13.07.2007

Henri-Charles PUECH (1902-1986), par M. TARDIEU

Né à Montpellier, Henri-Charles Puech entre, après sa licence ès lettres, à l’École normale supérieure, où il passe la licence (1922), puis l’agrégation de philosophie (1924). Après son service militaire – il fut sous-lieutenant au 81e régiment d’infanterie –, il devient pensionnaire de la fondation Thiers jusqu’en 1929. Il fréquente les cercles surréalistes avec celui qui restera son compagnon de toujours, Raymond Queneau, d’un an son cadet. En 1927 paraissent ses Notes sur Hamelin, écrites sur le fond de sa rupture avec André Breton. Il occupera sa dissidence surréaliste en rédigeant un mémoire sur la dissidence gnostique dans l’école de Plotin, la seule thèse qu’il ait jamais écrite et qui sera déposée à la Ve section (sciences religieuses) de l’École pratique des hautes études. Quant à Raymond Queneau, lui aussi en rupture avec André Breton dans les mêmes années, il occupera sa dissidence surréaliste en écrivant Le Chiendent.
 
En 1929 Puech est élu directeur d’études à la Ve section de l’E.P.H.E., où il enseignera quarante-deux ans (jusqu’en juin 1972), avec une seule interruption : il fut mobilisé en 1939-1940 dans un régiment de zouaves, comme Queneau ! À la rentrée universitaire de novembre 1940, nos deux zouaves, venus du surréalisme et de la drôle de guerre, se retrouvent l’un en face de l’autre, Queneau écoutant Puech disserter sur les théologies trinitaires à Alexandrie, d’Origène à Arius.
 
C’est là, en effet, à l’E.P.H.E., que Raymond Queneau était devenu, depuis 1933 (date de la parution du Chiendent), l’élève assidu de Puech, à l’époque où ce dernier y étudiait les fondements métaphysiques de la théologie irénéenne du temps.
         
L’influence de Puech ne se mesure pas au poids de ses publications. Les articles qu’il a publiés sont les produits de quelques cours, ses livres des recueils d’articles, de conférences ou de résumés de cours. Il n’aimait guère écrire et s’empêtrait dans les béquilles et superfluidités du discours, qui devaient finir par le paralyser. Il ressentait péniblement cette difficulté d’écrire et se morfondait en voyant certains de ses cours repris dans les productions d’élèves peu scrupuleux. Puech était un enseignant, non un écrivain. Le dernier cours qu’il fit marqua pour lui la rupture définitive avec son très long passé de parole. « Il ne me reste plus, déclara-t-il alors, qu’à m’appliquer la brève exhortation du logion 42 de l’Évangile selon Thomas : Soyez passant. »
         
Ses années d’enseignement sont une sorte de commentaire perpétuel de son mémoire sur la dissidence gnostique dans l’école de Plotin. Il n’était pas le premier à s’occuper des gnostiques, mais il modifiait de fond en comble les perspectives reçues. Les théologiens qui les étudiaient, ou les étudient encore, les considèrent comme un phénomène interne à l’histoire de l’Église et de la patristique. Philosophe de formation, Puech mit les gnostiques à la charnière de l’histoire doctrinale de l’Occident. Ces chrétiens fascinés par l’hellénisme qu’étaient les gnostiques n’inspiraient que dégoût aux Hellènes qu’ils fréquentaient. Ce jeu des fascinations et répulsions plaisait beaucoup à Puech. Il en fit sa vie. Il en fit son œuvre. Jeu grave, où vont se nouer pour des siècles les points de jonction du christianisme et de l’hellénisme, mais jeu toujours, que Puech mena avec la malice rigolarde d’un paysan du Midi, dans la proximité de l’auteur du Chiendent, son compagnon d’échappée des cercles surréalistes. Syzygie, rétro et moderne, de la pensée et du verbe.
         
Trois grandes découvertes vont marquer de façon décisive les recherches et l’enseignement de Puech. En 1930, des paysans égyptiens trouvent dans les ruines d’une maison, à Medinet Madi (Fayoum), une caisse en bois contenant une grande quantité de papyrus manichéens écrits en dialecte lycolipolitain (aujourd’hui conservés à Dublin, Berlin et Vienne). En 1941, des ouvriers travaillant à l’aménagement d’une carrière de la falaise de Tura, au sud du Caire, mettent la main sur des papyrus grecs contenant des œuvres d’Origène et de Didyme d’Alexandrie (aujourd’hui au Musée égyptien et dans les collections privées). En décembre 1945, une jarre contenant treize codices gnostiques coptes est trouvée par hasard dans une grotte de la falaise du Gabal al-Tarif, dans la région de Nag Hammadi (aujourd’hui au Musée copte du Vieux-Caire). Par la connaissance de première main qu’il avait de la littérature ancienne – religieuse et philosophique –, par sa capacité à relier fragments et témoignages par son expérience de lecture critique des textes, Puech put immédiatement tirer profit de ces découvertes et en mesurer l’importance. Grâce à elles, il fut le pionnier et l’artisan du renouveau des études manichéennes, origéniennes et gnostiques.
         
Le 21 mai 1952, il fait sa leçon inaugurale au Collège de France, dans la chaire d’histoire des religions. Il est docteur honoris causa de l’université d’Utrecht en 1956 et élu à 1’Académie des inscriptions et belles-lettres, le 2 mars 1962. Sa carrière d’enseignant au Collège comme à l’École pratique prendra fin en juin 1972. Deux ans plus tard, ses élèves lui offriront un recueil de Mélanges d’histoire des religions (P.U.F., 1974). En 1978, les éditions Gallimard publieront deux volumes d’Enquête de la gnose, recueil d’articles et de résumés de cours sur les gnostiques, et l’Évangile selon Thomas. Un recueil semblable relatif au manichéisme paraît en 1979 chez Flammarion (Sur le manichéisme et autres essais).
         
Avec A. Guillaumont, G. Quispel, W. Till et Y. Abd al-Masih, Puech a participé à l’édition princeps de l’Évangile selon Thomas, parue simultanément en français, en anglais et en hollandais à Paris, Londres et Leyde (1959). Avec M. Malinine, G. Quispel, W. Till et autres, il collabore à l’édition princeps des écrits du Codex Jung (aujourd’hui Codex I) dont les volumes paraissent de 1956 à 1975. Son petit livre, Le Manichéisme, son fondateur, sa doctrine (Paris, 1949), qui reproduit le texte de deux conférences faites à Rome les 5 et 7 novembre 1946, a dominé toute la recherche sur le manichéisme jusqu’à nos jours. Les plus grands spécialistes des études patristiques contemporaines ont été les élèves de Puech. Il est au point de départ de l’engouement actuel pour Philon d’Alexandrie, Irénée, Clément d’Alexandrie et Origène. Le renouveau des études dionysiennes lui doit beaucoup aussi.

Les recherches d’aujourd’hui en histoire des idées ont été marquées, de façon décisive, par quelques grands articles de Puech, telle sa contribution sur « Numénius d’Apamée et les théologies orientales au second siècle », parue en 1934 dans les Mélanges Bidez. Il y montrait le rôle déterminant joué par le milieu religieux de la Syrie du IIe siècle dans l’élaboration et la constitution d’une métaphysique systématique articulée sur l’opposition entre un premier dieu, Père et Roi, inconnu et oisif, et un second dieu, Fils et démiurge. Les études actuelles sur le platonisme moyen et tardif doivent beaucoup à cette vision, tout à fait remarquable, d’un monde global dans lequel une doctrine philosophique prend ses racines à l’intérieur du syncrétisme religieux.
 
Dès 1933, dans ses cours de 1’E.P.H.E., Puech remarquait que le thème nourricier des conceptions sotériologiques des gnostiques était celui de l’illusion du temps. Il parvint, par ce biais, à montrer tout ce que la « théologie chrétienne de l’histoire » qui est à l’œuvre chez Irénée de Lyon devait au traitement gnostique du temps. Puech rassembla ses vues sur cette question dans deux communications de 1951 (« Temps, histoire et mythe dans le christianisme des premiers siècles ») et de 1952 (« La Gnose et le temps »). Ses « Fragments retrouvés de l’Apocalypse d’Allogène », publiés en 1936 dans les Mélanges Franz Cumont, mettaient en lumière le rôle joué par les apocryphes dans l’histoire du monachisme syrien de tendance audienne. Il observait alors, bien avant la découverte de Nag Hammadi le succès de l’Apokryphon de Jean dans la Syrie du IVe siècle.

Les études actuelles sur les textes et les doctrines que livrent les manuscrits coptes de Nag Hammadi ont leur point de départ dans la grande contribution de Puech aux Mélanges Crum, parus en 1950 (« Les Nouveaux Écrits gnostiques découverts en Haute-Égypte. Premier inventaire et essai d’identification »). La meilleure étude d’ensemble des évangiles en usage chez les gnostiques ou fabriqués par eux  reste, aujourd’hui encore, celle qu’il publia en allemand dans la troisième édition des Neutestamentliche Apocrkyphen d’Edgar Hennecke (1959).

