10.09.2007
Les débuts du christianisme (documentaire)
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http://www.dailymotion.com/video/xtqxj_mythes-de-lhumanit...
http://www.dailymotion.com/video/xv5sm_mythe-de-lhumanite...
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François FAVRE
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16.07.2007
Gnose et manichéisme : nouvelles découvertes
Le grand public connaît les manuscrits de la mer Morte, découverts dans le désert de Judée à la fin des années 40 et au début des années 50. Datant du tournant de notre ère, ces manuscrits hébreux ou araméens, qui ont fait récemment l’objet d’une exposition au musée de la Pointe-à-Callière à Montréal, nous procurent une documentation neuve sur le judaïsme palestinien au temps de Jésus. On ignore toutefois souvent que la vallée du Nil, l’antique terre des pharaons, a livré au cours du XXe siècle des trésors d’une richesse inestimable, qui renouvellent de fond en comble notre connaissance des commencements et de la formation du christianisme. En effet, le début du siècle a été marqué par la découverte, entre 1897 et 1907, dans les dépotoirs de l’ancienne cité d’Oxyrhynque sur la rive occidentale du Nil, d’environ 50 000 fragments de papyrus allant de livres complets à des bouts de factures en passant par des pièces de correspondance privée et des fragments d’évangiles connus ou inconnus.
Puis, en 1929, on découvrit à Médinet Mâdi, à 30 km au sud-ouest de l’oasis du Fayyûm, une importante collection de codices de papyrus, non pas des rouleaux, mais des livres reliés comme les nôtres, contenant des textes manichéens inconnus, en langue copte (langue commune de l’Égypte à la fin de l’Antiquité) et datant du IVe siècle : Lettres de Mani, Kephalaia ou chapitres à lui attribués, Synaxeis ou commentaires d’un écrit de Mani, l’Évangile vivant de Mani, des Homélies et des Psaumes.
En 1945, près de la ville de Nag Hammadi, à environ 129 km au nord de Louxor, c’est une importante collection de manuscrits chrétiens, également en langue copte, que l’on découvrit treize codices reliés de cuir, totalisant 1284 pages et renfermant 54 écrits, inconnus dans leur très grande majorité, dont le fameux Évangile selon Thomas. Datant du IVe siècle, ces manuscrits sont des traductions d’originaux grecs perdus dont la plupart ont pu être rédigés au IIe, voire au Ier siècle. Enfin, depuis leur début en 1977 dans l’oasis de Dahlah (l’ancienne Kellis), dans le désert égyptien occidental, les fouilles archéologiques y ont mis au jour d’importantes collections de documents chrétiens et manichéens permettant de mieux connaître la situation religieuse en Égypte au IVe siècle, période au cours de laquelle le christianisme s’est imposé comme religion dominante dans le bassin méditerranéen.
L’importance de ces découvertes archéologiques tient au fait que notre connaissance des commencements du christianisme et de sa formation repose presque uniquement sur la documentation littéraire qui nous en a été transmise. Or cette transmission a été sélective et une grande partie de cette documentation, surtout lorsqu’elle émanait de mouvements religieux ou de formes du christianisme qui disparurent par la suite, a été détruite par celles qui réussirent à s’imposer, ou se sont simplement perdues.
Pourtant, ces documents sont essentiels à la connaissance de notre histoire. Par exemple, les découvertes récentes nous procurent une documentation de première main sur l’extraordinaire figure que fut le prophète Mani (216-277) et sur la religion universelle dont il fut le fondateur. Originaire de la Mésopotamie, l’actuel Irak, son message se répandit rapidement dans tout le bassin méditerranéen vers l’ouest et jusqu’en Chine vers l’est. Saint Augustin, avant sa conversion au catholicisme, fut longtemps un auditeur manichéen, et la doctrine de Mani eut une influence considérable sur le développement de sa pensée, qui exerça à son tour une influence majeure sur le développement du christianisme et de la culture occidentale. De même, les textes de Nag Hammadi nous révèlent un courant de pensée que les chercheurs modernes appellent le gnosticisme, et qui exerça une influence considérable sur la formation du christianisme aux IIe et IIIe siècles. Parmi les textes que nous livre cette collection se trouve le fameux Évangile selon Thomas, fascinante collection de paroles attribuées à Jésus, parfois qualifiée de «cinquième évangile».
Ces manuscrits font partie du trésor spirituel de l’humanité. Ils constituent un formidable patrimoine oublié, que l’aridité du climat égyptien a miraculeusement préservé pour nous. C’est pour cette raison que l’UNESCO, en collaboration avec le Service des antiquités de la République arabe d’Égypte, a patronné une édition photographique des codices de Nag Hammadi.
Il incombe aux savants de rendre à nouveau ces textes accessibles. La restauration de ces manuscrits parfois très mal préservés, leur analyse, leur édition et leur traduction dans des langues modernes exigent toutefois un travail long et ardu qui requiert la collaboration de diverses spécialités.
C’est à ce vaste effort international que collaborent la Faculté de théologie et de sciences religieuses et l’Institut d’études anciennes de l’Université Laval, à travers les chercheurs membres du Groupe de recherche sur le christianisme et l’Antiquité tardive (GRECAT) et leurs collaborateurs. En effet, une équipe de chercheurs y a entrepris, dans les années 70, l’édition critique et la traduction française des textes de Nag Hammadi en collaboration avec un réseau international de spécialistes. Trente volumes ont été publiés depuis lors dans la section «Textes» de la collection Bibliothèque copte de Nag Hammadi, sans compter les volumes de la section «Études» et les concordances informatisées de ces textes, un outil de travail mis au point à l’Université Laval et devenu indispensable aux spécialistes du monde entier. Plus récemment, au cours des années 90, un des chercheurs membres de notre équipe s’est vu confier la publication des manuscrits manichéens de Médinet Mâdi conservés dans les musées de Berlin, qui avait été interrompue par la Seconde Guerre mondiale. Ce même chercheur collabore à la publication des manuscrits de Dahlah.
D’autres projets sont en cours, qui visent à éditer et traduire en français des textes peu connus et essentiels à notre connaissance des commencements du christianisme, par exemple la plus importante réfutation du manichéisme qui nous soit parvenue, rédigée par Titus de Bostra vers 260. Ces recherches menées en copte, en syriaque et en grec attirent à l’Université Laval des jeunes chercheurs passionnés qui peuvent ainsi se joindre à un effort scientifique dont les retombées renouvellent complètement notre connaissance des commencements et de la formation du christianisme. Les dons privés constituent une contribution financière essentielle à ces recherches hautement spécialisées dont la poursuite requiert un temps considérable et un engagement à long terme des chercheurs.
Pour en savoir plus, on peut consulter le site Internet de la Bibliothèque copte de Nag Hammadi à l’adresse suivante : http://www.ftsr.ulaval.ca/bcnh/
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02.07.2007
Dualisme
En philosophie, on désigne ainsi toute doctrine qui conclut à l'existence simultanée, dans un certain domaine ou universellement, de deux principes irréductibles l'un à l'autre.
L'effort de réduction du divers à l'unité aboutit souvent à distinguer deux principes différents ou opposés, nécessaires l'un et l'autre par leur association ou leur antagonisme à l'explication du monde ou de l'homme dans le monde. Le mazdéisme dans l'ancienne Perse et plus tard le manichéisme opposent le principe du bien et le principe du mal comme tous deux créateurs d'un aspect de l'Univers, où leur lutte est perpétuelle. Le dualisme se retrouve à tous les étages de la culture: en métaphysique, entre l'esprit et la matière; dans la théorie de la connaissance, entre le sujet et l'objet, la nécessité et la contingence; dans la vie religieuse, entre la nature et la grâce; en psychologie, entre l'âme et le corps, l'entendement et la volonté, la sensibilité et la raison, ou, pour prendre un exemple plus moderne, emprunté à Freud, entre le principe de plaisir et le principe de réalité.
