02.02.2007

Pourquoi Mani?

Acropolis : Pour quelle raison avez-vous choisi le sujet de Mani?

François Favre : Je vois dans Mani une figure de l'universel. Je me retrouve dans sa pensée transversale entre l'Orient et l'Occident. Mon parcours spirituel est marqué par la rencontre entre pensée juive, chrétienne, musulmane, et en même temps indienne et chinoise, auxquelles il faut ajouter l'approche gnostique des Rose-Croix d'Or et le mysticisme de Krishnamurti. Je suis oriental dans l'âme et occidental dans la pensée. La pensée de Mani est mon propre paradigme : elle me sert de grille de lecture pour comprendre le monde et décrypter les événements actuels.

 

Extrait de l'entretien pour Acropolis 

12:15 Publié dans 06. Questions/Réponses | Lien permanent | Envoyer cette note

04.10.2006

Courrier des lecteurs: Les jardins de lumière

Le 03/10/06, Néocéphale<neocephale@wanadoo.fr> a écrit:

Bonjour,

Qu'avez-vous pensé des «Jardins de lumière» d'Amin Malouf?

Merci.

 

R: C'est un livre formidable. Ce fut d'ailleurs le point de départ de ma recherche. Le fondement historique est sûr, mais il est littéralement transcendé par le point de vue du romancier. C'est «le» livre à conseiller à toute personne voulant découvrir le personnage de Mani.

Toutefois, ce livre a ses limites. Entre autres, il n'aborde que très peu le véritable enseignement de Mani et toujours de manière consensuelle... Réhabiliter l'enseignement du prophète iranien et en montrer le fondement ésotérique et initiatique, généralement ignoré par les spécialistes, était mon objectif lorsque j'ai entrepris ma recherche.

J'espère y être parvenu... Etant donné le petit nombre de publications concernant Mani, je ne peux que vous conseiller la lecture de mon ouvrage en complément du roman de Maalouf.

 

Cordialement.

François Favre 

14:35 Publié dans 06. Questions/Réponses | Lien permanent | Envoyer cette note

11.08.2006

En quoi monistes et dualistes s'opposent-ils fondamentalement?

La grande différence entre les mystiques, les occultistes et les manichéens, les dualistes, c'est qu'on ne peut pas démontrer que l'un a raison et que l'autre a tort. C'est une prémisse. Personne n'a démontré que le monde était Un. A priori, il semble plus logique de dire que le monde est Un, que c'est une unité, mais on n'a jamais pu prouver que le monde était Un, pas plus qu'on a jamais prouvé que le monde était Deux. Mais simplement de ces deux prémisses va découler à la fin des comportements entièrement différents sur le plan de l'éthique, sur le plan de la vie en société, sur le plan des objectifs, des finalités et qui va être décisif sur le plan historique. Pourquoi? Parce qu'en fait on s'aperçoit que la plupart des théories monistes amènent à des comportements de type «totalitaire», à des sociétés totalitaires fondées sur l'association du pouvoir religieux et du pouvoir politique, alors que les doctrines dualistes amènent nécessairement à un comportement éthique et à des sociétés non totalitaires, comme par exemple la société cathare du Moyen-âge, ou comme la société manichéenne dont on sait par les documents qui ont été retrouvés, qu'elle a eu un effet civilisateur sur son environnement (voir l'exemple des Ouïgours en Asie centrale). Et on sait que les dualistes absolus se caractérisaient par un projet qui visait à la formation de véritables êtres humains, non-violents, éthiques, écologiques, respectueux de leur environnement et tolérants.

 

Francois FAVRE (extrait de Entretien pour la revue Alternatives, 1996).  

15:55 Publié dans 06. Questions/Réponses | Lien permanent | Envoyer cette note

04.08.2006

Comment comprendre le mythe de Mani?

Le mythe peut se lire à plusieurs niveaux, à l'échelle cosmique comme à l'échelle humaine. Le manichéisme distingue le Dieu hors du monde, qui reste un mystère absolu, et le dieu du monde, le démiurge, créateur du ciel et de la terre. Le Christ vient pour révéler que le dieu du monde n'est pas le vrai Dieu. Le monde des ténèbres naît de la séparation entre le cœur et la tête, et le monde de la lumière de leur réunion. Si on est lucide, on découvre ce combat en nous-mêmes: notre raison s'oppose à nos instincts, à nos pulsions. Les gnostiques parlaient à ce propos du nécessaire «redressement du cœur»: le cœur, aujourd'hui décalé, doit être replacé au milieu, entre le bassin et la tête, permettant ainsi de reconstruire le triple temple dans l'homme. Un mythe n'est pas fait pour être seulement compris, mais «vécu». Le «mythe vécu» est le fruit de l'intériorisation.
 