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04.07.2007

Manichéen, manichéenne...

Venus d'Iran au IIIe siècle, les manichéens sont perçus comme des Perses, vieux ennemis des Romains. Leurs détracteurs jouent sur le nom de leur prophète, Mani, pour le rapprocher du terme méprisant de folie (mania, en grec). La langue française a intégré depuis longtemps le terme « manichéen ». Une « perspective manichéenne », par exemple, est qualifiée telle parce qu'on la trouve simpliste ou schématique ; l'emploi de l'adjectif « manichéen » est fréquent dans un contexte où l'on oppose une vision des choses à une autre, une position politique à une autre, une religion du bien à une religion du mal. Cet usage de la langue remonte à plusieurs siècles, à une période où l'adjectif « manichéen » servait à désigner n'importe quelle sorte d'hérétiques au Moyen Age : cathares et albigeois, et déjà, avant eux, bogomiles et pauliciens... (d'après J. D. DUBOIS)

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30.06.2007

Manichéisme

Doctrine religieuse prêchée par le perse Mani ou Manès (216-276), peintre, calligraphe et poète qui, s'identifiant au Paraclet annoncé par Jésus, se prétendit porteur d'une nouvelle révélation.

Encouragée en Iran par le roi Châhpuhr Ier, cette doctrine fut prêchée jusqu'en Inde à la faveur des expéditions de ce dernier et dans de nombreuses régions à l'occasion des voyages de son fondateur.

Combinant des éléments chrétiens, mazdéens, zoroastriens et bouddhistes, cette forme de gnose reposait sur un dualisme radical développé dans le cadre d'une « histoire du salut » : la coexistence et la lutte éternelles des deux principes fondamentaux égaux et antagonistes : le Bien, symbolisé par la lumière, et le Mal, figuré par les ténèbres et identifié à la matière. Enfermé dans la matière, l'homme doit s'en libérer par la connaissance.

Se voulant une religion universelle, le manichéisme se répandit effectivement entre le IIIe et le XIe siècle dans l'empire romain et, ultérieurement, dans le monde musulman. Mani demandait d'ailleurs à ses adeptes d'« errer perpétuellement dans le monde, prêchant la doctrine et guidant les hommes dans la Vérité ». Des fragments de textes rédigés en différents dialectes persans, en chinois et en vieux turc (ouïgour), ont été retrouvés au nord-ouest du Turkestan chinois. Cette diversité témoigne de la fabuleuse extension de la doctrine de Mani. Après la mort de son fondateur, le manichéisme, persécuté, ne tarda pas à disparaître en Iran, mais subsista en Orient jusqu'au XIVe siècle. En Occident, malgré la lutte énergique que menèrent contre cette doctrine les empereurs à partir de Dioclétien, elle réapparut çà et là, au Moyen Âge, chez les Bulgares, les Serbes Bogomiles et enfin chez les Cathares du Midi de la France, où elle ne fut éradiquée qu'au terme de la sanglante croisade menée contre les Albigeois.

L'étude du manichéisme repose essentiellement sur la réfutation qu'en fit saint Augustin dans ses Confessions, ainsi que sur des sources syriaques, arabes, persanes, pahlavies ou arméniennes.

 

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Ouïgours

(ou Ouïghours, ou Uigurs). 

Tribu turque primitivement établie dans le bassin de la Selenga, en Asie centrale. D'abord vassaux des Tou-kine, ils profitèrent de la dislocation de leur empire (741) pour conquérir l'hégémonie en Mongolie, qu'ils dominèrent de 745 à 840 (invasion des Kirghiz). Les Ouïgours s'établirent alors en Chine centrale où ils créèrent un État dont la civilisation fut des plus brillantes jusqu'à ce que les Mongols y missent fin (XIIIe s.) : adoption du manichéisme comme religion d'État, invention d'une écriture tirée de l'alphabet sogdien (lui-même dérivé du syriaque) ce qui leur permit de créer la plus ancienne des littératures d'expression turque et de contribuer puissamment au progrès de la civilisation chez les peuples turcs et mongols.

Aujourd'hui, les Ouïgours sont majoritaires (7,2 millions sur 16,9 millions d'habitants en 1990) dans la région autonome ouïgour du Xinjiang. Musulmans sunnites, ils revendiquent leur indépendance vis-à-vis de la Chine.

 

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16.03.2007

Mani, le Christ d'Orient

Article paru dans Le Monde des religions n° 21 (janvier/février 2007)

Né en Perse au 111e siècle, mort en martyr, Mani établit une religion universelle, l'Église de la Justice, qui prêche la lutte entre la Lumière et les Ténèbres. Persécutée, elle a disparu au XVe siècle.


Tôt ce matin de février 274, après un long voyage à travers le royaume de l'ancienne Perse des rois sassanides, les voyageurs s'approchaient de la ville de Gundishapur, l'orgueilleuse cité impériale, dont les portes étaient encore fermées. Un frisson leur parcourut l'échine, non pas dû à la rigueur du climat, mais au spectacle qui se dévoilait à leurs yeux. Celui d'un corps coupé en deux, cloué sur les battants de l'énorme porte. Car, même à une époque où les châtiments atroces étaient courants, pareille mise en scène horrifiait. Parmi ces voyageurs venus de tous les coins de l'Empire, beaucoup reconnaissaient à la jambe torse la dépouille de Mani ou Manès, le prédicateur infatigable qui avait parcouru le royaume pendant presque quarante ans pour annoncer « la bonne nouvelle » et prêcher l'évangile dualiste de la lutte entre la Lumière et les Ténèbres. Certains se souvenaient de lui comme d'un peintre sans égal, d'un poète au souffle épique, d'un musicien de talent ou d'un médecin remarquable. Trois jours après sa mort, sa dépouille démembrée, empaillée et nue, était encore là. Son martyre, pour Mani, attestait de la victoire du mal sur le bien, et son destin tragique prouvait le bien fondé de sa doctrine. Ses restes furent jetés aux chiens, de peur que sa sépulture ne devienne un lieu de pèlerinage.

Lorsqu'il naît soixante ans plus tôt, en 216, en Irak, de grands changements géopolitiques bouleversent l'ordre du monde. L'Empire romain décadent est assailli par ses ennemis. La Perse, son éternel rival, est alors dirigée par les Arsacides. Neuf ans plus tard, profitant de la désagrégation de la monarchie, Ardashir, originaire de Perside, prend le pouvoir et se lance dans de nouvelles conquêtes. Sous son impulsion, la Perse retrouve la place prépondérante qui était la sienne dans la région au temps de Cyrus et de Darius. Il fonde la dynastie des Sassanides, qui ne prendra fin qu'avec l'arrivée des Arabes en 636.

La légende veut que Mani appartienne par sa mère, Maryam, à une famille princière proche des Arsacides, et qu'il ait été abandonné à sa naissance par son père, Patteg, suite à une révélation. Une voix lui enjoignit par trois fois de changer de vie et de se retirer hors du monde. Patteg adhéra à la foi des Elkhasaïtes, un syncrétisme gnostique judéo-chrétien, et vint vivre parmi eux en basse Mésopotamie. Lorsque Mani eut quatre ans, Patteg l'arracha à sa mère et le prit avec lui afin de poursuivre son éducation au sein de la communauté elkhasaïte. Ce traumatisme exercera une influence durable sur l'enfant, suscitant chez lui colère, révolte et désir d'affranchissement.

En 228, Mani, alors âgé de douze ans, reçoit une première révélation de l'ange At-Taum, c'est-à-dire le « compagnon inséparable », le « jumeau » : « Sépare-toi de cette communauté car tu n'appartiens pas à ses adeptes... Toutefois, en raison de ton jeune âge, le temps n'est pas encore venu pour toi de te manifester. »

Dès lors, Mani prend la mesure de la mission qui lui est confiée, soutenu en cela par son double spirituel qui l'instruit, répond à ses questions, lui redonne force et confiance au milieu des épreuves, en particulier quand il lui faut affronter les docteurs de la secte lors de controverses. Son attitude sème trouble et discorde dans la communauté. On l'accuse de rejeter les rites de purification, les commandements du Sauveur, les interdits alimentaires et le travail agricole. Mani explique à ses coreligionnaires que Jésus, leur maître à tous, ne souffle mot de ces pratiques dans ses enseignements et que la seule pureté, « c'est celle qui est atteinte par le moyen de la Gnose ». Ses convictions hérétiques mettant en danger la communauté, les responsables elkhasaïtes excommunient le prophète récalcitrant.

L'ange At-Taum lui apparaît alors une seconde fois et le confirme dans sa vocation prophétique. Mani vient d'avoir vingt-quatre ans. Accompagné de son père et de deux disciples, il dirige ses pas vers l'Inde pour suivre l'itinéraire emprunté deux siècles plus tôt par l'apôtre Thomas, considéré comme le « jumeau » de Jésus. Au cours de ce premier voyage missionnaire, Mani tente d'implanter son message dans les communautés chrétiennes disséminées entre Caucase et Inde, et se familiarise avec la culture bouddhique et la riche pensée indienne. Deux ans plus tard, de retour en Iran, il reçoit l'autorisation du roi Shapur 1er, successeur d'Ardashir, d'enseigner librement sa doctrine dans l'Empire perse.