Tout dualisme laisse un malaise, l'esprit étant avide d'unité. Il lui incombe de montrer comment les deux principes entrent en rapport, se combinent ou se combattent, ce qui est difficile à concevoir, dès lors qu'on les a définis comme disparates et hétérogènes. L'exemple cartésien est particulièrement éclairant. Descartes commence par séparer absolument l'âme et le corps, le cogito nous offrant la certitude absolue de notre existence en tant que «substance pensante», alors que le corps reste dans le cercle du doute, en d'autres termes: le «je pense» est une évidence, l'existence de mon corps n'est qu'une conviction. Le domaine de l'âme est celui de la volonté et de la liberté, celui du corps un pur mécanisme. Mais la perception, l'imagination, les passions, tout comme l'effort volontaire s'imposant aux muscles, ne relèvent exclusivement ni de l'âme ni du corps. Aussi Descartes en vient-il à considérer l'union de l'âme et du corps comme une troisième substance, ce qui paraît peu satisfaisant.
Au dualisme (ou au pluralisme) s'oppose le monisme matérialiste ou idéaliste, qui s'efforce de ramener l'ensemble des êtres à l'unité d'une substance ou d'un principe. Mais il rencontre la difficulté opposée, car il doit rendre compte de la riche diversité des êtres, de leurs oppositions et de leurs luttes, sous peine de retomber dans l'immobilité figée de la sphère de Parménide, hors de tout mouvement et de toute vie. On peut aussi penser que, dans leur rigidité, dualismes ou monismes sont plutôt des catégories de pensée qui permettent à l'esprit soit de dialectiser le réel, soit de rechercher l'unité cachée sous les apparences, mais que la réalité les dépasse infiniment par sa complexité, qu'il convient d'explorer sans préjugés.
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Gnosticisme
Le gnosticisme est une doctrine religieuse dont les partisans prétendaient avoir une connaissance entière et secrète de Dieu. Ses origines sont encore très mal connues. Il semble qu'on puisse parler d'une lointaine gnose irano-babylonienne. Mais le foyer principal du gnosticisme fut Alexandrie, au début du IIe siècle ap. J. C.
Doctrine réservée aux initiés
Le gnosticisme se rattache au mouvement général de syncrétisme qui voulait fondre ensemble les divers systèmes philosophiques ou religieux du paganisme. Doctrine de «délivrance» par la connaissance, donc réservée aux seuls initiés, le gnosticisme s'apparente aux «mystères» secrets des Grecs ou des Orientaux. Le monde spirituel émane d'un principe premier de Dieu, par l'intermédiaire d'êtres abstraits, les éons, mot grec qui signifie temps. Quant à la matière, comme chez les philosophes grecs, elle demeure inintelligible, inexplicable: c'est un scandale pour la pensée. Elle provient soit d'une erreur, soit d'une chute du dernier éon spirituel. Elle est donc essentiellement mauvaise, comme le prétendront ensuite les manichéens. Une rédemption, avec retour au principe premier, rétablira l'harmonie. Les gnostiques et leurs disciples sont sauvés de droit. Ces thèses restent essentiellement distinctes du christianisme, où la révélation n'est pas l'apanage de quelques-uns, mais s'offre à tous, où le salut ne consiste pas dans la seule connaissance, mais dans l'effort moral sous l'impulsion de l'amour.
Un nombre important de textes gnostiques, écrits en copte, a été découvert en 1945 à Nag Hamadi, en Haute-Égypte, notamment de précieux «évangiles», vraisemblablement apocryphes. En fait, la doctrine est surtout connue indirectement par les écrivains chrétiens qui l'ont réfutée: en Occident, Saint Irénée, Saint Hippolyte, Tertullien; en Orient, Clément d'Alexandrie, Origène, Eusèbe de Césarée, Saint Épiphane (315 - 403), Théodoret de Cyr (393 - 460).
Les groupes gnostiques
Le groupe primitif ou palestinien comprend tout d'abord les disciples de Simon le Magicien. L'école se partage rapidement en sectes diverses (gorthéens - disciples de Gorthée -, masbothéens juifs et chrétiens, adrianistes, ménandristes, eutychiens - disciples d'Eutychès -, cléobiens - disciples de Cléobius -, dosithéens - disciples de Dosithée). Les disciples de Cérinthe (cérinthiens) étaient des judéo-chrétiens qui niaient la divinité de Jésus et attendaient un royaume terrestre du Christ. Ceux de Nicolas (nicolaïtes) accordaient un rôle important à une Mère céleste, créatrice du démiurge; ils passaient pour dépravés.
Le groupe syriaque comprend Satornil d'Antioche (début du IIe siècle), dualiste et élève de Ménandre; Bardesane d'Édesse (154-222), dont la doctrine fera école, conserve toujours le respect extérieur des textes bibliques, mais les interprète très librement. Il semble avoir été dualiste et avoir accordé aux astres une grande influence sur la destinée humaine.
Le groupe égyptien offre des doctrines plus variées et plus ambitieuses; il trouve en effet à Alexandrie un milieu favorable, de culture philosophique plus profonde qu'en Syrie, et une liberté d'enseignement beaucoup plus grande.
Basilide fonde la première école strictement gnostique, qui ne dure guère que jusqu'au IIe siècle. Pour lui, le Dieu sans nom et éternel s'est manifesté par 57 déploiements, formant ainsi 365 séries d'êtres qui correspondent à autant de cieux, dont le nôtre est le dernier. La corruption des anges créateurs de notre univers a nécessité l'envoi d'un rédempteur. La rédemption n'intéresse que l'âme: les actes où le corps est engagé sont indifférents, ce qui a pour conséquence le rejet de toute morale.
Valentin (2e moitié du IIe siècle) enseigne à Rome et, après lui, son école se divise en une secte italienne (Ptolémée, Héracléon, Florinus) et une secte orientale (Théodote, Marc).
Carpocrate enseigne une gnose plus simple, fortement influencée par la philosophie platonicienne; son fils Épiphane accentue ce caractère et recommande la communauté des biens et des femmes. Les carpocratiens se distinguent très vite par leur immoralité. Le groupe asiatique, qui essaime dans les îles, en Égypte, en Perse et en Italie, tente de se rapprocher du christianisme. C'est, en fait, une épuration de celui-ci: Cerdon, fondateur du mouvement, rejette les dogmes de l'Incarnation, de la Résurrection, de l'union de l'âme et du corps. Marcion, puis Marcus, Apelle et Lucien sont ses principaux disciples.
Les gnostiques prennent une place à part dans l'histoire de la pensée. Très libres avec les textes sacrés, suivant leur imagination et non leur raison, ils ne furent ni des philosophes ni des prêtres d'une religion particulière. Ils n'en ont pas moins eu, à leur époque, une grande influence, si on en juge par l'opposition que les Églises durent leur faire. Cette influence ne dura pas, du fait de l'instabilité même de leurs doctrines.
Se rattache plus largement encore à la gnose toute la littérature hermétique, qui, pour être généralement plus tardive en Égypte qu'on ne l'a cru, n'en a pas moins dû avoir, en ce pays, des origines antérieures au christianisme. De même, la religion mandéenne, que la tradition rattache à saint Jean Baptiste, n'est guère qu'une gnose. L'apparentement, maintenant connu, du manichéisme au mandéisme montre l'influence gnostique sur la formation de la religion de Manès.
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01.10.2006
L'essence du christianisme
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03.09.2006
Evangile de Marie
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Evangile de Pierre
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Evangile de Philippe
Texte de Nag Hammadi en traduction française (site Infologisme)
Source: http://www.infologisme.com/art/EvangilePhilippe.html
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Evangile de Thomas
Article de synthèse par un non spécialiste sur la découverte des textes de Nag Hammadi (http://www.infologisme.com). Plusieurs textes sont téléchargeables dont l'Evangile de Thomas, le plus célèbre.
Source: http://www.infologisme.com/fr/article.php?AIndex=50
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01.09.2006
Les mystères gnostiques
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27.08.2006
Philosophumena
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Evangile de Judas
Texte intégral et commentaire en français. Disponible à l'achat.
