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01.04.2006

Jésus Patibilis, le Jésus souffrant

« Il résulte de [la] cosmogonie [manichéenne] que, par la partie supérieure de notre être, par notre âme, notre « intelligence », notre « moi propre »  ou « vivant », nous sommes consubstantiels à Dieu. Le Salut consistera à reprendre, par la gnose (singulièrement par la révélation dispensée par Mani et son Eglise), conscience de nous-mêmes et de ce lien connaturel, à dégager notre moi authentique de l’oubli, de l’inconscience, de l’ignorance où l’enfouit son mélange avec le corps, et à maintenir notre âme dans cet état de lucidité et de parfait détachement. En conséquence, nous remonterons, à notre mort, au Paradis Originel de la Lumière pour y connaître la paix du Nirvana.
Si, au contraire, nous persistons à maintenir notre âme dans l’impureté de la chair et l’esclavage des appétits matériels, nous condamnerons à renaître, à subir le « transvasement »  dans une suite de corps. D’autre part il nous faut éviter de souiller et de compromettre, au contact de la Matière mauvaise, cette pureté retrouvée ; il faut aussi nous garder d’attenter à la Vie divine présente et souffrante dans tout ce qui nous entoure.
Dans ce monde mêlé, en effet, tout est plein d’âmes : les éléments, les choses, les plantes, aussi bien que les animaux et les hommes. L’univers est une « Croix », la « Croix de Lumière », sur laquelle la Lumière, l’« Ame vivante » - les manichéens africains diront : le Jésus patibilis - subit une longue et douloureuse passion. Tout acte de violence contre les choses et les êtres constitue par là un péché et un crime.
Se détacher du monde, « renoncer » à lui, s’abstenir, tels seront donc les mots d’ordre de l’éthique manichéenne. […] Comme ces prescriptions ne peuvent être observées à la lettre et dans la même mesure par tous, le manichéisme n’en exige la pratique rigoureuse que des meilleurs de ses fidèles. Force lui a été d’en venir à codifier une sorte de « double morale », à édicter deux régimes distincts d’observances et de règles de conduite, l’un relâché, qu’il concède par pure tolérance aux plus faibles, aux plus imparfaits de ses adeptes (ici désignés par le nom « d’auditeurs » ou de « catéchumènes »), l’autre strict, qu’il réserve à une élite, à ceux d’entre eux qui, appelés aussi « parfaits »  ou « saints », appartiennent à la classe supérieure des « élus ». »

 

D'après Henri-Charles Puech, article Le manichéisme, E. U.

19:00 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note