Protégé par le pouvoir royal, Mani parcourt inlassablement le royaume, à pied malgré son infirmité, prêchant la « bonne nouvelle » du Salut, implantant des communautés et édifiant des temples. Son projet est de fondre en une seule tradition spirituelle les enseignements du Bouddha, de Zoroastre et de Jésus. Cette religion nouvelle, sans équivalent, doit changer le monde par la non-violence et la non-lutte. Son message sera enseigné dans toutes les langues, proclamé dans chaque ville et se répandra plus loin que toutes les religions qui le précédèrent.

Afin d'assurer la conservation et la transmission de son enseignement, Mani en fixe lui-même par écrit le contenu et l'illustre par des calligraphies et des peintures, dont le souvenir est vivace, aujourd'hui encore, dans la mémoire des peuples orientaux. La religion manichéenne ayant pour vocation d'être « entendue dans toutes les langues », Mani réforme radicalement l'écriture perse, afin que tous puissent lire ses ouvrages. Son alphabet, plus riche en caractères que l'arabe, est aussi adopté par des non-manichéens pour transcrire et traduire les Écritures indiennes et bouddhiques.

En quelques années, le manichéisme connaît un essor foudroyant, mais il s'attire l'inimitié des mages mazdéens, qui avaient porté Ardashir et les Sassanides au pouvoir. Il leur faudra toutefois attendre la mort de Shapur pour mettre à exécution leur sinistre projet : établir le mazdéisme en religion d'État et éliminer par tous les moyens leurs opposants, manichéens, juifs, bouddhistes, brahmanes, nazaréens, chrétiens. Mani est arrêté et condamné à mort pour « crimes contre Dieu ». Jeté en prison et couvert de chaînes, son agonie sera lente. Ses derniers moments sont consacrés à son Église : il enjoint ses compagnons à poursuivre « la guerre sainte » des fils de la Lumière contre ceux des Ténèbres, qui ne finira que lorsque la dernière âme aura été sauvée de « l'abîme du monde ». Le martyre du Prophète (sa Passion ou sa Crucifixion, diront plus tard ses disciples), qui dura vingt-six jours, s'achève par cette sublime prière : « Ô Christ, ô Anges glorieux et lumineux /J'invoque vos noms / Libérez mon esprit de sa prison / Ôtez de moi ce manteau de douleur / Et conduisez-moi hors de ce monde ». Et, dit une homélie manichéenne, « les messagers de la Lumière s'approchèrent en une ronde pour conduire sa grande Âme dans les Hauteurs. La Parole protège la tête du Juste. Elle le conduit dans les sphères de la Lumière. L'envoyé de la Lumière est de retour chez lui. Ainsi s'élève la perle de Lumière. » Au jour de son Ascension, Mani « le Vivant » avait, dit-on, environ soixante ans.

 

François FAVRE

 

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16.02.2007

Mani, réincarnation de Lao-Tseu

Une légende chinoise veut que Lao-Tseu, après avoir quitté la Chine pour l’Occident, se soit métamorphosé en une grenade qu’avala, alors, la mère de Mani, Maryam. Celle-ci se retrouva enceinte et engendra le « Bouddha de Lumière », Mani. Le récit relate aussi que l’enfant « sortit en fendant la poitrine de sa mère » (ce fait est confirmé par le Compendium, où il est dit que Mani est né du sein de sa mère et non de son ventre). Ces différentes indications, d’ordre symbolique, permettent d’établir un lien organique et une « continuité » spirituelle entre les deux textes du Compendium et du Traité et corroborent notre hypothèse selon laquelle les légendes et les mythes manichéens ont principalement trait à la seconde naissance, à la genèse de l’Homme nouveau chrétien, de l’Homme intérieur, selon la méthode initiatique de l’Appel et de la Réponse (l’« Appel de l’Esprit » et la « Réponse de l’homme », ou inversement, l’« Appel de l’homme » et la « Réponse de l’Esprit »).
 
 François Favre 

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13.01.2007

Mani, le Christ d'Orient

Article de l'auteur paru dans Le Monde des religions n° 21 (janvier/février 2007), rubrique Histoire/Personnage, p. 48/49.

Un autre article paraitra dans le numéro 22 de mars/avril, sous le titre : Krishnamurti, le Voyant qui marchait seul

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30.10.2006

Mani, messager de lumière

Texte issu de Mani, Christ d'Orient, Bouddha d'Occident, sur la vie de Mani.

http://mani.blogspirit.com/archive/2006/09/14/f-favre-textes.html

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16.10.2006

Commander

Le livre « Mani Christ d'Orient, Bouddha d'Occident » est édité par les Éditions du Septénaire.
Le livre « Les mystères de Jésus » est édité par les Éditions Aléthèia et distribué par les Éditions du Septénaire.
 
Les Éditions du Septénaire
Les Éditions du Septénaire - www.septenaire.com
« La littérature gnostique à l'ère actuelle »

Les deux livres peuvent être commandés sur les sites suivants:

 

Nota: Pour le moment (12/09/2007), le livre de Timothy FREKE et Peter GANDY, Les Mystères de Jésus, n'est disponible que sur le site PRICEMINISTER, à l'adresse suivante:

http://www.priceminister.com/offer/buy/57735747

 

 

 

 

 

 





 

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04.10.2006

Le signe du Paraclet

«Jésus, premier Né, sauve-moi, s’écrie le psalmiste manichéen. Je veux ôter ce (vêtement) terrestre: ... l’ancien... je l’abandonnerai. Le feu du... de la ruse, et le camp des ennemis, je les soumettrai par l’armure du Paraclet. J’ai renoncé à toi, ô Satan. Les anges de (la lumière m’ont aidé à vaincre les)… des démons. Je m’extrairai de (la gangue) de ce monde et (je me détournerai) de la fausse lumière émanant de la quintuple étoile. Je détruirai la ruse des Archontes que je porte en moi et je rayonnerai dans le signe du Paraclet.»

Quand le moment est venu, quand les six phases du mystère chrétien d’initiation ont été réalisées par le candidat à la vie libérée, les deux corps, le corps matériel et le corps vital porteur de l’Âme nouvelle, peuvent être séparés l’un de l’autre. Cette rupture et ce détachement du vêtement de lumière s’accomplissent en six endroits: la tête (1), le cœur (2), les deux mains (3 et 4) et les deux pieds (5 et 6). Ces six aspects correspondent aux fameux stigmates du Christ crucifié et aux six points d’attaches du corps vital avec le corps physique. Le cœur est le siège de la rose; la tête, le siège du pouvoir mental, donc de l’esprit; les centres des deux mains sont les organes du pouvoir d’action; les centres des deux pieds sont les organes de l’activité motrice.

Chez les cathares ce processus de «détachement de la croix» s’accomplissait au cours de la cérémonie du consolamentum qui avait lieu dans la grotte de Bethléem, à Ussat-les-Bains dans le sud de la France, près de Tarascon sur Ariège.

Lors de cette puissante célébration, le futur parfait recevait le baptême du feu par imposition des mains, puis prenait place dans le Pentacle gravé dans la roche, avant d’être revêtu de la robe noire de l’Ordre, symbole de son nouvel état d’Âme vivante reliée au champ de l’Esprit.

Le rite manichéen de «la main droite», qui s’accomplissait de plusieurs manières à l’intérieur de l’Église manichéenne, remplissait probablement la même fonction que la cérémonie du consolamentum: le baptême de l’Esprit «consolateur» était conféré par les Anciens à celui qui était parvenu au terme de son processus d’endoura (la dissolution du moi et du Soi supérieur), celui en qui les «trois jours» (de douze heures) avaient triomphé des «deux nuits» et des «cinq sortes de grands combats».

Ce «saint baptême de Jésus-Christ» consacre ou confirme dans le candidat la séparation définitive des deux Principes, Lumière et Ténèbres, Matière et Esprit. «Va-t-en ainsi, joyeuse, est-il dit de l’âme victorieuse, entraînée vers la terre de lumière, scellée de ton sceau, avec tes couronnes [= chakras, roues de feu] qui ne se fanent point; Ceux qui portent la couronne reçoivent un saint baptême. Ils entrent dans le repos parfait [libération]».

