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28.02.2006

Rétablissement du feu du serpent

Le premier homme, ou homme véritable, est le véhicule dans lequel l’Esprit universel peut se manifester. Le plan de développement de cet homme fut déposé  sous forme d’une étincelle du Feu divin dans la substance primordiale. Mani le nomme « microcosme » parce qu’y est gravée l’image de l’univers entier.
Chavannes et Pelliot, chercheurs français, citent dans leur Traité une partie de la cosmologie de Mani : « Dans ce [microcosme], par transformation, ils [le Prince des Ténèbres et ses démons (les forces naturelles)] constituèrent le corps de l’homme et y emprisonnèrent les natures lumineuses afin d’imiter le grand monde ; ainsi donc le corps charnel fut, bien qu’en plus petit, l’image fidèle de point en point de l’univers des cieux et des terres… »
Les domaines de l’espace et du temps sont soumis au cycle de la vie et de la mort, circuit fermé qui retient prisonnier le principe éternel du monde de l’Esprit. Un hymne manichéen dit : « Issu de la Lumière et des Dieux, je vis en exil et séparé d’eux. […] je suis un dieu, né des Dieux, brillant, rayonnant, scintillant, lumineux parfumé et beau, mais maintenant réduit à souffrir… »
Jacob Boehme, le grand théosophe chrétien du XVII° siècle voit le microcosme à l’image du macrocosme (à ne pas confondre avec le cosmos). « Sept roues tournant les unes dans les autres, dont  les unes engendrent perpétuellement les autres, qui vont de tous les côtés et cependant dont aucune ne disparaît et ne retourne en arrière… »
On peut dire aussi que ces sept roues sont les sept Esprits devant le trône de Dieu. Elles n’ont pas chacune un centre, mais elles tournent autour d’un centre commun et s’engendrent mutuellement.
Le noyau de la manifestation divine est la « roue flamboyante de la Vie ». Ce noyau ou monade a deux pôles. L’un se trouve au centre, à peu près à la hauteur du cœur. C’est le pôle féminin, négatif, récepteur et générateur : l’Ame. L’autre pôle, en liaison avec la glande pinéale, se situe au-dessus de la tête, on pourrait dire à la périphérie de la roue de feu : c’est le pôle masculin, positif, émetteur et dominateur : l’Esprit.
La personnalité temporaire avec ses différents véhicules ou enveloppes est comparable à un organe transplanté à chaque nouvelle incarnation dans le champ de manifestation. On peut définir la personnalité : un système de véhicules de matière grossière et subtile, où l’âme a la possibilité de s’exprimer, de même que la terre matérielle est le moyen d’expression de la Terre septuple. L’âme dispose  donc de différents corps qui s’entourent et se pénètrent mutuellement : un corps de matière brute porteur des sens matériels ; un corps éthérique de matière subtile ; un corps des sentiments ou du désir constitué de substance astrale. C’est ce corps qui est qualifié de spirituel dans l’occultisme. En fait il est plus subtil que les deux premiers. Enfin le germe d’un corps mental ou corps de la pensée, souvent appelé intellect. Il n’est cependant pas encore vraiment développé, et appartient au domaine de la vie matérielle.
Le triple ou quadruple corps de l’homme terrestre est un reflet d’une partie de  l’Homme parfait, l’Homme céleste. Il est maintenu en état par cinq fluides ou courants de force qui forment ce qu’on appelle son vêtement de lumière. Ces fluides sont :


* la flamme de la conscience,
* le feu du serpent (le système nerveux cérébro-spinal),
* le fluide nerveux,
* les organes à sécrétion interne,
* le sang.