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15.08.2006
Les gnostiques, «fils du Serpent»
Les Ophites, les Naassènes, mais aussi les Pérates, étaient, comme leur nom l’indique, des «adorateurs du serpent». Le serpent (naas en hébreu, ophis en grec), déjà présent dans la mythologie des anciens cultes à mystères et des religions païennes, a été identifié par les auteurs gnostiques au Lucifer-Satan de la Genèse, dont ils inverseront la fonction: il est alors considéré comme un messager du Dieu de Lumière, ou même comme ce dernier lui-même, comme le Logos.
Dans le cadre des cosmogonies gnostiques, c’est Jehovah, c’est-à-dire le Démiurge, le faux Dieu, qui a emprisonné Adam et Eve dans un monde d’illusions, et c’est Lucifer (parfois Jésus, comme chez les Manichéens), qui vient les délivrer, en leur apportant la «science du Bien et du Mal», la gnose salvatrice, divinisatrice, et rédemptrice. «Nous vénérons le Serpent, disaient les Ophites, parce que Dieu l’a fait cause de la Gnose pour l’humanité. Iadalbaôth [le Démiurge] ne voulait point que les hommes aient souvenir de la Mère ni du Père d’en haut [la monade microcosmique double]. C’est le Serpent qui les persuada et qui apporta la Gnose; il apprit à l’homme et à la femme la complète connaissance des mystères d’en haut.»
«Personne, affirmeront encore les Pérates, ne peut être sauvé ni monter (au ciel) sans le Fils qui n’est autre que le Serpent. [...] Ainsi le Serpent attire hors de ce monde, à l’exclusion de toute autre, la race parfaite formée à l’image (du Père, le Dieu bon) et de même essence (que lui), qui avait été envoyée par lui ici-bas. En preuve de cette doctrine, les Pérates donnent l’anatomie du cerveau. Le cerveau lui-même, pour eux, est l’image du Père, parce qu’il est immobile; le cervelet est l’image du Fils, parce qu’il se meut et à la forme d’un dragon; il attire à lui, d’une façon ineffable et mystérieuse, à travers la glande pinéale, la substance spirituelle, créatrice de la vie, qui découle du crâne; comme le Fils, le cervelet reçoit cette substance, et d’une manière ineffable, fait part des formes à la Matière; c’est-à-dire que les germes et les espèces des êtres engendrés selon la chair le traversent pour s’écouler dans la moelle du dos. Les Pérates trouvent ingénieux d’introduire furtivement, par cette comparaison, leurs mystères secrets, transmis sans paroles**.»
Les Séthiens distinguent encore deux Serpents, un mauvais et un bon. Le mauvais, qualifié de vent de ténèbres, c’est le Démiurge; le bon Serpent, c’est le Sauveur, le Verbe parfait de la lumière d’en haut. Il n’a revêtu la forme maudite du serpent que pour défaire l’œuvre du Démiurge; celui-ci a emprisonné dans un corps, pour en faire le noûs de l’homme, les éléments du monde supérieur; le Sauveur vient pour délivrer de ses liens le noûs captif et le ramener au ciel.
Les Manichéens eux-mêmes, selon le témoignage d’Augustin, revendiquaient le titre de «fils du Serpent», voyant en lui la source de toute connaissance: «Et pourquoi dites-vous que le serpent est votre père? Oubliez-vous donc que c’est coutume parmi vous d’outrager Dieu, à cause du commandement qu’il fit à l’homme dans le Paradis, et de décerner des louanges au serpent pour lui avoir ouvert les yeux par ses conseils? C’est plutôt à vous, je crois, à reconnaître pour votre père ce serpent qui n’est autre que le diable, et que vous louez si fort. Lui, malgré les injures que vous venez de lui prodiguer, il vous reconnaît pour son fils***.»
Ces nouvelles données confirment une fois encore notre hypothèse selon laquelle la «physiologie de l’homme de lumière» (anatomie occulte) et l’alchimie spirituelle (relative à l’éveil de la Kundalini) expliquent, sur la base d’une «exégèse selon l’âme», les mythes et les cosmologies gnostiques.
François FAVRE (source: note n° 16 , Mani, Christ d'Orient, Bouddha d'Occident, p. 535).
*Les auteurs ismaéliens d’Asie centrale n’agiront pas autrement en identifiant nommément le cerveau avec la «mer de blancheur»; une expression coranique comme le «lotus de la limite» ne désigne pas autre chose que le chakra coronal qui coiffe le sommet du crâne.
**Hyppolite de Rome, Philosophumena, livre V, Arché Milano, 1988, p. 181-182.
*** Saint Augustin, Contra Faustum, Livre I, chap. III.
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Sur les Naassènes
Citation: La connaissance de l'homme est le commencement de la perfection; la connaissance de Dieu en est l'achévement.
Les Naassènes (source: Hyppolite de Rome: Philosophumena)
Ce texte d'importance capitale corrobore notre hypothèse selon laquelle les mythes gnostiques pour être compris doivent être intériorisés et rapportés à la physiologie occulte de l'homme, ce que l'on peut nommer: la «physiologie de l’homme de lumière».
Ce qu'ils [les Naassènes] adorent n'est autre que le naas, d'où leur nom de Naassènes. Naas signifie serpent. C'est de ce mot naas, d'après l'auteur Naassène, que tirent leur nom tous les (temples) qui sont sous le ciel. C'est à ce seul naas que sont consacrés tous les objets servant au culte, toutes les cérémonies initiatiques, tous les mystères; impossible de trouver sous le ciel un seul rite qui n'ait un (temple), et dans ce temple le naas, d'où lui vient son nom [de ...]. A la suite de Thalès de Milet, les Naassénes enseignent que ce serpent est l'élément humide; sans lui, absolument aucun être ne peut se constituer, qu'il soit immortel ou mortel, animé ou inanimé. Tout est soumis à sa puissance; il est bon; tout est contenu en lui comme dans la corne d'un taureau à une seule corne (cf. Deut., XXXIII, 17): aussi est-ce de lui que tous les êtres, chacun selon sa nature particulière, reçoivent la beauté et la grâce; il chemine, pour ainsi dire, à travers toutes choses, «comme sortant d'Éden et se divisant en quatre branches» (Cf. Genèse, II, 10-14). — Pour les Naassènes, Eden, c'est le cerveau; les cieux, ce sont les membranes dans lesquelles le cerveau est comme lié et comprimé; le paradis, c'est la tête de l'homme. — «Ce fleuve, au sortir d'Éden», — c'est-à-dire du cerveau, — «se divise en quatre branches. Le premier fleuve s'appelle le Phison; c'est lui qui entoure toute la terre d'Évilat, où l'on trouve l'or; et l'or de ce pays est excellent; c'est là aussi qu'on trouve l'escarboucle et l'émeraude.» — Il s'agit de l'oeil, comme en font foi le prix et les couleurs de ces pierres précieuses. — « Le deuxième fleuve est appelé le Géon; c'est lui qui entoure toute la terre d'Éthiopie.» — Ce fleuve, c'est l'oreille; car il ressemble, (comme elle), à un labyrinthe. — «Le troisième fleuve est appelé le Tigre; c'est lui qui coule face à l'Assyrie».— Ce fleuve, dont le courant est d'une extrême impétuosité, ce sont les narines; il coule face à l'Assyrie parce que, dans la respiration, l'air aspiré du dehors se précipite avec violence et impétuosité pour remplacer celui qui vient d'être expiré; c'est la loi de la respiration. — «Le quatrième fleuve est l'Euphrate.» — Ce fleuve, pour les Naassènes, c'est la bouche, par laquelle sortent les prières et entrent les aliments, ces aliments qui réjouissent le parfait spirituel, le nourrissent et lui donnent son cachet distinctif.