Pour la «créature nouvelle», pour l’Homme parfait, la fin des temps, le «temps postérieur» s’est accompli. Il a intérieurement rétabli la tri-unité Esprit, Âme et Corps, symbolisée dans les textes manichéens par le vêtement de l’Ame, la couronne de l’Esprit et le sceptre de la nouvelle conscience, attributs du véritable prêtre-roi. Du cœur de l’homme pneumatique jaillit alors cet antique chant de louange, dédié au Mani de tous les temps: «Tu nous as délivrés de la douleur, ô Seigneur. O Paraclet, tu as répandu sur nous la joie. Toutes les églises célèbrent ton Mystère. Nous donnons aujourd’hui notre rose, comme les arbres donnent leur fruit, afin qu’elle devienne une couronne que tu poseras sur notre tête.» À cette invocation et ce témoignage spirituel il était ainsi répondu:

Salut à toi, ô Âme, qui a mis fin à la lutte en jubilant. Tu t’es échappée de la tanière du lion, de la demeure des voleurs, du corps de la mort, pleuré de tous. La mer et les vagues, tu les as vaincues par la foi. Les monstres qui voulaient envahir ton bateau, tu les as vaincus sur ta route. Ils ne t’ont ni reconnue ni comprise. La force du péché gémit, parce que tu lui as échappé soudainement. Car tu n’as pas suivi l’erreur et par ta Vertu grandissante, tu as éteint le feu de ses démons. Tu as confondu les chasseurs qui voulaient te capturer. Tu as déroulé leurs filets. Maintenant, ils s’étonnent de la beauté de tes ailes, parce que tu t’élèves avec la force de l’aigle jusqu’au colombier de la liberté.

 

François Favre, Mani Christ d'Orient, Bouddha d'Occident 


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02.10.2006

Mani, un fou de Dieu

Article de Jean Daniel Dubois, Historia Thématique, «Les hérétiques».

http://www.historia.presse.fr/data/thematique//82/0820290...

Venus d'Iran au IIIe siècle, les manichéens sont perçus comme des Perses, vieux ennemis des Romains. Leurs détracteurs jouent sur le nom de leur prophète, Mani, pour le rapprocher du terme méprisant de folie (mania , en grec). Lire la suite...

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Bohaira, moine «manichéen»

Dans La vie de Mahomet, le romancier roumain Virgil Gheorghiu décrit, conformément à la Sira (la biographie officielle), la rencontre en Syrie entre Mahomet, alors âgé de 12 ans, et le moine «manichéen» Bohaira. Celui-ci voit dans le jeune homme le «sceau des prophètes», le Paraclet annoncé par les Ecritures. Ces deux appellations étant d'origine manichéenne, un lien métahistorique est ici établi par la tradition musulmane entre les deux prophètes. 

Voir texte 

 

Texte extrait de Mani, Christ d'Orient et Bouddha d'Occident:  

Le grand projet de Corbin, «le projet d’une vie», fut de «ressusciter» la sagesse de l’ancienne Perse, «monde médian et médiateur» entre Orient et Occident, et de mettre à jour ces fameuses continuités qui permettent de concevoir l’ensemble iranien, de la Perse zoroastrienne à l’Iran chiite, comme formant un tout: religion de la Lumière (zoroastrisme, mithraïsme, manichéisme, chiisme), philosophie de la Lumière (tradition orientale.

L’exemple suivant suggère au mieux l’idée de ces «continuités iraniennes» et «gnostiques» dont l’affirmation fut le propos essentiel de son Grand Oeuvre philosophique: certaines traditions musulmanes veulent que, lors d’un voyage en Syrie, Mahomet, à l’âge de douze ans – l’âge de la première révélation de Mani et de la rencontre de Jésus avec les docteurs de la Loi dans le Temple à Jérusalem, la ville sainte – fut reconnu formellement comme le Sceau des prophètes – titre que s’était déjà attribué Mani – par un moine manichéen du nom de Bohaïra, mot qui en syriaque signifie «l’Élu»; c’est encore lui [= Georges] qui confirmera Mahomet dans sa vocation prophétique et attestera la réalité de ses visions lorsque celui-ci, en proie au doute, sera conduit à lui par sa femme Khadija; ajoutons pour finir que Bohaïra serait, selon certains témoignages d’origine chiite, le dernier Imam de Jésus.

L’analogie de structure entre la perspective manichéenne et la perspective musulmane est bien évidemment frappante, et il faudrait beaucoup de légèreté pour ne voir dans ces similitudes qu’un artifice littéraire, la méditation «transversale» des textes permettant au contraire de déceler l’existence d’un réseau d’intentions et d’orientations communes à ces approches spirituelles distinctes. Plus décisive que le recours à une causalité historique toujours contestable, s’impose ici l’évidence d’une rencontre sous un horizon commun.

Le principal mérite de Corbin demeurera certainement d’avoir rappelé aux chercheurs occidentaux l’existence du «monde imaginal» (= Moyen-Orient), intermonde entre le sensible et l’intelligible où prennent forme les visions prophétiques, les songes visionnaires et les perceptions suprasensibles.

Il fut aussi l’un des rares penseurs occidentaux modernes capable d’entrevoir que l’herméneutique du «sens caché» du Coran, telle que la pratiquaient les ésotéristes musulmans, avait non seulement la puissance de nous ouvrir «le secret des âges et des espaces de l’Iran, mais aussi celui de notre tradition spirituelle, à nous occidentaux». «Lisez le Livre avec extase du cœur, émotion intérieure et réflexion subtile. Lisez le Coran comme s’il n’avait été révélé que pour votre propre cas», écrira Sohravardi à ses disciples.

 

François FAVRE 

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16.09.2006

Qui était véritablement Augustin? un saint ou un monstre?

Dans ce texte extrait de Mani, Christ d'Orient, Bouddha d'Occident, j'ai voulu montrer la vraie nature d'Augustin, célébré aujourd'hui encore comme un saint par les théologiens catholiques, protestants et orthodoxes, et considéré comme un penseur éminent par les philosophes. Cette approche gnostique du parcours de l'évêque d'Hippone (aujourd'hui ville d'Algérie) met en évidence les différents conflits de conscience vécus par Augustin, qui adhéra pendant neuf ans au manichéisme, et établit un lien entre ses expériences transpersonnelles et son anti-dualisme primaire, qui le conduira (suivi en cela par l'Eglise catholique) à persécuter ses anciens coreligionnaires avec une virulence et une férocité inégalées. Un portrait sans concessions d'une figure du mal ordinaire.
          (texte dans son contexte)
 Lire aussi:
François FAVRE

16:50 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

04.09.2006

La croix, modèle d'organisation...

Les communautés manichéennes, de même que les premières communautés bouddhiques ou chrétiennes gnostiques, présentaient une structure à la fois verticale et horizontale, calquée sur le modèle de la croix, figure de la structure absolue (= quaternaire). La structure verticale correspond au chemin qui mène de la matière à l’Esprit divin. La structure horizontale montre le triangle équilatéral de la liberté, égalité et fraternité de tous les hommes. La ligne horizontale et la ligne verticale se rencontrent au point où ceux qui sont intérieurement «convertis» et «préparés» ont la possibilité d’être touchés par l’Esprit Saint et de suivre le chemin qui mène à l’immortalité.
 
 
François FAVRE 

08:40 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

01.09.2006

La grande mission...

La grande mission d'une Ecole Spirituelle est d'apporter le message du Salut vivant, inhérent à la Gnose, à tous ceux qui veulent s'élever, par un processus de transmutation, de la vie matérielle jusqu'à l'Homme Ame-Esprit. Pour répondre à sa vocation, celle-ci doit satisfaire à trois conditions élémentaire: apporter la connaissance du pourquoi et du comment de la création; pouvoir transmettre cette connaissance à ceux qui cherchent vraiment et aspirent à la vie de l'Esprit, au moyen d'un plan d'enseignement clair et d'un méthode approprié; accompagner le candidat durant la période d'enseignement et d'apprentissage sur le chemin qui conduit de l'homme-matière à l'homme-esprit.

Il résulte de la cosmogonie de Mani que l'Homme Primordial, l'Homme Spirituel, s'étant volontairement constitué prisonnier du Cosmos par son sacrifice au service de l'Ame du Monde, aspire de tout son être à la Libération de l'emprise du monde de la Matière où son «intelligence» (son noûs), son «Moi Vivant», cette «partie de Dieu», est retenu en esclavage, soumis à la domination des Démons, des Eons et des Archontes des Eons, pour reprendre la terminologie des anciens gnostiques.

Le Salut, représenté dans le mythe par l'intervention de Jésus-Splendeur ou Jésus le Lumineux, symbole «des Eglises fondées par les Apôtres», qui enseigne à Adam, l'homme terrestre, le pourquoi et le comment des Trois Temps - le Commencement, le Milieu, et la Fin - consistera pour l'élève manichéen, grâce à la Gnose singulière apportée par Mani et par l'expérience vécue qui confirme le témoignage de «l'Illuminateur suprême», à prendre conscience de son état de séparation, de sa dualité, à se «ressouvenir», devenant «à nouveau [présent] au Royaume de Dieu dont [il] est issu», échappant ainsi à l'oubli et à l'ignorance auxquels le contraint son «mélange» et son identification avec le mental-corps.

