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28.02.2006

Kephalaïa : sur la sagesse

L’un de ses disciples se leva et  demanda à l’Apôtre : « Je t’en prie, mon Seigneur, instruis-moi. Lorsqu’un être humain est instruit de la sagesse en son cœur et qu’il la scelle dans sa doctrine, cela le réjouit beaucoup ; cependant sa [joie] est encore plus grande lorsqu’il la proclame et l’exprime. Il est illuminée par elle, [elle] rayonne encore plus en lui, elle se dévoile devant lui et, par elle, il revêt force et vérité. »
Ce disciple ajouta : « Je sais  […] que la parole que j’ai prononcée [est juste]. Je sais que la sagesse que j’ai apprise, dont mon cœur est empli et qui est parfaite en mon âme, ne peut pas briller en moi ni grandir sauf si je la proclame avec ma bouche en l’annonçant à d’autres. En effet, lorsque je la proclame et la donne à entendre à d’autres, je deviens comme eux, comme si je ne l’avais jamais entendue au cours de mon développement. J’y aspire ardemment et mon cœur est attiré vers la sagesse que je proclame. Maintenant [je t’en prie], instruis-moi, mon Seigneur : pourquoi la sagesse augmente plus en moi lorsque je l’annonce que lorsqu’elle est scellée en mon coeur ? »
L’Apôtre répondit à ce disciple : « Comme est bonne ta question! Car grande est la parole que tu demandes : d’où vient cette grande joie en moi à cause de la sagesse que j’annonce […] Comment est-elle plus grande sur ma langue lorsque je l’annonce  que lorsqu’elle se trouve dans [mon cœur]. Toi-même tu es réjoui par elle, mais également l’autre, qui l’entend de toi, exulte et est éclairé. Il en reçoit une force permanente. Il en va de même que pour un petit enfant conçu dans le ventre de sa mère : il tombe dans son sein et emplit ses entrailles. La mère sait et reconnaît que l’enfant dont elle est enceinte vit en elle. Elle se réjouit jusqu’à l’heure où elle lui donne le jour et où il sort d’elle vivant, ses [membres sains], d’une beauté parfaite, sans défaut, [dans] l’air vivant, plus vaste, bien plus vaste que le premier air où il se trouvait, et ses yeux s’emplissent de lumière et il parle avec la voix vivante de ceux qui sont nés. Donc, au moment où cette femme conçoit l’enfant en son sein, sa joie n’est pas aussi grande quand elle le reçoit ainsi qu’au moment où elle lui donne le jour, où elle le voit et perçoit en un instant sa pleine beauté. L’amour et la joie qu’elle a pour lui sont cent fois plus grands qu’auparavant lorsqu’elle l’enfante et le voit. Car aux temps où elle était enceinte de lui, sa beauté et le regard de ses yeux lui étaient cachés. Mais lorsqu’elle le met au monde et voit sa beauté […] son éclat paraît devant les yeux de son père, de sa mère et de toute sa parenté. Et ils se réjouissent toujours plus à son sujet lorsqu’ils le regardent, face à face, et voient sa beauté et la séduction qui émane de lui. Dans cette parabole, la sagesse qui se trouve dans le cœur humain est comparable à l’enfant vivant dans le sein de sa mère. Mais lorsqu’elle est enseignée et scellée dans les cœurs, elle devient comme l’enfant mis au monde, de sorte qu’on peut voir sa beauté. Ainsi en est-il de la sagesse que l’on proclame en l’exprimant par le cœur. Elle grandit de plus en plus. Sa grandeur et sa magnificence doublent lorsque sa beauté et sa splendeur se révèlent aux yeux de ceux qui l’entendent, et elle grandit devant toi […] et tu t’émerveilles de ce que tu proclames. 
Encore une fois, ainsi en est-il de la sagesse : lorsqu’elle est cachée dans l’être humain avant qu’il ne la proclame,  elle est semblable à [l’éclat] du feu caché dans le bois. Mais ce bois [contient] l’éclat du feu, alors que le vêtement de feu [qui est] dans le bois ne se manifeste pas. Maintenant, vois […]   on pose une bûche dans une maison. Il n’est pas possible qu’elle illumine cette maison tant que la lumière reste en elle, jusqu’à ce qu’elle soit posée sur le feu, alors la lumière sort d’elle et il est possible que cette maison soit entièrement illuminée par la lumière d’une seule bûche. Ainsi en est-il de la sagesse qui se trouve dans le cœur humain. Elle est comme le feu caché dans le bois, sa lumière ne se manifestant pas encore, sa splendeur est cachée dans le cœur. Mais lorsque qu’un être humain la proclame, sa splendeur se révèle aux yeux et aux oreilles de beaucoup. »
De nouveau le disciple parla à l’Apôtre : « Si la sagesse est semblable à l’exemple que tu m’as donné, pourquoi certains hommes se réjouissent lorsqu’ils entendent la parole de sagesse et l’honorent, alors qu’à d’autres elle ne donne aucune joie lorsqu’ils l’entendent, et qu’ils ne l’honorent pas ? »
« Vois », lui dit l’Apôtre, « je vais te convaincre et affermir la foi en ton cœur et t’instruire de sorte que ce soit évident. Cette sagesse est semblable à l’enfant dont j’ai parlé. Une femme le conçut. Lorsqu’il est né, son père, sa mère et sa parenté se réjouirent, mais d’autres s’en sont affligés, car ils leur sont étrangers. Ils n’appartiennent pas à leur cercle. Ils ne se réjouissent pas à son sujet car il n’appartient pas à leur famille. Il en est de même de la sagesse. Lorsque la bouche du maître la proclame, ceux qui lui appartiennent la reçoivent et se réjouissent, mais ceux qui lui sont étrangers ne se réjouissent pas […] et ne l’acceptent pas. Comme la lumière du feu dont je t’ai parlé, qui provient du bois [et se manifeste] au dehors devant les yeux de tous. Celui qui voit perçoit la lumière qui provient du bois mais non celui qui est aveugle. Celui en qui est l’Esprit (Noûs) a la sagesse ; lorsqu’il l’entend, il le reçoit. Celui en qui n’est pas l’Esprit, qui lui est étranger, ne le reçoit ni ne l’entend. Quand le disciple entendit cela, il se réjouit, fut convaincu en son coeur de ce qu’il (Mani) lui avait appris, s’inclina et s’assit.

                                                       
(Kephalaïa 7 : 84, d’après la traduction directe du copte en anglais par Allberry) – Revue Pentagramme