Cette eau, dit le Naassène, est celle qui est au-dessus du firmament; c'est d'elle que le Sauveur a dit: «Si tu savais quel est celui qui te demande (de l'eau), c'est toi qui lui en aurais demandé, et il t'aurait donné à boire une eau vive et jaillissante» (cf. Jean, IV, 10). A cette eau, dit-il, tous les êtres viennent choisir et puiser leurs substances; de cette eau s'échappent les éléments propres à chaque être, pour aller s'attacher à cet être mieux que le fer à l'aimant, que l'or au piquant du faucon marin et que la paille à l'ambre. Si quelqu'un, dit le Naassène, est aveugle de naissance et n'a jamais contemplé «la vraie lumière, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde» (Jean, I, 9), qu'il recouvre la vue par nous et qu'il voie l'eau circuler à travers toutes les plantes et toutes les semences comme à travers un parc rempli d'arbres et de graines; il constatera que c'est d'une seule et même eau que l'olivier extrait et aspire l'huile, la vigne le vin et ainsi pour toutes les autres plantes, chacune selon son espèce. Cet homme-là, dit le Naassène, est méprisé dans le monde, mais comblé d'honneurs dans le ciel; il a été livré à ceux qui ne le connaissaient pas par ceux qui ne le connaissaient pas; il a été compté comme la goutte qui tombe d'un tonneau (cf. Isaïe, XL, 15). Mais c'est nous, dit-il, qui sommes les spirituels, nous qui, des eaux vives de l'Euphrate qui coule au milieu même de Babylone, extrayons ce qui nous est propre, nous qui passons par la porte véritable, qui est le bienheureux Jésus. De tous les hommes, il n'y a que nous seuls, les Chrétiens, qui accomplissions le mystère à la troisième porte et qui recevions là une onction ineffable (avec l'huile) tirée d'une corne, comme David, et non d'une fiole de terre, comme Saul, qui vivait dans la société du mauvais génie de la concupiscence charnelle.
Ces citations ne sont que de courts extraits de nombreux ouvrages. Car cette folie a inspiré des oeuvres innombrables, qui sont des sornettes insensées. [...] Telles sont les entreprises de ces Naassènes, qui s'intitulent eux-mêmes gnostiques (savants). Véritablement pareille à l'hydre de la légende, l'erreur est un monstre multiple et à un grand nombre de têtes. Maintenant que, par nos réfutations, nous avons frappé d'un seul coup les têtes de cette erreur, nous détruirons, avec la verge de la vérité, le monstre tout entier. Car les autres hérésies ne présentent pas une apparence très différente de celle-ci, à laquelle elles se rattachent par le même esprit d'erreur (qui les inspire toutes). Par de simples changements de mots et de noms, les hérétiques ont multiplié les têtes du serpent: à leur aise! mais cela ne nous empêchera pas de les suivre dans toutes leurs transformations, pour les réfuter.
Hymne des Naassènes
La toute première loi génératrice de l'univers fut l'intelligence; le deuxième principe, après le premier-né, fut le chaos confus; le troisième rang, dans la confection de cette loi, échut à l'âme. A cause de cela, revêtue d'une forme aqueuse, elle peine, jouet et esclave de la mort. Tantôt, investie de la royauté, elle jouit de la lumière; tantôt, précipitée dans le malheur, elle pleure. Tantôt elle pleure et tantôt elle se réjouit; tantôt elle pleure et tantôt elle est jugée; tantôt elle est jugée et tantôt elle meurt; tantôt enfin elle ne trouve plus d'issue, infortunée que ses courses errantes ont amenée dans un labyrinthe de maux. Alors Jésus dit: « Regarde, ô Père! En butte au malheur, elle erre encore sur la terre loin de ton souffle; elle cherche à fuir l'odieux chaos et elle ne sait comment le traverser. C'est pourquoi, Père, envoie-moi! Je descendrai portant les sceaux, je traverserai la totalité des éons, je révélerai tous les mystères, je montrerai les formes des dieux, et je transmettrai, sous le nom de gnose, les secrets de la sainte voie.
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Sur les Ophites
Ophites. - Nom général donné à une série de communautés gnostiques. On range dans cette catégorie les Naasséniens, qui sont ceux généralement auxquels on se réfère quand on parle d'Ophites sans autre précision, les Caïnites, les Séthiens, les Pérates, puis des groupes moins importants ou moins connus, comme les Stratiotiques, les Phibionites, les Borboriens, les Barbéliotes et d'autres encore (source: Encyclopédie web Imago Mundi).
Note: Les Ophites ne sont mentionnés qu'une seule fois par Hyppolite dans les Philosophumena, au livre VIII, 20, celui-ci les considérant trop insignifiants pour mériter l'honneur d'une réfutation. Bien que naas (en hébreu) et ophis (en grec) soient des termes identiques, Hyppolite les distingue très nettement, ne consacrant une notice qu'aux seuls Naassènes (ainsi qu'aux Pérates et aux Séthiens, autres «adorateurs du serpent») qui, par ailleurs, ne nous sont connus que par les Philosophumena, aucun auteur ancien, sauf Hyppolite, ne les mentionnant. Il semblerait que le nom de «Naassènes» n’aurait été attribué à ces derniers que par leurs adversaires, eux-mêmes ne se désignant que du nom de «gnostiques» (connaissants, savants).
Autres sources (citées par A. Siouville, p.125 des Philosophumena): Irénée de Lyon, Contre les hérésies, Livre 1, chap. XXX; Origène, contre Celse, I. VI, ch. XXVIII et suiv.; Epiphane, Panarion, XXXVII; Théodoret, Haereticarum tabularum compendium, 1. I, ch. XIV.
Serge Hutin, dans Les gnostiques (PUF, Que sais-je?,1978, p. 73), cite l’extrait suivant sans mentionner sa source: «Nous vénérons le Serpent, disaient les Ophites, parce que Dieu l’a fait cause de la Gnose pour l’humanité. Iadalbaôth [le Démiurge] ne voulait point que les hommes aient souvenir de la Mère ni du Père d’en haut. C’est le Serpent qui les persuada et qui apporta la Gnose; il apprit à l’homme et à la femme la complète connaissance des mystères d’en haut.»
Les Ophites (source: Irénée de Lyon, Livre 1, chap. XXX)
D'autres [les Ophites] font encore font le prodigieux récit que voici. Il existait, dans la puissance de l'Abîme, une Lumière primordiale, bienheureuse, incorruptible et illimitée: c'est le Père de toutes choses et il s'appelle le Premier Homme. De lui procéda une Pensée, qu'ils disent être le Fils de celui qui l'émit; c'est le Fils de l'Homme ou Second Homme. Au-dessous d'eux se trouvait l'Esprit Saint, et sous cet Esprit d'en haut se trouvaient les éléments séparés, à savoir l'eau, les ténèbres, l'abîme et le chaos: sur ces éléments, disent-ils, était porté l'Esprit, qu'ils appellent la Première Femme. Alors, disent-ils, le Premier Homme avec son Fils exulta devant la beauté de l'Esprit, autrement dit de la Femme, et il l'illumina; ainsi engendra-t-il d'elle une Lumière incorruptible, le Troisième Mâle, celui qu'ils appellent le Christ, fils du Premier et du Second Homme et de l'Esprit Saint ou Première Femme.
Le Père et le Fils s'unirent donc à la Femme, qu'ils appellent aussi la Mère des Vivants. Mais celle-ci fut incapable de porter et de contenir l'excessive grandeur de la Lumière, qui, disent-ils, déborda et jaillit par-dessus du côté gauche. Ainsi le Christ fut-il seul à être leur Fils, comme étant de droite; élevé dans les régions supérieures, il fut aussitôt enlevé avec sa Mère dans l'Éon incorruptible. La vraie, la sainte Eglise, la voilà: c'est la convocation, la société et l'union du Père de toutes choses ou Premier Homme, du Fils ou Second Homme, du Christ leur Fils, et de la Femme que nous venons de dire.