La connaissance de soi ou «Voie du vide», qui est renoncement à l'Erreur et détachement du faux, est donc, comme pour tous les gnostiques, la «condition du nouveau devenir humain» (van Rijckenborgh) et le moyen privilégié permettant d'accéder, ici et maintenant, avant la mort, au «Paradis des Lumières». Si la résurrection de l'Homme Nouveau n'a pas lieu dès la vie présente, comme dans le cas des Croyants/Auditeurs et des Incroyants, l'âme, toujours soumise à la domination des sensations, de la vitalité, des émotions et des pensées, est condamnée à renaître, à subir le «transvasement» dans un nouveau corps. Car contrairement aux conceptions et opinions orthodoxes des religions juive, chrétienne et musulmane, le «Réveil» ne peut s'accomplir dans l'Au-Delà, celui-ci n'étant qu'une sphère intermédiaire, un lieu de passage et de purification, permettant la préparation d'une nouvelle incarnation du microcosme humain.

 

François FAVRE 

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Mani «prophète de la peinture»

«Pour révéler au monde les secrets qui lui ont été confiés», Mani écrivit des centaines d’épîtres (Lettres), des hymnes (Psaumes et Prières), des récits de légendes (Pragmateia), des textes cosmogoniques (Livre des Géants), qu’il calligraphiait de sa main, et qu’il illustrait de dessins ou de schémas pour en faciliter la compréhension, suivant en cela ses prédécesseurs gnostiques tels les mandéens, les ophites, les simoniens, les carpocratiens (notre projet d’illustration de la pensée manichéenne au moyen de dessins, de schémas et de diagrammes s’inscrit dans le droit fil de cette tradition gnostique qui, de tous temps, a fait appel à la «pensée-mandala» pour représenter l’invisible, voire l’indicible).

Comme peintre Mani reste largement méconnu bien que son nom soit devenu dans la culture de l’Iran islamique le symbole de la beauté la plus raffinée. C’est, par exemple, ce dont témoigne au XIe siècle Ferdousi, l’auteur persan du Livre des Rois, qui voit en lui «un illustrateur tel que la Terre n’en connaîtra point de semblable». Après lui d’autres poètes et des littérateurs diront: «Mani était un homme passé maître dans l’art pictural. On dit que, sur un morceau de soie blanche, il traça une ligne de telle sorte qu’un seul fil de soie ayant été retiré la ligne n’apparut plus.» Ou encore: «Un narrateur parvint de la Chine, un illustrateur tel que la terre n’en connaîtra point de semblable, un sage nommé Mani, habile et malin, prétendit être le prophète de la peinture, la fleur des autres messagers» (N. Tajadod). Sohravardi, le fondateur de la Théosophie orientale, lui rendra indirectement hommage dans son Épître de l’enfance, en écrivant: «La construction (du palais) n’en était encore qu’à la moitié, que déjà l’on venait des villes d’alentour pour jouir de sa vue. Les hauts murs s’élançaient; de belles peintures y figuraient. Le plafond rivalisait avec un chef-d’œuvre de Mani.» Passé maître dans l’art de dessiner les lettres avec la même précision et la même harmonie que le calligraphe arabe, maniant la couleur avec un sens aigu de la beauté, de l’harmonie et du réalisme, Mani apparaît, avec le recul des siècles, comme le précurseur de la miniature persane et le véritable fondateur de la peinture orientale, «lui dont chaque trait de pinceau allait faire naître, en Perse et aussi en Inde, en Asie centrale, en Chine, au Tibet, mille vocations d’artistes » (A. Maalouf). Seul l’Occident chrétien paraît avoir ignoré sa grandeur en tant que peintre. Les «livres de lumière» écrits par Mani circuleront, grâce aux missionnaires manichéens, pendant plus de mille ans, de la Chine jusqu’au nord de l’Afrique, avant de finir brûlés au temps de la persécution, victimes de la haine et de la folie destructrice des hérésiologues chrétiens, perses, musulmans et chinois. La tradition arabe rapporte que «beaucoup d’or et de pierres précieuses sortirent de ces livres quand on les brûla», faisant allusion au trésor matériel et surtout au trésor spirituel universel que contenaient ces papyrus.

 

François FAVRE 


Bibliographie:

N. Tajadod, Mani, le Bouddha de lumière, Cerf

P. Alfaric, Les Écritures manichéennes, épuisé

K. Wilber, Les trois yeux de la connaissance, Le Rocher, épuisé

22:20 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

27.08.2006

Anthologie manichéenne

16:00 Publié dans 02. Gnose manichéenne | Lien permanent | Envoyer cette note

Mani, le bouddha de lumière

Traduction et commentaire du Catéchisme manichéen chinois, par Nahal Tajadod. Disponible à l'achat.

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Psaumes des errants

Traduction partielle et commentaire du Psautier manichéen retrouvé au Fayoum (Egypte) en 1930, par A. Villey. Disponible à l'achat.

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18.08.2006

Notice sur les manichéens (Augustin)

