03.01.2006
Le manichéisme en Egypte
« Mon espérance, déclare Mani, ira vers l'Occident et elle ira aussi vers l'Orient, et l'on entendra la voix de son message dans toutes les langues, et on l'annoncera dans toutes les villes. » Forte de cette certitude, l’Eglise manichéenne a franchi dès le quatrième siècle la frontière occidentale de l’Empire sassanide et s’est répandu au Moyen Orient En raison de son caractère christocentrique, la religion de Mani avait motif à espérer trouver auprès des milieux chrétiens un accès plus facile qu’en son pays d’origine ou elle était interdite et persécutée. De fait, le manichéisme s'est rapidement infiltré dans la partie romaine de la Mésopotamie, pour gagner ensuite la Syrie, le nord de l'Arabie et l'Egypte. Dès le milieu du IIIe siècle, des missionnaires, débarquent sur la côte de la mer Rouge, pénètrent la Thébaïde et établissent leur centre de propagande à Hypsele, à sept kilomètres au sud-est de Luycopolis, la moderne Assiout où, vers cette époque, le néo-platonicien Alexandre de Lycopolis est témoin des venues successives de Papos (Papa) de Thomas et d'autres disciples de Mani. Ils opèrent des conversions jusque dans Alexandrie, et leur succès est si vif qu'ils provoquent bientôt de violents remous et les autorités ecclésiastiques, voire les philosophes, s'émeuvent et ripostent ; en 297, peut-être à la suite d'agitations politiques auxquelles des manichéens auraient pris part, l'empereur Dioclétien adresse d'Alexandrie au Proconsul d'Afrique Julianus, un édit stigmatisant la pernicieuse et monstrueuse nouveauté introduite par la nation perse dans l'Empire romain et condamnait à la mort et à la confiscation de leurs biens les chefs du mouvement. Le manichéisme avait, cependant, trop fortement pris pied dans le pays pour succomber sous ce coup : nombre de chrétiens égyptiens ne pouvaient être que sensibles à la doctrine qui présentait tant d'affinités avec la gnose et avec l'encratisme, et, comme le prouve, entre autres témoignages, la masse considérable des écrits manichéens mis au jour près de Medînet Mâdi et traduits ou adaptés en copte dans la première moitié du IVe siècle, « la sainte Eglise » a continué pendant longtemps encore d'affirmer sa présence et d'exercer son activité dans toute la vallée du Nil.
(Source : H.-Ch. Puech)
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