Or la Puissance qui jaillit de la Femme possédait une rosée de lumière; quittant le domaine des Pères, elle se précipita vers les régions inférieures, de son propre chef, en emportant avec elle la rosée de lumière. Cette Puissance, ils la nomment la Gauche, ou Prounikos, ou Sagesse, ou Mâle-Femelle. Elle descendit tout uniment dans les eaux, qui étaient immobiles, les mit en mouvement en y plongeant hardiment jusqu'au fond et prit d'elles un corps. Car, disent-ils, toutes choses accoururent vers la rosée de lumière qui était en elle, se collèrent à elle, l'emprisonnèrent de toutes parts; et, si elle n'avait eu cette rosée de lumière, elle aurait été entièrement engloutie et submergée par la matière. Tandis qu'elle était ainsi enchaînée à ce corps de matière et très appesantie par lui, elle vint un jour à résipiscence: elle tenta de s'échapper des eaux et de remonter vers sa Mère, mais elle ne le put, par suite de la pesanteur du corps qui l'enveloppait. Se sentant très mal en point, elle imagina de cacher la lumière issue des régions supérieures, de crainte que cette lumière n'eût à pâtir à son tour, comme elle, des éléments inférieurs. Une force lui fut alors communiquée par la rosée de lumière qui était en elle: elle bondit et s'éleva dans les hauteurs. Parvenue en haut, elle se déploya, fit ce ciel visible, qu'elle tira de son corps, et demeura d'abord sous ce ciel qu'elle venait de faire, ayant encore la forme d'un corps aqueux. Mais ensuite, ayant éprouvé le désir de la lumière d'en haut et reçu une nouvelle force, elle déposa totalement son corps et en fut libérée. Ce corps, ils le disent son fils; quant à elle, ils la nomment «Femme issue de Femme».
Son fils posséda, lui aussi, disent-ils, un souffle d'incorruptibilité que lui avait laissé sa Mère et grâce auquel il lui était possible d'œuvrer. Devenu puissant, il émit, lui aussi, comme ils disent, à partir des eaux, un fils, sans sa Mère: car, prétendent-ils, il ne connut pas sa Mère. Son fils, à l'imitation de son père, émit un autre fils; ce troisième en engendra un quatrième; le quatrième en engendra un cinquième, le cinquième un sixième et le sixième un septième. Ainsi, selon eux, se paracheva l'Hebdomade, le huitième lieu étant occupé par la Mère. Et comme il existe entre eux une hiérarchie d'origine, ainsi existe-t-il aussi entre eux une hiérarchie de dignité et de puissance.
Voici les noms dont ils affublent ces êtres de leur invention: le premier, celui qui est issu de la Mère, s'appelle Jaldabaoth; le second, issu de Jaldabaoth, s'appelle Jao; le troisième a nom Sabaoth, le quatrième, Adonaï, le cinquième, Élohim, le sixième, Hor, le septième et dernier, Astaphée. Ces Cieux, Vertus, Puissances, Anges et Créateurs, déclarent-ils, siègent en bon ordre dans le ciel, selon leurs origines respectives, tout en demeurant invisibles, et régissent les choses célestes et terrestres. Le premier d'entre eux, c'est-à-dire Jaldabaoth, méprisa la Mère en engendrant sans sa permission des fils et des petits-fils, voire des Anges, des Archanges, des Vertus, des Puissances et des Dominations. A peine venus à l'existence, ses fils se retournèrent contre lui pour lui disputer la première place. Dans sa tristesse et son désespoir, Jaldabaoth regarda alors la lie de la matière qui se trouvait au-dessous de lui et s'éprit d'un violent désir pour elle : de là, disent-ils, lui naquit un fils, l'Intellect, qui a la forme entortillée du serpent. De celui-ci sortirent l'élément pneumatique, l'élément psychique et tous les êtres cosmiques ; de lui naquirent aussi l'Oubli, la Méchanceté, la Jalousie et la Mort. Cet Intellect à forme de serpent et tout entortillé, disent-ils, pervertit davantage encore son Père par sa tortuosité, lorsqu'il était avec lui dans le ciel et dans le paradis.
C'est pourquoi Jaldabaoth exulta et se pavana à la vue de tout ce qui se trouvait sous lui, et il dit: « C'est moi qui suis Père et Dieu, et il n'est personne au-dessus de moi. » Mais la Mère, en entendant ces paroles, lui cria: « Ne mens pas, Jaldabaoth, car au-dessus de toi il y a le Père de toutes choses ou Premier Homme, ainsi que l'Homme, Fils de l'Homme. » Tous furent saisis d'effroi à cette parole étrange et à cette appellation inattendue. Tandis qu'ils cherchaient d'où était venu ce cri, Jaldabaoth leur dit, pour les en détourner et les attirer à lui: « Venez, faisons un homme selon l'image. » Ce qu'entendant, les six Puissances se réunirent; c'était la Mère qui leur inspirait l'idée de l'homme, afin de les vider par lui de leur puissance originelle. Elles modelèrent donc un homme d'une largeur et d'une longueur prodigieuse; mais, comme il ne pouvait que se tortiller, elles le traînèrent jusqu'à leur Père. C'était encore Sagesse qui leur faisait faire cela, afin de vider Jaldabaoth de sa rosée de lumière et pour que celui-ci, privé de sa puissance, ne fût plus à même de se dresser contre ceux qui étaient au-dessus de lui. Il souffla donc dans l'homme un souffle de vie et, par là, sans s'en rendre compte, se vida de sa puissance. L'homme posséda dès lors l'intellect et la pensée — ce sont ces choses-là, disent-ils, qui seront sauvées — et sur le champ il rendit grâces au Premier Homme, sans plus se soucier de ceux qui l'avaient fait.
Jaloux, Jaldabaoth voulut alors vider l'homme par la femme et, de la pensée de celui-ci, il tira la femme; mais Prounikos se saisit d'elle et la vida invisiblement de sa puissance. Les autres, survenant et admirant sa beauté, l'appelèrent Eve; s'étant épris d'amour pour elle, ils engendrèrent d'elle des fils, qui sont également des Anges, disent-ils. Leur Mère imagina alors de tromper Eve et Adam par l'entremise du Serpent, de manière à leur faire transgresser le commandement de Jaldabaoth. Eve crut aisément, comme si c'était le Fils de Dieu qui lui eût parlé, et elle persuada Adam de manger de l'arbre auquel Dieu leur avait défendu de goûter. Lorsqu'ils en eurent mangé, ils «connurent», disent-ils, la Puissance qui est au-dessus de toutes choses, et ils se séparèrent de ceux qui les avaient faits. Prounikos, voyant que ceux-ci avaient été vaincus par leur propre ouvrage, se réjouit grandement; de nouveau elle s'écria que, puisqu'il existait déjà un Père incorruptible, Jaldabaoth avait menti en se donnant à lui-même le nom de Père, et que, puisqu'il y avait déjà un Homme et une Première Femme, il avait péché en en faisant une copie frelatée.
Mais Jaldabaoth, à cause de l'Oubli dont il était environné, ne prêta même pas attention à ces paroles: il chassa Adam et Eve du paradis, parce qu'ils avaient transgressé son commandement. Car il avait voulu qu'Eve engendrât des fils à Adam, mais il n'y était pas parvenu, parce que sa Mère agissait en tout à l'encontre de ses desseins. Celle-ci vida secrètement Adam et Eve de leur rosée de lumière, afin que l'esprit issu de la Suprême Puissance n'eût point de part à la malédiction et à l'opprobre. Ainsi vidés de la divine substance, Adam et Eve furent maudits par Jaldabaoth et précipités du ciel en ce monde. Le Serpent, qui avait agi contre son Père, fut également précipité par lui dans le monde inférieur. Il réduisit sous son pouvoir les Anges qui s'y trouvaient et il engendra six fils, étant lui-même le septième, de façon à imiter l'Hebdomade qui est auprès du Père. Ce sont là, disent-ils, les sept démons cosmiques: ils ne cessent de s'opposer et de faire obstacle à la race des hommes, parce que c'est à cause de ceux-ci que leur père a été précipité ici-bas.