Manès, originaire de Perse, fut le chef des Manichéens: cependant, après qu'il eut commencé à enseigner en Grèce sa doctrine insensée, ses disciples aimèrent mieux l'appeler Manichée que de lui donner un nom synonyme de celui de folie. Partant de là, quelques-uns d'entre eux, comme plus savants et, par là même, plus menteurs, doublèrent l'N, et prononcèrent Mannichée, c'est-à-dire, homme qui répand la manne. Manès imagina l'existence de deux principes, différents l'un de l'autre, opposés l'un à l'autre, éternels et coéternels, c'est-à-dire, ayant toujours existé; et, imitant en cela les anciens hérétiques, il admit deux natures et deux substances, celle du bien et celle du mal. Il serait trop long d'insérer, dans cet ouvrage, les rêveries dont il a enveloppé sa doctrine touchant l'opposition et le mélange du bien et du mal, la séparation complète du bien d'avec le mal, et la condamnation éternelle réservée au mal, comme au bien qui ne pourra être séparé du mal. En conséquence de ces rêveries ridicules et impies, les Manichéens sont forcés de reconnaître la même nature à Dieu et aux âmes bonnes, qui doivent être délivrées de leur mélange d'avec les âmes mauvaises, c'est-à-dire, des âmes douées de la nature opposée à celle du bien. C'est pourquoi, selon eux, la nature du bien, c'est-à-dire la nature divine, a fait le monde, il est vrai, mais elle l'a fait du mélange formé par le bien et le mal au moment où les deux natures ont lutté l'une contre l'autre. Cependant la séparation parfaite du bien d'avec le mal et sa délivrance, ce sont les vertus de Dieu qui l'effectuent par tout le monde et dans tous les éléments, comme elles forment leurs élus par les aliments dont ils se nourrissent. Ces aliments et le monde entier sont mélangés avec la substance divine, et cette substance est purifiée dans les élus des Manichéens par le genre de vie que ceux-ci ont adopté et que leurs auditeurs observent encore d'une manière plus sainte et plus excellente. J'ai prononcé les noms d'élus et d'auditeurs ; deux classes de fidèles dont se compose leur Eglise. A les en croire, cette partie de la nature bonne et divine qui se trouve mélangée et emprisonnée dans les aliments, et dans la boisson, et, surtout, dans ceux qui engendrent, l'est encore d'une façon plus étroite et plus honteuse chez les autres hommes, et même chez leurs auditeurs. Quant aux portions de lumière purifiées, dont la réfraction a lieu de toutes parts, elles retournent à Dieu, comme à leur foyer naturel, transportées dans les airs par des vaisseaux, c'est-à-dire, par la lune et le soleil: ces vaisseaux sont faits de la pure substance de Dieu; et cette lumière corporelle, dont les rayons frappent ici-bas les regards de tous les êtres mortels animés, qui réside, non seulement dans la lune et le soleil où elle est toute pure, mais encore dans tous les autres objets brillants au sein desquels elle se trouve mélangée, et doit être purifiée; cette lumière corporelle n'est autre que la nature divine. Les cinq éléments, c'est-à-dire, la fumée, les ténèbres, le feu, l'eau et le vent ont été formés par le peuple des ténèbres; ils ont, à leur tour, engendré des princes particuliers. Dans la fumée, sont nés les animaux bipèdes, et, par conséquent, les hommes; dans les ténèbres, les serpents; dans le feu, les quadrupèdes; dans l'eau, les poissons; dans le vent, les oiseaux. Pour détruire la puissance de ces mauvais éléments, cinq autres, émanés de la substance divine, sont sortis du royaume céleste, et, de leur lutte mutuelle, est résulté le mélange de l'air avec la fumée, de la lumière avec les ténèbres, du bon feu avec le mauvais, de la bonne eau avec la mauvaise, du vent mauvais avec le bon. Il y a, entre les deux vaisseaux, ou les deux grands luminaires du ciel, cette différence que la lune a été faite avec la bonne eau, et que le soleil a été fait avec le bon feu. En eux résident les saintes vertus: celles-ci se transforment en hommes pour attirer à eux les femmes du parti adverse, et puis, en femmes pour attirer les hommes de ce même parti, afin que leur concupiscence,'étant éveillée par de telles excitations, la lumière, contenue et mélangée dans leurs membres, s'en échappe, soit reçue par les anges de lumière pour être purifiée, et, après cette purification, soit chargée sur ces vaisseaux et reportée dans son propre royaume. A cette occasion, ou plutôt, par une conséquence nécessaire de leur abominable superstition, leurs élus doivent recevoir une sorte d'eucharistie, sur laquelle on a préalablement répandu de la semence humaine, pour que de là, comme de leurs aliments, la substance divine se trouve délivrée. Les Manichéens affirment que jamais crime pareil n'a été commis parmi eux; ils en accusent je ne sais quels autres hérétiques auxquels ils donnent leur propre nom. Pourtant, tu le sais, au moment où tu étais diacre à Carthage, on les a convaincus dans une église de cette ville: car, après des poursuites dirigées contre eux par le tribun Ursus, préfet de la maison royale, quelques-uns d'entre eux y furent amenés. Alors une jeune fille, du nom de Marguerite, à peine âgée de douze ans, trahit leurs honteuses pratiques, et déclara qu'elle avait été violée pour l'accomplissement de leurs coupables mystères. On obtint assez facilement le même aveu d'une sorte de nonne Manichéenne, appelée Eusébie, qui avait souffert violence pour la même cause. De prime abord, elle avait soutenu qu'elle était vierge, et demandait à être visitée par une sage-femme: lorsqu'elle eut été examinée et qu'on sut à quoi s'en tenir sur son compte, elle fit connaître, comme Marguerite, qu'on avait interrogée à part et dont elle n'avait pu entendre la déposition, tous les détails des criminelles turpitudes des Manichéens: on faisait, disait-elle, coucher ensemble un homme et une femme, après avoir étendu sous eux de la farine destinée à recevoir de la semence humaine et à être mélangée avec elle. Les Actes épiscopaux que vous nous avez envoyés en font foi: tout récemment encore on trouva quelques Manichéens: conduits à l'église, ils y furent minutieusement interrogés, et découvrirent, non des mystères sacrés, mais d'exécrables secrets. L'un d'eux, nommé Viator, appelait Cathares ceux qui se rendaient coupables de pareils forfaits: il reconnaissait aussi, comme sectateurs de Manès, les Mattariens et surtout les Manichéens, avouant, toutefois malgré lui, qu'ils étaient tous les disciples du même maître, et de vrais Manichéens. Il est, en effet, certain et indubitable qu'ils ont tous, entre les mains, les livres manichéens où se trouve l'affreuse doctrine de la transformation des hommes en femmes, et des femmes en hommes, et dans lesquels on les excite à attirer et à détruire, par la concupiscence, les princes des ténèbres inhérents aux deux sexes, afin que la substance divine, jusqu'alors retenue captive en eux, soit délivrée et s'en éloigne : ils ont beau dire qu'on ne pratique point chez eux la doctrine contenue dans ces livres, toutes ces abominations en découlent comme de source. En agissant de la sorte, ils pensent imiter de leur mieux les vertus divines : par ce moyen, ils purifient cette portion de leur Dieu qui se trouve enfermée et toute souillée dans la semence humaine, comme dans tous les corps célestes et terrestres, et dans la semence de toutes choses. Ils doivent, par conséquent, la délivrer de la semence humaine en se nourrissant de celle-ci, comme ils la délivrent de toutes les autres semences contenues dans les aliments dont ils font usage. De là leur est venu le nom de Cathares ou purificateurs, car ils mettent à purifier la substance divine un tel soin, qu'ils ne reculent pas même devant l'infamie d'une pareille nourriture. Cependant ils ne mangent pas de viande, car, disent-ils, la substance divine est incompatible avec n'importe quel être mort ou tué, et le peu qu'il en reste dans ces corps, ne mérite pas d'être purifié dans l'estomac des élus. Les veufs n'entrent pas non plus dans leur alimentation, car le principe de la vie s'éteint en eux dès qu'on en brise l'enveloppe on ne peut se nourrir d'aucun corps mort, et ce qui vient de la chair est mort, à moins d'être mêlé à de la farine, parce que celle-ci lui conserve la vie. Les Manichéens ne se servent pas davantage de lait, quoiqu'on le suce ou qu'on le tire d'un corps animal vivant; non pas qu'à leurs yeux la substance divine ne s'y trouve point mêlée, mais parce que l'erreur ne se trouve pas toujours d'accord avec elle-même. Par la même anomalie, ils ne boivent pas de vin, parce que c'est le fiel du prince des ténèbres : ils mangent du raisin, et pourtant encore, ils n'usent pas même de vin doux, si nouveau qu'il soit. Suivant eux, les âmes des auditeurs retournent dans les élus, ou, par une plus heureuse coïncidence, dans les aliments des élus, en sorte qu'étant, là, bien purifiées, elles ne sont point obligées de transmigrer à nouveau dans un autre corps. Mais toutes les autres âmes repassent dans les troupeaux et dans tout ce qui tient par racines à la terre, et s'en nourrit. Les herbes et les arbres vivent de telle façon qu'ils en ont le sentiment et qu'ils gémissent quand on les blesse: aussi, les Manichéens éprouvent-ils une sorte de torture, dès qu'ils voient cueillir une herbe ou couper un arbre en conséquence, il n'est point permis, chez eux, même de défricher un champ; on doit, ô folie ! regarder comme entaché d'homicide, l'art le plus innocent de tous, l'agriculture, et, s'il est permis aux auditeurs de cultiver la terre, c'est uniquement parce qu'ils trouvent, dans la culture des champs, le moyen de fournir des aliments aux élus, et que la substance divine, contenue dans ces aliments pour y être purifiée, demande grâce pour eux, lorsqu'elle est dégagée dans l'estomac des élus. C'est pourquoi ceux-ci ne travaillent jamais dans la campagne, rie cueillent pas de fruits, n'arrachent pas même une feuille, et attendent que les auditeurs leur apportent les différentes récoltes destinées à leur usage : ainsi, ils vivent d'une foule d'homicides, commis par les autres, imaginés par leur folle vanité. Si les auditeurs se nourrissent de viande, recommandation expresse leur est faite de ne pas tuer eux-mêmes les animaux dont elle provient, dans la crainte d'offenser les princes des ténèbres retenus captifs dans les régions célestes, car toute chair a été créée par eux. S'ils usent du mariage, ils doivent soigneusement éviter de concevoir et d'engendrer, de peur que la substance divine, introduite en eux par les aliments, ne se trouve enchaînée par des liens charnels dans leurs enfants. Ils se figurent, en effet, que toute chair reçoit une âme par l'intermédiaire de la nourriture et de la boisson : aussi parmi eux condamne-t-on positivement les noces, et les empêche-t-on le plus possible, puisqu'on ordonne d'éviter la génération, qui est cependant la fin légitime de l'union conjugale. A leur sens, Adam et Eve ont eu pour parents les princes de la fumée : leur naissance remonte à l'époque, où, après avoir dévoré tous les enfants de ses compagnons et absorbé ainsi la portion de substance divine qu'ils contenaient, Saclas, leur père, connut sa femme, et rendit de nouveau captive cette portion de divine substance en l'enfermant dans la chair de sa propre race, comme dans une étroite prison. Le Christ a existé: c'était le serpent de l'Ecriture, qui ouvrit les yeux de l'intelligence à nos premiers parents, et leur fit connaître le bien et le mal. Le Christ est revenu sur la terre en ces derniers temps pour sauver les âmes et non les corps : il n'a point réellement pris une chair mortelle, il ne s'est incarné qu'en apparence, et s'est ainsi joué des sens de l'homme. Il a paru mourir et ressusciter, et, dans sa mort comme dans sa résurrection, il n'y a eu que de l'illusion. Le Dieu qui a donné sa loi par le ministère de Moïse, qui a parlé par les Prophètes juifs, n'était pas le vrai Dieu, c'était un prince des ténèbres. Les Manichéens altèrent aussi les livres du Nouveau Testament, de manière à y prendre ce qui leur plaît, et à en rejeter ce qui ne leur convient pas: pour s'y autoriser, ils prétendent que le texte en a été précédemment corrompu ; ils leur préfèrent des écritures apocryphes, qui, à les en croire, renferment toute la vérité. La promesse du Saint-Esprit, faite par Notre-Seigneur Jésus-Christ, s'est accomplie en la personne de Manichée, leur maître: de là vient que, dans toutes ses lettres, il prend le titre d'apôtre de Jésus-Christ, parce que le Sauveur avait promis de l'envoyer et lui avait donné l'Esprit-Saint. Voilà aussi pourquoi Manichée se choisit douze disciples à l'exemple de Notre-Seigneur. Le nombre douze est encore aujourd'hui respecté et conservé par ses sectateurs. Chez eux on choisit, d'entre les élus, douze hommes auxquels on donne le nom de maîtres, et à la tête desquels on en place un treizième en qualité de chef: il y a aussi soixante-douze évêques, ordonnés par les maîtres, et des prêtres ordonnés par les évêques: les évêques ont leurs diacres; les autres membres de la secte portent seulement le nom d'élus mais ceux d'entre eux qui paraissent capables, on les envoie pour soutenir et développer l'erreur là où elle est déjà établie, pour la semer là où elle n'existe pas encore. Ils n'attribuent au baptême d'eau aucune efficacité pour le salut, et pensent ne devoir le conférer à aucun de ceux qu'ils entraînent dans leur hérésie. Pendant le jour, ils se tournent, pour prier, vers le soleil, n'importe où il en soit de sa course: pendant la nuit, leur visage se dirige du côté de la lune, si on la voit, et quand on ne l'aperçoit pas, du côté de l'aquilon, par où le soleil revient du lieu de son coucher à celui de son lever. Suivant leur doctrine, le péché ne vient pas du libre choix de la volonté de l'homme; c'est la substance du parti contraire qui le produit. Partant de là, que la substance du principe mauvais est mêlée à tous les hommes, ils disent que toute chair a été formée, non par Dieu, mais par le mauvais esprit, qui, émané du principe contraire, est coéternel à Dieu. Si nous ressentons en nous la concupiscence de la chair, source des luttes du corps contre l'esprit, cette infirmité n'est point en nous le résultat de la corruption de la nature en Adam; c'est une substance contraire, tellement adhérente à notre être, que, quand nous en sommes délivrés et purifiés, elle s'en sépare pour vivre elle-Même éternellement dans sa propre nature. Entre ces deux âmes, ou ces deux esprits, l'un bon, l'autre mauvais, se livre, dans chaque homme, un combat, lorsque la chair lutte contre l'esprit, et l'esprit contre la chair. Cette infirmité n'a jamais été et ne sera jamais guérie en nous, de la manière dont on l'enseigne dans l'Eglise catholique; mais, séparée de nous et enfermée pour toujours dans un certain autre monde comme dans une prison, cette substance du mal sera éternellement victorieuse quand seront arrivés la fin des temps et le bouleversement de l'univers. A ce monde viendront continuellement se joindre et s'attacher à la manière d'un vêtement ou d'un manteau, les âmes qui, malgré leur bonté naturelle, n'auraient pu néanmoins se purifier de leur contact avec la nature mauvaise.