 
François FAVRE 

23:50 Publié dans 06. Questions/Réponses | Lien permanent | Envoyer cette note

Comment définir le dualisme du Bien et du Mal chez Mani?

Pour le manichéisme, il existe au commencement deux principes: la lumière et les ténèbres, l'esprit et la matière, le Bien et le Mal. De ces deux principes procèdent deux mondes: le Royaume de la lumière et le Royaume des ténèbres, dont notre univers est une émanation. Ici, le Mal comme le Bien est absolu et éternel. Le Mal n'est donc pas l'absence du Bien, mais une substance inaltérable et immortelle. Tuer, par exemple, n'est pas une invention de l'homme, mais du démiurge qui a créé la nature. Dieu est-il criminel? Cette question vertigineuse est une de ces énigmes devant lesquelles les maîtres spirituels du passé aimaient à placer leurs élèves: c'est un koan à résoudre qui ne trouve pas sa solution dans l'intellect, mais par l'expérience illuminative (gnosis). Le paradoxe est le propre d'une pensée spirituelle. Il rend fou ou sage.

 

François FAVRE 

23:45 Publié dans 06. Questions/Réponses | Lien permanent | Envoyer cette note

Quelle est l'actualité du message de Mani?

On assiste de nouveau, à l'échelle du monde entier, à un combat entre la lumière et les ténèbres. Le manichéisme permet de se positionner au milieu des événements difficiles, voire tragiques, qui s'annoncent. Mani est le médecin de l'âme et montre, comme le Bouddha, le chemin de l'éveil hors du monde. Il porte également en lui cette idée de sacrifice, de service à l'humanité, figuré par le Christ. Aimer Dieu, aimer son prochain, aimer ses ennemis: voilà ce que réalise le véritable manichéen. C'est le cœur de la vie spirituelle, hier comme aujourd'hui. Il faut rappeler ce paradoxe: bien que poursuivant une quête de libération du monde et des pouvoirs temporels, les manichéens ont assumé simultanément une mission civilisatrice, reliant ainsi culture et expérience spirituelle. C'est pourquoi je crois que la voie ouverte par Mani et ses disciples, celle d'une spiritualité vécue jusque dans ses conséquences les plus extrêmes, est toujours actuelle, et que l'œuvre du sage iranien détient, peut-être le secret de notre avenir...

 
François FAVRE 

23:40 Publié dans 06. Questions/Réponses | Lien permanent | Envoyer cette note

13.12.2005

Chant de la Perle

Dans les études sur le manichéisme, de nombreux auteurs font référence à un texte énigmatique, intitulé le Chant de la Perle, et le mentionnent comme l’archétype du récit gnostique, comme le récit initiatique par excellence. De quoi s'agit-il?

 

Le Chant de la Perle est un hymne gnostique appartenant aux Actes de Thomas, un célèbre apocryphe chrétien. Il décrit l'histoire d'un prince d'Orient qui part à la recherche de la perle mystérieuse, cachée dans une grotte en Égypte et gardée par un « serpent sifflant » : c'est le récit initiatique par excellence, qui illustre parfaitement le cheminement du manichéen. Au début de sa prédication, Mani suit le courant des communautés chrétiennes créées par Thomas, l'un des Apôtres, où il fait ses premiers disciples. Mani s'est identifié à Thomas, dont le nom signifie « Jumeau ». C'est la figure de lumière qu'il rencontre à douze puis vingt-quatre ans. Dans un contexte gnostique, c'est le double spirituel, l'ange initiateur, la nature parfaite d'Hermès. Il représente l'expérience spirituelle de la conjonction avec le Bien aimé.

 


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Mani, « Apôtre de Jésus »

Sur le sceau de Mani figure la mention « Apôtre de Jésus ». Quelle est la relation entre manichéisme et christianisme?

 

Mani se nommait en effet ainsi lui-même. Les hérésiologues et les spécialistes ont longtemps pensé que c'était un subterfuge, mais Mani se définissait comme le Paraclet, c'est-à-dire comme l'Esprit-Saint promis par Jésus. Il se référait aussi à Paul : Mani avait calqué son travail de missionnaire, mais aussi son itinéraire spirituel sur le sien. Paul s'appelait « apôtre de Jésus » , alors qu'il ne faisait pas partie des douze apôtres. Acceptable pour Paul, peut-être à cause de la proximité historique, cette dénomination devient scandaleuse pour Mani. Augustin lui en fait le reproche. En fait Mani ne revendique pas une continuité historique mais spirituelle : il est le Christ incarné et vient rétablir le christianisme dans sa pureté originelle. Mani relie en lui Zoroastre, Bouddha, Jésus et devient ainsi le sceau des Prophètes. Ces deux concepts, le Paraclet et le Sceau des Prophètes, seront repris plus tard par Mahomet et la tradition musulmane.

 



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