Or Adam et Eve avaient eu jusque-là des corps légers, lumineux et, pour ainsi dire, spirituels: ainsi avaient-ils été modelés. Mais, en venant ici-bas, leurs corps devinrent obscurs, épais et paresseux. Même leurs âmes devinrent molles et languissantes, car ils n'avaient plus que le souffle cosmique reçu de leur Auteur. Il en fut ainsi jusqu'à ce que Prounikos les prît en pitié et leur rendît la suave odeur de la rosée de lumière: grâce à elle, ils se ressouvinrent d'eux-mêmes, connurent qu'ils étaient nus et que leur corps était fait de matière; ils connurent qu'ils portaient la mort en eux, et ils prirent patience en sachant qu'ils n'étaient revêtus d'un corps que pour un temps seulement; sous la conduite de Sagesse, ils trouvèrent de la nourriture, puis, une fois rassasiés, ils s'unirent charnellement et engendrèrent Caïn. Mais le Serpent déchu, avec ses fils, se saisit aussitôt de lui, le corrompit, le remplit de l'oubli cosmique et le précipita dans la plus folle audace, à tel point que, en tuant son frère Abel, il fut le premier à faire paraître la Jalousie et la Mort. Après eux, conformément à la providence de Prounikos, furent engendrés Seth, puis Noréa, desquels naquit le reste du genre humain. Celui-ci fut plongé, par l'Hebdomade d'en bas, dans toute espèce de malice, dans l'apostasie à l'égard de la Sainte Hebdomade d'en haut, dans l'idolâtrie et dans le mépris de tout, cependant que la Mère ne cessait de contrarier invisiblement l'œuvre de ces Puissances et de sauver ce qui lui appartenait, c'est-à-dire la rosée de lumière. La Sainte Hebdomade en question, ce sont, prétendent-ils, les sept étoiles dites planètes; quant au Serpent déchu, disent-ils, il porte deux noms, Michel et Samaël.
Irrité contre les hommes, parce qu'ils ne lui rendaient pas un culte et ne l'honoraient pas comme leur Père et leur Dieu, Jaldabaoth leur envoya le déluge, afin de les faire périr tous d'un seul coup. Une fois de plus, Sagesse s'opposa: Noé et ceux qui étaient avec lui dans l'arche furent sauvés à cause de la rosée de lumière provenant de Sagesse, et, grâce à elle, le monde fut de nouveau rempli d'hommes. Parmi ceux-ci, Jaldabaoth fit choix d'un certain Abraham et conclut une alliance avec lui, s'engageant à donner la terre en héritage à sa descendance si elle persévérait dans son service. Dans la suite, par l'entremise de Moïse, il fit sortir d'Egypte ceux qui étaient issus d'Abraham, leur donna la Loi et fit d'eux les Juifs. C'est parmi eux que les sept Dieux, appelés aussi la Sainte Hebdomade, se choisirent chacun ses propres hérauts chargés de le glorifier et de le prêcher comme Dieu, afin que les autres hommes, entendant cette glorification, servent eux aussi les Dieux que prêchaient les prophètes.
Voici comment se répartissent les prophètes. Appartinrent à Jaldabaoth : Moïse, Jésus fils de Navé, Amos et Habacuc; à Jao: Samuel, Nathan, Jonas et Michée; à Sabaoth: Élie, Joël et Zacharie; à Adonaï: Isaïe, Ézéchiel, Jérémie et Daniel; à Élohim: Tobie et Aggée; à Hor: Michée et Nahum; à Astaphée: Esdras et Sophonie. Chacun de ces prophètes glorifia donc son propre Dieu et Père. Mais Sagesse, elle aussi, disent-ils, proféra par eux de multiples paroles relatives au Premier Homme, à l'Éon incorruptible et au Christ d'en haut, rappelant les hommes au souvenir de l'incorruptible Lumière et du Premier Homme et leur prédisant la descente du Christ. Les Archontes furent frappés d'effroi et de stupeur devant cette nouveauté que contenaient les messages des prophètes. Prounikos, agissant par l'entremise de Jaldabaoth sans que celui-ci s'aperçût de rien, fit en sorte qu'eussent lieu deux productions d'hommes, l'une du sein d'Elisabeth la stérile, l'autre du sein de la Vierge Marie.
Prounikos elle-même ne trouvait de repos ni au ciel ni sur la terre. Dans son affliction, elle appela sa Mère à l'aide. Celle-ci, c'est-à-dire la Première Femme, fut émue du repentir de sa fille et demanda au Premier Homme que le Christ fût envoyé à son secours. Celui-ci descendit donc, envoyé vers sa sœur et vers la rosée de lumière. Apprenant que son frère descendait vers elle, la Sagesse d'en bas annonça sa venue par Jean, prépara le baptême de pénitence et disposa à l'avance Jésus pour que, lors de sa descente, le Christ trouvât un vase pur et que, grâce à son fils Jaldabaoth, la Femme fût annoncée par le Christ. Le Christ descendit donc à travers les sept Cieux, en se rendant semblable à leurs fils, et les vida graduellement de leur puissance: car, disent-ils, vers lui accourut toute la rosée de lumière. En descendant en ce monde, le Christ revêtit d'abord sa sœur Sagesse. Tout deux exultèrent, en prenant leur repos l'un dans l'autre: c'est là, assurent-ils, l'Époux et l'Epouse. Or Jésus, du fait qu'il était né d'une Vierge par l'opération de Dieu, était plus sage, plus pur et plus juste que tous les hommes: en lui descendit le Christ uni à Sagesse, et ainsi il y eut Jésus-Christ.
Beaucoup de disciples de Jésus, disent-ils, ne connurent pas la descente du Christ en lui. Lorsque le Christ fut descendu en Jésus, c'est alors qu'il commença à accomplir des miracles, à opérer des guérisons, à annoncer le Père inconnu et à se proclamer ouvertement le Fils du Premier Homme. Irrités, les Archontes et le Père de Jésus travaillèrent à le faire mourir. Tandis qu'on le conduisait à la mort, le Christ se retira avec Sagesse dans l'Éon incorruptible, à ce qu'ils disent, et Jésus seul fut crucifié. Le Christ n'oublia pas ce qui était sien: il envoya d'en haut en Jésus une puissance qui le ressuscita dans un corps qu'ils appellent corps psychique et pneumatique, car, pour ce qui est des éléments cosmiques, Jésus les abandonna dans le monde. Ses disciples, lorsqu'ils le virent après sa résurrection, ne le connurent pas et ne surent même pas par la faveur de qui il était ressuscité d'entre les morts. Les disciples, disent-ils, tombèrent ainsi dans cette erreur énorme de s'imaginer qu'il était ressuscité dans son corps cosmique: ils ignoraient que la chair et le sang ne s'emparent pas du royaume de Dieu.
Ils prétendent confirmer la descente du Christ et sa remontée par le fait que, ni avant son baptême ni après sa résurrection d'entre les morts, Jésus n'a rien fait de considérable, au dire de ses disciples ceux-ci ignoraient que Jésus avait été uni au Christ et l'Éon incorruptible à l'Hebdomade, et ils prenaient le corps psychique pour un corps cosmique. Après sa résurrection, Jésus demeura encore dix-huit mois sur terre, et, lorsque l'intelligence fut descendue en lui, il apprit l'exacte vérité. Il enseigna alors ces choses à un petit nombre de ses disciples, à ceux qu'il savait capables de comprendre de si grands mystères, puis il fut enlevé au ciel. Ainsi Jésus siège maintenant à la droite de son Père Jaldabaoth, pour recevoir en lui-même, après la déposition de leur chair cosmique, les âmes de ceux qui l'auront connu; il s'enrichit, tandis que son Père est dans l'ignorance et ne le voit même pas: car, dans la mesure où Jésus s'enrichit lui-même de saintes âmes, dans cette même mesure son Père subit une perte et un amoindrissement, vidé qu'il est de sa puissance du fait de ces âmes. Car il ne possédera plus les âmes saintes, de façon à pouvoir les renvoyer dans le monde, mais seulement celles qui sont issues de sa substance, c'est-à-dire qui proviennent de l'insufflation. La consommation finale aura lieu lorsque toute la rosée de l'esprit de lumière sera rassemblée et emportée dans l'Eon d'incorruptibilité.
François FAVRE
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14.08.2006
Contre les gnostiques (2): Irénée de Lyon
Conclusion (Livre 1)
Voilà de quels pères et de quels ancêtres sont issus les disciples de Valentin, tels que les révèlent leurs doctrines elles-mêmes et leurs systèmes. Il a été nécessaire d'en fournir une preuve évidente et, pour cela, de produire au grand jour leurs enseignements. Peut-être, de la sorte, certains d'entre eux se repentiront-ils et, en revenant au seul Dieu Créateur et Auteur de l'univers, pourront-ils être sauvés. Quant aux autres, ils cesseront de se laisser prendre à leur perfides et spécieuses arguties et de croire qu'ils recevront d'eux la connaissance de quelque mystère plus grand et plus sublime; ils apprendront correctement de nous ce que ces gens-là enseignent de travers et ils se moqueront de leur doctrine; enfin ils auront compassion de ceux qui, encore plongés dans des fables aussi misérables et aussi inconsistantes, ont assez d'orgueil pour se croire meilleurs que tous les autres du fait d'une telle gnose, ou, pour mieux dire, d'une telle ignorance. Car les avoir démasqués, c'est bien cela: c'est les avoir déjà vaincus, que de les avoir fait connaître.