 

«Les Manichéens», Des hérésies, chap. XLVI, par Augustin.

 

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17.08.2006

La naissance de Mani: carte du ciel (astrologie)

medium_Carte_du_ciel_Mani_NB.gifCarte du ciel de naissance de Mani, établie par Pierre Lassalle selon les principes de l'astrologie holistique, dans son livre Sur le sentier du Graal (Editions De Mortagne).

http://www.astrologieholistique.org/inities/cadre/ct_mani...

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15.08.2006

«Principes de la doctrine de Mani, Bouddha de Lumière»

Texte d'accompagnement du Catéchisme manichéen chinois (manuscrit), aussi intitulé «Principes de la doctrine de Mani, Bouddha de Lumière», lors de l'exposition: La Sérinde et la Route de la soie.

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Jusqu'à la fin du XIXème siècle, la religion de Mani (216-ca 277), babylonien élevé par son père dans la foi «baptiste» d'une secte judéo-chrétienne, n'était connue que par des sources indirectes, grecques, latines, syriaques, arabes et persanes, émanant de ses détracteurs qui le citaient pour combattre son hérésie.

L'archéologie procura un important corpus de textes, papyrus coptes de l'oasis du Fayoum en Moyenne Egypte, manuscrits de Turfan et de Dunhuang, en parthe, moyen perse, sogdien, ouïgour et chinois retrouvés en Sérinde, permettant une approche nouvelle du manichéisme fondée sur des sources premières, écrites par Mani ou ses adeptes.

Prophète, missionnaire et législateur, il avait tenu à rédiger les textes canoniques de sa doctrine — synthèse de concepts iraniens, chrétiens et bouddhiques — et à organiser son Église «de façon à ce qu'elle parvienne dans toutes les villes et que sa bonne nouvelle atteigne tout pays» (Keph. 154). Il visait l'Orient et l'Occident, et le manichéisme fut prêché à l'ouest jusqu'en Egypte, à Rome et en Afrique du Nord; à l'est, empruntant l'«Échelle des oasis», il gagna l'empire du Milieu.

En 731, l'empereur de Chine, Xuanzong (712-756), avait ordonné qu'on lui présentât un exposé de la doctrine avant d'autoriser, en 732, aux seuls étrangers, l'exercice de cette religion «perverse» qui était celle des Ouïgours.

De ce texte rédigé par un évêque manichéen, les six premiers articles ont été retrouvés à Dunhuang: le fragment de Paris, qui fait suite au manuscrit Stein de la British Library, ne comporte que les deux derniers.

Outre un résumé de la doctrine, où les concepts et les termes techniques sont traduits en chinois en empruntant le vocabulaire du bouddhisme, — pour mieux la faire comprendre et accepter —, il donne la liste des ouvrages canoniques de Mani, au nombre de sept textes et d'un «Dessin», la hiérarchie de l'Église, l'organisation des monastères et les règles de l'accès à la vie religieuse.

Dès 843, deux ans avant l'interdiction qui frappa le bouddhisme, le manichéisme fut proscrit en Chine: ses livres furent brûlés, ses monastères détruits et ses fidèles persécutés comme l'avaient été Mani et ses premiers disciples, en Perse, au IIIème siècle.

Les Ouïgours de l'Orkhon l'avaient adopté comme religion d'État au milieu du VIIIème siècle, ayant ramené du pillage de Luoyang, en 762, quatre religieux manichéens pour les instruire. Les Ouïgours occidentaux, établis dans l'oasis de Turfan, pratiqueront la religion de Mani, jusqu'au XIIIème siècle,et c'est là que furent trouvés les plus nombreux vestiges, fragmentaires, de leurs livres, dont certains étaient calligraphiés avec élégance et ornés de miniatures somptueuses. L'activité de copistes et d'enlumineurs des moines manichéens ne fait aucun doute: la première salle du monastère, d'après le document exposé, est une bibliothèque et un fragment de Berlin (MIK III 6368) représente des religieux s'adonnant à la copie. Ils étaient en cela les fidèles continuateurs de leur prophète, lui même calligraphe et peintre reconnu malgré son hérésie, et qui, au titre des ouvrages canoniques, avait composé un «Dessin», ou un «Album de dessins» visualisant ses «deux grands principes» à des fins de catéchèse.

 

M. C.   (source: La Sérinde et la Route de la soie (RMN), p. 80-81).

 

BIBLIOGRAPHIE: CHAVANNES & PELLIOT 1911-1913; TARDIEU 1981; TAIAHOD 1990.

EXPOSITION  1979 PARIS, n° 121.

 

Illustration: Moni Guangfo jiaofa yiluë

Dunhuang, VIIIème siècle, milieu; Manuscrit, encre sur papier; H. 26,2 cm ; L. 51,7 cm; Mission Pelliot, 1906-1909, Qianfodong; Paris, Bibliothèque nationale de France; Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 3884

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14.08.2006

Manicheisme et spiritualité

Entretien avec Richard Lemonnier, philosophe, pour le numéro 0 de la revue Alternatives (1996).

Nota: Cet entretien n'a jamais été publié, la revue n'ayant finalement pas vu le jour, faute de moyens financiers. Cet article a pour moi une valeur particulière: c'était la première fois que je communiquais le fruit de mes réflexions en dehors d'un cercle de proches. Tous les thèmes et formulations qui prendront corps plus tard dans mon livre Mani, Christ d'Orient, Bouddha d'Occident (2002) étaient déjà là! Je ne renie donc aucun de mes propos de l'époque. Même la forme, parfois abrupte et sauvage, était plus proche de mon état d'esprit du moment, moins policé, plus direct... Le texte d'origine a donc été conservé tel quel, j'ai juste corrigé les fautes de frappe et d'orthographe.

 
Francois FAVRE 



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04.08.2006

Dieu meurtrier

Tuer n'est pas une invention de l'homme, mais du démiurge qui a créé la nature.

 

François FAVRE 

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Relativité de la Vérité

Si la Gnose est éternelle, sa manifestation dans le temps varie en fonction du lieu et des circonstances. Le monde change sans cesse ; il passe par des stades de développement différents, dont les travailleurs au service du Logos, de la Lumière, doivent nécessairement tenir compte. Ce message doit être actuel, dynamique, libérateur, et pratique dans chaque ère où il se révèle. Car dans le monde de la mort, tout message ancien est altéré, tronqué, atrophié, et par conséquent rendu inefficace ou impossible à utiliser. C’est pourquoi à chaque époque, chaque Envoyé de la Lumière, doit à nouveau, libérer un enseignement et une méthode, en se fondant sur une connaissance de première main, puisée directement au champ de l’Esprit Universel. Si les visions contradictoires des gnostiques à travers le temps nous troublent, et que notre première réaction soit de tenter d'éliminer le dérangement qu'elles provoquent en nous, il nous faut faire un effort supplémentaire pour nous hisser jusqu'à l'intention cachée derrière les mots et les images, et faire nôtre une vision du monde absolument différente. Nous découvrirons alors le sens vrai de ces paroles du Christ: «La Vérité unique absolue est en Dieu seul; car nul homme, ni aucun groupe d'hommes ne connaît ce que Dieu seul connaît, Celui qui est tout en tous. La Vérité se manifeste aux hommes selon leur faculté de la comprendre et de l'accueillir. La Vérité a de nombreuses facettes et l'un n'en voit qu'une seule petite face, un autre en voit l'autre face, et l'un voit davantage que l'autre, selon ce qui leur est donné. Pour chacun [...] la Vérité est telle qu'il la voit, selon sa propre pensée, et jusqu'à ce qu'une vérité supérieure lui soit révélée au moment voulu (fragment du 90ème chapitre de l'Evangile des Douze).»

