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12.12.2005
Bêma, fête de la lumière, et son symbolisme (2)
Le Bêma constitue une cérémonie à double sens. C'est une fête de deuil et, tout ensemble, de joie. Elle commémore la Crucifixion de Mani, mais aussi l'Ascension qui l'a immédiatement suivie. Elle est pénitence par le dur jeune qui la précédée et par la confession des péchés qui y occupent une place centrale. Et, d'autre part, elle est chant de reconnaissance à Mani, exaltation de la communauté, expression d'espoir en cette entrée au Royaume de la Lumière qui sera le lot des fidèles, le couronnement de leur salut, et dont l'exemple et, peut-être, la garantie sont donnés par l'Ascension du Maître. Ces deux faces de la fête paraissent répondre, en fin de compte, aux deux aspects de la scène qui se déroulera lors du Jugement dernier; dont le Bêma, où Mani joue provisoirement le rôle du Christ, est ainsi la préfiguration, une répétition anticipée et annuelle. L'humanité y comparaîtra également devant le tribunal (bêma chez saint Paul) ou le trône du Fils de l'Homme, pour confesser ses fautes et être damnée ou sauvée. Mais à ces moments d'affliction et d'angoisse succèderont pour les justes, pour les élus, l'établissement dans le radieux Paradis, l'intégration dans la communauté des êtres régénérés dont l'Eglise est l'ébauche. Vue sous ce jour, la cérémonie débouche sur des perspectives eschatologiques, notamment signifiées - à se fonder sur certaines représentations chrétiennes de l'« étimasie » - par le symbole du « trône voilé ». On a comparé le Bêma à la Pâque, et il semble, en effet, que les manichéens aient mis les deux fêtes en parallèle. Non, sans doute, pour substituer la leur à la Pâque chrétienne, puisque aussi bien ils célébraient celle-ci, mais en lui accordant, en théorie et en pratique, leur préférence. Il resterait cependant, au cas où la comparaison ne justifierait pleinement, que le Bêma est, ou serait, une Pâque de siège plus précoce et bloque, ou bloquerait, en un même acte commémoratif, Passion, Résurrection (ou son équivalent) et Ascension. De surcroît, la fête manichéenne et ses modalités ont ailleurs que dans le christianisme des parallèles ou leurs modèles.
Source : Manichéisme, Henri-Charles Puech, Encyclopaedia Universalis
18:35 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