C'est pourquoi nous nous sommes efforcé d'amener à la lumière et de produire au grand jour tout le corps mal bâti de ce renard [cette formulation sera reprise ultérieurement par Bernard de Clairvaux dans sa lutte contre les cathares]: car il ne sera plus besoin de beaucoup de discours pour renverser leur doctrine, maintenant qu'elle est devenue manifeste pour tout le monde. Lorsqu'une bête sauvage est cachée dans une forêt, d'où elle fait des sorties et cause de grands ravages, si quelqu'un vient à écarter les branches et à découvrir les taillis et réussit à apercevoir l'animal, point ne sera besoin désormais de grands efforts pour s'en emparer: on verra à quelle bête on a affaire; il sera, possible de la voir, de se garder de ses attaques, de la frapper de toutes parts, de la blesser, de tuer cette bête dévastatrice. Ainsi en va-t-il pour nous, qui venons de produire au grand jour leurs mystères cachés et enveloppés chez eux de silence: nous n'avons plus besoin de longs discours pour anéantir leur doctrine. Car il t'est dorénavant loisible, ainsi qu'à tous ceux qui sont avec toi, de t'exercer sur tout ce que nous avons dit précédemment, de renverser les doctrines perverses et informes de ces gens-là et de montrer que leurs opinions ne s'accordent pas avec la vérité. Cela étant, conformément à notre promesse et selon la mesure de nos forces, nous allons, dans le livre suivant, apporter une réfutation des doctrines de ces gens, en nous opposant à eux tous — notre exposé s'allonge, comme tu vois —, et nous te fournirons les moyens de les réfuter, en discutant toutes leurs thèses dans l'ordre où nous les avons exposées: ce faisant, nous n'aurons pas seulement montré, mais nous aurons aussi blessé de toutes parts la bête.
Irénée de Lyon, Contre les hérésies
On notera ici la phraséologie assimilant la gnose à une «bête dévastatrice» qu'il faut «tuer». Les écrits des premiers hérésiologues (dont Augustin) serviront de base théorique aux persécutions des futurs hérétiques.
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12.08.2006
Contre les gnostiques (1): Irénée de Lyon
Rejetant la vérité, certains introduisent des discours mensongers et « des généalogies sans fin, plus propres à susciter des questions », comme le dit l'Apôtre, « qu'à bâtir l'édifice de Dieu fondé sur la foi ». Par une vraisemblance frauduleusement agencée, ils séduisent l'esprit des ignorants et les réduisent à leur merci, falsifiant les paroles du Seigneur et se faisant les mauvais interprètes de ce qui a été bien exprimé. Ils causent ainsi la ruine d'un grand nombre, en les détournant, sous prétexte de «gnose», de Celui qui a constitué et ordonné cet univers: comme s'ils pouvaient montrer quelque chose de plus élevé et de plus grand que le Dieu qui a fait le ciel, la terre et tout ce qu'ils renferment! De façon spécieuse, par l'art des discours, ils attirent d'abord les simples à la manie des recherches; après quoi, sans plus se soucier de vraisemblance, ils perdent ces malheureux, en inculquant des pensées blasphématoires et impies à l'endroit de leur Créateur à des gens incapables de discerner le faux du vrai.
Irénée de Lyon, Contre les hérésies, Livre 1, Préface.
Grec d'Asie Mineure, disciple de l'évêque de Smyrne St Polycarpe, lui-même élève de St Jean le Théologien, missionaire à Lyon, ordonné prêtre par l'évêque St Pothin, Irénée est élu évêque pour le remplacer après son martyre, et devient le premier grand théologien d'Occident. Son œuvre principale Contre les hérésies, (latin: Adversus Hœreses) est une «dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur», et une apologie de la doctrine catholique, dénommée ici «enseignement apostolique». Le passage ci-dessus montre clairement que pour les théologiens comme pour les philosophes (Plotin en particulier), les gnostiques sont avant tout «ceux qui disent [que Dieu n'est pas Dieu et] que le démiurge [Dieu] est mauvais».
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07.08.2006
Le christianisme hédoniste, selon Michel Onfray
Chapitres sur le gnosticisme « licencieux », extrait de: Contre-histoire de la philosophie, vol. 2, Grasset, 2006.
Une vision partielle du gnosticisme qui, pour l'essentiel, s'inspire du livre Les gnostiques de Jacques Lacarrière et reproduit, sans les critiquer, les calomnies et mensonges répandus par les hérésiologues pour discréditer leurs adversaires gnostiques (H.-Ch. Puech, spécialiste de la gnose et du manichéisme, a démontré dans certaines de ses recherches l'absence de fondements de ces attaques et la fausseté des reproches faits aux gnostiques concernant leurs moeurs).
Voir Mani: L'ombre des choses à venir 1 (extrait de Mani, Christ d'Orient et Bouddha d'Occident), où la question de l'énergie sexuelle dans ses rapports avec le phénomène de la kundalini est étudié (techniquement) d'un point de vue ésotérique. Il est aussi possible de consulter l'article Les 3 kundalinis et le nouveau devenir humain, et de visionner l'album-photos Transfiguration.
François FAVRE
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31.07.2006
Evangile de Judas: Le documentaire
Le documentaire TV relatif à la parution de l'évangile de Judas est désormais disponible en DVD (en anglais):
http://www.nationalgeographic.com/lostgospel/index.html
http://shopngvideos.com/products/the_gospel_of_judas?utm_...
Le documentaire a été présenté par ARTE le 09/04/2006.
15:04 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note
National Geographic: Le dossier
14:52 Publié dans 01. Gnosticisme | Lien permanent | Envoyer cette note
« Signé Judas », par Sophie Laurant
Dossier La Croix/Le monde de la Bible (revues catholiques) consacré à Judas et son évangile:
http://www.mondedelabible.com/article/index.jsp?docId=226...
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Le Monde: « Et si Judas n'avait pas trahi Jésus ? »
Article du Monde (09/04/2006), relatif à la parution officielle de la traduction du texte (06/04/2006).
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-759160,...
Nota: L'article est désormais archivé (11/05/2006). Nous le reproduisons ici:
Un codex copte du IIIe siècle, publié aux Etats-Unis, éclaire le rôle de Judas dans l'histoire chrétienne
Faut-il réhabiliter Judas ? Depuis deux mille ans, le nom de Judas Iscariote - l'apôtre de Jésus-Christ que les Evangiles présentent comme le félon qui aurait vendu son maître aux Romains pour 30 pièces d'argent - symbolise la traîtrise. Mais un manuscrit en copte dialectal, retrouvé dans le désert égyptien au début des années 1970, dont une traduction a été publiée, jeudi 6 avril à Washington, par la National Geographic Society, pourrait conduire à rectifier la « légende noire » de Judas.
Restaurer et dater ce manuscrit resté caché dans le désert de Haute-Egypte, près de Mynia, pendant plus de mille six cents ans, et conservé grâce à la sécheresse a été en soi un exploit scientifique. Ce codex compte 66 feuilles de papyrus et contient un exemplaire du fameux « Evangile » apocryphe (non reconnu par les Eglises) de Judas (26 feuilles).
