerons à renaître, à subir le « transvasement » dans une suite de corps. D’autre part il nous faut éviter de souiller et de compromettre, au contact de la Matière mauvaise, cette pureté retrouvée ; il faut aussi nous garder d’attenter à la Vie divine présente et souffrante dans tout ce qui nous entoure.
Dans ce monde mêlé, en effet, tout est plein d’âmes : les éléments, les choses, les plantes, aussi bien que les animaux et les hommes. L’univers est une « Croix », la « Croix de Lumière », sur laquelle la Lumière, l’« Ame vivante » - les manichéens africains diront : le Jésus patibilis - subit une longue et douloureuse passion. Tout acte de violence contre les choses et les êtres constitue par là un péché et un crime.
Se détacher du monde, « renoncer » à lui, s’abstenir, tels seront donc les mots d’ordre de l’éthique manichéenne. […] Comme ces prescriptions ne peuvent être observées à la lettre et dans la même mesure par tous, le manichéisme n’en exige la pratique rigoureuse que des meilleurs de ses fidèles. Force lui a été d’en venir à codifier une sorte de « double morale », à édicter deux régimes distincts d’observances et de règles de conduite, l’un relâché, qu’il concède par pure tolérance aux plus faibles, aux plus imparfaits de ses adeptes (ici désignés par le nom « d’auditeurs » ou de « catéchumènes »), l’autre strict, qu’il réserve à une élite, à ceux d’entre eux qui, appelés aussi « parfaits » ou « saints », appartiennent à la classe supérieure des « élus ». »
D'après Henri-Charles Puech, article Le manichéisme, E. U.
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