« Le manichéisme, religion du Livre | Page d'accueil | La prière »
12.12.2005
Bêma, fête de la lumière, et son symbolisme (1)
Tout ce qu'il est permis de savoir des fêtes annuellement célébrées par les manichéens, de leurs motifs, de leurs dates, se réduit aux maigres indications fournies, à propos des jeûnes qui leur étaient à chaque fois conjoints, par les débris de calendriers sogdiens. Leur objet était, semble-t-il, d'honorer les martyrs de la foi, à commencer par l'Homme primordial, leur prototype. L'une d'entre elles cependant, la principale, fait exception : la solennité du Bêma (mot grec emprunté à saint Paul). Elle se célébrait à l'issue d'un jeûne de trente jours et, approximativement, se situait dans les tout derniers jours de février ou, plus généralement, au témoignage de saint Augustin, en mars. Elle avait, avant tout, pour objet de commémorer la Passion de Mani. Le long jeûne préparatoire répétait ainsi les souffrances endurées par Mani dans sa prison. On dressait au milieu d'une salle, de manière à être vue de tous les assistants, une haute estrade, richement drapée et voilée, munie de cinq degrés. Sans doute les Ecritures canoniques et une image de Mani étaient-elles aussi exposées à côté de l'estrade ou à son faîte. Le symbolisme de ces détails paraît clair. Mani, qui est et demeure la « tête », le fondateur et le chef de son Eglise, est censé présider à la cérémonie et descendre, à son occasion, du Paradis de la Lumière pour siéger au haut de l'estrade. Son souvenir et sa présence sont exaltés comme ceux du Maître, révélateur de la Connaissance intégrale et vraie (le bêma évoque la chaire de Mani prêchant et répandant son message), comme ceux du Juge suprême de la communauté (le bêma est, aussi bien, le tribunal devant lequel comparaît l'assemblée et qui sera, à la fin des temps, celui du Christ, dressé au centre du monde, lorsque les purs seront séparés des pécheurs et que Mani se fera l'avocat des siens), enfin, et tout ensemble, comme ceux du Roi, du Chef et de l'Evêque par excellence de la « sainte Religion » que, du haut du monde céleste où l'a conduit son Ascension, il continue à diriger, à protéger, à surveiller (le bêma est un trône, un trône apparemment vide et répondant par là à un symbole d'usage fréquent, mais où siège invisiblement Mani et dont les cinq degrés représentent, en un sens, les cinq grades de la hiérarchie ecclésiastique).
Source : Manichéisme, Henri-Charles Puech, Encyclopaedia Universalis
18:35 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