 

Voir: http://mani.blogspirit.com/archive/2006/03/08/dits-de-jes...

 

François FAVRE 


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Manichéisme et hermétisme

Longtemps, dans les milieux de la recherche spirituelle et universitaire, on se demanda si et jusqu’à quel point, le manichéisme et l’hermétisme étaient en contradiction. Hermès a présenté l’unité absolue de la vie, et le temps et l’espace comme un incident qui peut être résorbé facilement. Mani a insisté sur l’opposition et la lutte entre la lumière et les ténèbres, telle qu’il la voyait à l’œuvre dans l’univers. Pourtant, comme le souligne Jan Van Rijckenborgh dans ses commentaires du Corpus Hermeticum, «Manichéens et hermétistes sont frères de la même souche… L’Hermétisme formule la clarté philosophique. Le manichéisme évoque une réalité révolutionnaire, l’adieu positif conscient à la nature inférieure. Aussi le manichéisme eut-il, à son époque, par cette façon de voir, une grande emprise sur les hommes. C’est pourquoi il fut tellement redouté et haï de l’adversaire, et persécuté plus mortellement encore que le catharisme. Les ennemis des cathares les firent périr par le bûcher et d’inanition. Les frères et sœurs manichéens furent mutilés et martyrisés de façon atroce, inimaginable. Nous savons que le catharisme, bien que se plaçant philosophiquement sur un terrain plus hermétique, était orienté vers le même but que celui poursuivi par les frères et sœurs manichéens. Parce que le but était semblable, on accusa les cathares d’être manichéens, dans l’intention préconçue de les poursuivre et de les exterminer de la même manière. Ce que la Gnose actuelle doit à ces deux Fraternités est inexprimable.» A certains moments dans l’histoire de l’humanité, il est nécessaire de mettre l’accent sur la malignité de la nature dans son apparence actuelle pour faire ressortir d’autant plus nettement, devant la conscience, la lumineuse patrie de l’humanité. Mais à d’autres, il est tout aussi nécessaire de diriger directement l’attention du chercheur sur le principe de l’Unité pour dégager la conscience de l’emprise de la matière. Nous comprenons ainsi que les mythes et les cosmogonies souvent contradictoires, utilisées par les Gnostiques de tous les temps pour transmettre leur vision du monde, n'ont pas de valeur absolue et relèvent d'une approche stratégique visant au changement (changement 2 selon la terminologie de l'Ecole de Palo Alto). Un récit symbolique ne prétend pas à la Vérité. Même s'il «dit la Vérité», il n'est qu'une représentation imagée, un modèle du monde, un moyen de toucher la raison et le coeur de l'homme pour le pousser à un nouveau comportement, libérateur (seuls les actes sont libérateurs). C'est pourquoi nous devons apprendre à lire les textes sacrés et les grands mythes de l'humanité comme s'ils n'avaient été écrits que pour nous-mêmes.

 
François FAVRE 

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02.08.2006

A propos du roman de Barlaam (Michel Tardieu)

Article

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Barlaam et Josaphat

Articles sur le roman de Barlaam et Josaphat, version christianisée de la légende du Bouddha parvenue en Occident au Moyen Age par l'intermédiaire des scribes manichéens et des auteurs arabes (chiites ismaéliens).

http://wusong.free.fr/biblio/voidasi0/josaphat.htm

http://wusong.free.fr/biblio/voidasi0/josapha2.htm 

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27.07.2006

Le Chant de la Perle: interprétation

Site Gnose et science. Note en trois parties (part1;part2;part3) concernant le récit du Chant de la Perle et son interprétation. 


 

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26.07.2006

Le paradoxe de l'unité et de la dualité (I)

Parler de Mani et du manichéisme relève de nos jours de l’héroïsme au regard des traces laissées par  les détracteurs de Mani dans la mémoire des hommes. Nous n’ignorons pas que, lorsqu’on veut attaquer quelqu’un, lorsqu’on veut faire ressortir le caractère primaire de sa philosophie, de sa pensée, de ses conceptions, on le traite de manichéen. Pourtant, ce que Mani apporta, ce que le manichéisme transmit, est exactement à l’opposé. Mani démontra l’unité de toutes les Gnoses. Il enseignait aux chrétiens le sens profond du christianisme universel, expliquait aux mages d’Iran le message d’Aoura-Mazda, montrait aux bouddhistes le chemin de l’illumination qu’avait indiqué le Bouddha. L’Église de Lumière, qu’il avait fondée pour transmettre les mystères de l’Homme Parfait, illumina des millions d’âmes pendant plus de mille ans.

Une telle clarté, une telle lumière évidemment suscite l’adversité, la jalousie, et ce sont les hommes religieux et politiques qui, ne comprenant pas ses paroles d’éveil, tentèrent de détruire la pensée lumineuse de Mani, pour en donner l’image que nous en avons gardée, celle d’un dualisme primaire.

Pourquoi le manichéisme, si profondément humaniste, religieux et universel, fut-il persécuté inlassablement par tous les empires et toutes les religions?

Quelles barrières sacrées Mani avait-il bousculées? Quels interdits avait-il transgressés? Pourquoi un tel acharnement, comme le demandait Amin Maalouf, dans son roman Les Jardins de Lumière, consacré au prophète iranien?

Si nous voulons comprendre pourquoi le manichéisme fut, selon les spécialistes, la religion la plus persécutée de l’histoire, nous devons, rejetant toute illusion occulte ou religieuse, approfondir l’essence du dualisme absolu, caractéristique de la pensée de Mani.

Dans son enseignement, Mani pose le principe de l’existence de deux ordres de nature opposés et irréconciliables: l’ordre de la Lumière et l’ordre des Ténèbres. Pour échapper à l’emprise de l’ordre des Ténèbres, l’élève manichéen doit entreprendre la reconstruction de l’Homme de Lumière par un processus en trois phases, en trois temps. Cette « Doctrine des deux Principes et des Trois Temps », que Mani résuma sous la forme d’un mythe, est le fruit d’une vision intérieure, d’une Révélation.

Mani était, au sens véritable du terme, un visionnaire. Son savoir était fondé sur la Révélation, et ce qu’il avait découvert, il le transmit plutôt par des images et des symboles que par des concepts. C’est à partir de cette connaissance de première main que Mani renouvela les visions de Dieu, du monde, de l’homme, héritées des systèmes gnostiques qui l’avaient précédé.

Selon les gnostiques, il existe deux types de vision du monde. Contrairement à l’idée commune, ce n’est pas l’œil qui voit, mais la conscience. L’œil est  le miroir de l’âme, et la nature de la conscience qui nous anime détermine notre image du monde, notre perception des événements, notre sensibilité et nos idéologies. C’est pourquoi il peut être dit, comme l’affirment les anciens sages de l’Inde, que le monde est dans l’âme, et que toute connaissance est structurée dans la conscience. Nous parlerons de la première vision comme d’une vision à cinq sens, et de la seconde comme d’une vision à sept sens. Si la première nous est bien connue puisqu’elle nous permet d’appréhender le monde, la seconde demeure, pour nous, de l’ordre du mystère.

Toujours selon les gnostiques – la science spirituelle indienne l’atteste clairement – il existe, en dehors des cinq sens connus par la science officielle, deux sens latents, dont l’activité est étroitement liée aux fonctions « cachées » de deux glandes à sécrétion interne, l’hypophyse et la pinéale et à celle des chakras correspondants. Les anciens appelaient ces deux nouveaux pouvoirs de la conscience, permettant la découverte de « la moitié pure et inconnue du monde », Intuition et Connaissance, ou encore Entendement et Vision.

Celui pour qui s’ouvre la vision intérieure, qui éprouve corporellement la réalité de l’autre monde, qui n’est pas l’au-delà, ne voit plus seulement le monde tridimensionnel, mais un monde quadridimensionnel, un monde dans lequel les sept sens participent de cette vision. 

Cette différence de vision, et les conséquences qu’elle implique, fut, tout au long de l’histoire de l’humanité, la raison profonde de l’opposition aux gnostiques, qui mirent en évidence l’imperfection, l’impermanence et l’inachèvement de notre nature, et dévoilèrent l’existence d’un autre champ de vie, inconnu des hommes. Là où l’homme ordinaire ne voit qu’une création, l’Homme éveillé, le Gn