Un psaume manichéen dit de cette âme quintuple, de ce pur vêtement de lumière, évoquant le sacrifice et la descente de l’Homme primordial dans les ténèbres: « Celui-ci (l’Homme primordial) fit émaner de lui sa Servante, équipée de cinq forces, afin de combattre les cinq abîmes des ténèbres. Lorsqu’il arriva aux frontières du pays de la Lumière, il leur montra son Ame, la « Pure Servante ». Alors du fond de leurs abîmes, ils se rebellèrent et, dans leur désir de s’élever au-dessus d’Elle, ils ouvrirent leur gueule pour l’engloutir. Mais le Fils tenait fermement les rênes de l’Ame. Comme un filet sur des poissons, il la déploya au-dessus d’eux ; il la fit pleuvoir sur les abysses comme des nuées d’eau purifiée. Elle se jeta au milieu d’eux, tel un éclair fulgurant, rampa dans leurs entrailles et les enchaîna tous, sans qu’ils le sachent. »
D’après les traditions ésotériques et les données actuelles transmises par Jan van Rijckenborgh dans ses livres, il apparaît que l’homme intérieur, spirituel dirons-nous, possède de chaque côté de la moelle épinière (shushumna ou, en terme manichéen, la « Colonne de louange ») deux autres canaux de conscience. Ces deux cordons du sympathique, « pingala » et « ida », se trouvent à gauche et à droite de la colonne vertébrale ; l’un, solaire, masculin, créateur ; et l’autre, lunaire, féminin , réceptif. Selon la tradition indienne ils assurent la circulation du « prana » (souffle ou nourriture subtile) dans le corps.
Dans les textes manichéens ils sont symbolisés par les « vaisseaux » du Soleil et de la Lune qui acheminent régulièrement vers le Monde originel les parcelles de Lumière arrachées à l’emprise des forces de la matière. « Ida » et « pingala » se croisent six fois sur la « shushumna » et chacun de ces points de rencontre est appelé « chakra ». Il existe encore un septième chakra relié à l’organe de la pinéale (de « pinéa », pomme de pin).
Les chakras sont des centres de force en relation avec le système nerveux et le système des glandes à sécrétion interne qui, dans un mouvement tournant, captent les énergies nécessaires au maintien de la vie dans une situation donnée. Ils tournent plus ou moins vite mais tous dans le même sens. Chez les hommes qui vivent entièrement de la nature terrestre, ils tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Chez ceux qui sont orientés spirituellement en direction du plan de Dieu, ils tournent dans l’autre sens. Plus quelqu’un s’intéresse aux divers aspects de la vie, plus la vitesse de rotation de ses chakras est rapide. La philosophie orientale symbolise ces deux mouvements des chakras par la double « swastika », dont l’une représente « la roue de la vie » et l’autre « la roue de la mort ».
La renaissance de l’âme se déroule selon un processus classique que  Mani décrit sous la forme de « l’Appel de l’Esprit » et de « la Réponse de l’homme ». Il s’agit d’un double mouvement de descente et de remontée de la Lumière dans le feu du serpent, un mouvement salvateur qui libère  l’Ame-Esprit, la monade, de son assujettissement à l’espace et au temps.  Au cours de ce processus de remontée, le sens de rotation des chakras s’inverse. Donc le sens de rotation des chakras montre où en est le processus de la renaissance. Quand, chez un être, les chakras   se mettent à tourner dans l’autre sens, on peut dire qu’il s’est littéralement retourné, « converti », et c’est le point de départ d’un développement spirituel septuple, dont la septième et dernière phase est le « couronnement ». Le pôle monadique de l’Esprit peut descendre dans la pinéale, puis dans le canal central de la moelle épinière. Au cours de ce chemin, le chercheur, l’homme spirituel véritable, pénètre le mystère où il célèbre la défaite définitive du moi. Ce n’est que si l’âme véritable est complètement rétablie qu’elle est reliée à l’Esprit. C’est alors que commence la transfiguration, le métabolisme parfait.
L’homme nouveau peut alors, en termes manichéens, être saisi par la main de l’Esprit vivant et sortir des Ténèbres. Il a vaincu la mort. Le nouveau corps mental s’édifie. Dans ce nouveau vêtement de Lumière, l’Esprit peut à nouveau se révéler. L’homme devient alors un Homme véritable, un Manas, un Mani, un Manu, un être omniscient en qui les infinies possibilités divines se manifestent. Les trois pouvoirs de l’Homme nouveau, les trois sceaux apparaissent : l’Intellect lumineux, qui pénètre à nouveau les profondeurs de la Sagesse divine. Le Sentiment lumineux, qui vibre à nouveau en harmonie avec « le son de la Loi merveilleuse », la force d’amour qui soutient l’univers. L’Activité lumineuse, action devenue prière, entièrement tournée vers l’accomplissement du plan divin de libération de la Lumière. Devenu un authentique Parfait, il rayonne par le vêtement lumineux de l’Ame nouvelle, symbolisé dans les représentations manichéennes par la robe blanche. Pour lui, la fin des temps, le « temps postérieur » s’est accompli. Il a intérieurement rétabli la tri-unité Esprit, Ame et Corps, symbolisée dans les textes manichéens par le vêtement de l’Ame, la couronne de l’Esprit et le sceptre de la nouvelle conscience, attributs du véritable prêtre-roi. Du cœur de l’homme pneumatique jaillit alors cet antique chant de louange des anciens Frères manichéens, dédié au Mani de tous les temps : « Tu nous as délivrés de la douleur, ô Seigneur. O Paraclet, tu as répandu sur nous la joie. Toutes les églises célèbrent ton Mystère. Nous donnons aujourd’hui notre rose, comme les arbres donnent leur fruit, afin qu’elle devienne une couronne que tu poseras sur notre tête. »

 

(Source : F. Favre)