Depuis sa découverte il y a plus de trente ans, il est passé entre les mains de plusieurs antiquaires, en Europe et aux Etats-Unis, et il tombait en morceaux. La restauration, engagée en 2001 par la Fondation Maecenas de Bâle (Suisse) et la National Geographic Society, a consisté à reconstituer un puzzle de près de 1 000 pièces. Cette restauration a été accompagnée d'examens visant à authentifier l'historicité du document. L'analyse au carbone 14 - menée sur cinq minuscules échantillons par le laboratoire de l'université d'Arizona, qui avait déjà daté les rouleaux des manuscrits la mer Morte - a livré une datation située entre les années 220 et 340. Les travaux menés sur l'encre et les études spectrographiques du papyrus n'ont montré aucune discordance avec les données connues sur les matériaux employés aux IIIe et IVe siècles. Enfin, l'analyse paléographique du texte, effectuée par Stephen Emmel, professeur d'études coptes à l'université de Münster (Allemagne), a rapproché le graphisme du texte avec celui d'autres écrits datant environ de l'an 400.
Ce document copte, ainsi authentifié et daté, ne constitue pourtant pas une révolution dans la connaissance des origines chrétiennes : l'existence d'un Evangile de Judas en langue grecque est connue depuis longtemps. Dès 180 après J.-C., l'évêque Irénée de Lyon combat cet Evangile apocryphe dans son fameux traité Contre les hérésies. Les savants en fixent même la rédaction au début du IIe siècle (entre 130 et 170) et l'attribuent à un groupe gnostique, celui des Caïnites (de Caïn, la figure biblique). Le manuscrit copte restauré est donc une copie et une traduction de cette version grecque plus ancienne.
Grâce à lui, la connaissance de l'« Evangile de Judas » devrait pourtant progresser. Les expressions du manuscrit copte déjà déchiffrées et traduites laissent entendre que la relation entre Jésus et Judas aurait été plus positive que celle que rapportent les Evangiles officiels. Selon les révélations de la revue National Geographic, le Maître aurait dit à Judas : « Tu les surpasseras tous. Tu sacrifieras l'homme qui m'a revêtu. » Jésus aurait consenti à la trahison de Judas et prévenu : « Tu seras stigmatisé par les autres générations. » Ce sont là des mots typiques de la littérature gnostique du IIe siècle, celle qui a inspiré les Evangiles apocryphes (« cachés »), comme celui dit « de l'apôtre Thomas », celui de l'apôtre Pierre ou de Marie-Madeleine, qui a fait la fortune du Da Vinci Code. Les gnostiques étaient ceux qui prétendaient que la connaissance (« gnose ») de Dieu ne pouvait être réservée qu'à un nombre limité d'initiés et réinterprétaient librement les écritures juives et chrétiennes.
Parentés troublantes
Les gnostiques aimaient « retourner » les personnages qui symbolisent le Mal, comme Caïn, Hérode, Thomas l'incrédule ou Judas. C'est ce que rappelle Rodolphe Kasser, ancien professeur de coptologie à l'université de Genève, interrogé sur cette découverte par le mensuel Le Monde de la Bible. Et il met en garde contre tout emballement visant à une révision du rôle de Judas : cet Evangile de Judas est « une interprétation postérieure imaginée au IIe siècle. Vous ne trouverez, dans le document copte, aucune information historique nouvelle sur le véritable Judas. » Voilà qui réduit la portée du « scoop mondial » du National Geographic !
Rappelons que les Evangiles apocryphes sont des textes que n'a pas retenus la tradition de l'Eglise, pas forcément par dissimulation, mais simplement parce qu'ils ont été rédigés et connus tardivement. Il existe pourtant des parentés troublantes entre ces textes et ceux des seuls quatre Evangélistes officiels - Marc, Matthieu, Luc et Jean - connus dès le Ier siècle.
Pierre Barthélémy et Henri Tincq
Article paru dans l'édition du 09.04.06
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« Les milieux gnostiques créateurs d'évangiles »
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L'évangile de Judas, par Irénée de Lyon
Telles sont les doctrines de ces gens, doctrines dont est née, telle une hydre de Lerne, la bête aux multiples têtes qu'est l'école de Valentin. Certains, cependant, disent que c'est Sagesse [Sophia] elle-même qui fut le Serpent : c'est pour cette raison que celui-ci s'est dressé contre l'Auteur d'Adam et a donné aux hommes la gnose; c'est aussi pour cela que le Serpent est dit « plus intelligent que tous les êtres ». Il n'est pas jusqu'à la place de nos intestins, à travers lesquels s'achemine la nourriture, et jusqu'à leur configuration, qui ne ferait voir, cachée en nous, la substance génératrice de vie à forme de Serpent.
D'autres encore disent que Caïn était issu de la Suprême Puissance, et qu'Esaü, Coré, les gens de Sodome et tous leurs pareils étaient de la même race qu'elle : pour ce motif, bien qu'ils aient été en butte aux attaques du Démiurge, ils n'en ont subi aucun dommage, car Sagesse s'emparait de ce qui, en eux, lui appartenait en propre. Tout cela, disent-ils, Judas le traître l'a exactement connu, et, parce qu'il a été le seul d'entre les disciples à posséder la connaissance de la vérité, il a accompli le « mystère » de la trahison : c'est ainsi que, par son entremise, ont été détruites toutes les choses terrestres et célestes. Ils exhibent, dans ce sens, un écrit de leur fabrication, qu'ils appellent « Evangile de Judas ». (fin du Livre 1).
Extrait dans son contexte: voir Livre 1
Livre complet: http://www.jesusmarie.com/irenee_de_lyon.html
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Les manuscrits de Nag Hammadi à l'origine d'une nouvelle science
Article de Sophie Laurant, Le monde la Bible (revue catholique):
http://www.mondedelabible.com/article/index.jsp?doc...
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Judas: traître ou initié?
La découverte et la publication récente de l'Evangile gnostique de Judas, que l'on croyait définitivement perdu, relance une nouvelle fois la polémique concernant les origines du christianisme.
Le débat n'est pas nouveau. Doit-on considérer les Evangiles comme la relation de faits authentiques, historiques, ou bien comme la description symbolique de « mystères », ayant trait au seul sauvetage de l'âme individuelle?
Le retour de Judas, vingt siècles après sa « Passion », sous la forme d'un payrus de soixante-deux feuillets, replace les gnostiques au coeur de l'actualité et nous conduit à nous demander : qui a vraiment trahi Jésus?
François FAVRE
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Evangile de Judas: Le texte
Telecharger directement l'original copte et sa traduction anglaise sur le site de National Geographic
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25.07.2006
La Bibliothéque copte de Nag Hammadi
Texte de synthèse de Louis Painchaud, chercheur de l'Université de Laval (Canada), sur les écrits gnostiques de Nag Hammadi.
http://www.erudit.org/livre/larouchej/2001/livrel4_div18....
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24.07.2006
Histoire du gnosticisme
Selon les Pères de l’Église, les plus anciens chefs d’écoles gnostiques se situeraient au Ier siècle. Ce seraient Simon le Magicien (originaire de Samarie) et son disciple Ménandre. Mais c’est surtout le IIe siècle qui est le siècle du gnosticisme. Lorsque Irénée de Lyon écrit sa Réfutation des systèmes gnostiques en 180, presque toutes les écoles gnostiques se sont manifestées et développées. Antioche, Alexandrie et Rome sont les grands centres du mouvement. À Antioche, au début du IIe siècle, Saturninus (ou Sartornil) enseigne une gnose qui se rattacherait à la tradition de Simon le Magicien. À Alexandrie, dans la première moitié du IIe siècle, Basilide professe une doctrine qui comporte des éléments philosophiques très importants et très curieux. C’est aussi en Égypte, vers la même époque, que se déploie l’activité de Carpocrate et de son fils Épiphane ; Isidore aurait, dans son écrit Sur la justice, professé le communisme des biens et des femmes. Venant d’Alexandrie, Valentin fonde à Rome, vers le milieu du IIe siècle, une école qui aura une influence dans tout l’Empire. Ses disciples les plus célèbres sont, en Occident, Ptolémée (l’auteur de la Lettre à Flora) et Héracléon (commentateur de l’Évangile de Jean) ; en Orient, Théodote (dont on connaît assez bien l’enseignement grâce à Clément d’Alexandrie) et Marc le Mage.
Sur d’autres sectes, l’auteur des Philosophoumena, Irénée et Épiphane fournissent un certain nombre de renseignements. On ne sait rien de leur fondateur ni du milieu dans lequel elles se sont développées, mais on apprend que certains gnostiques s’appelaient Ophites ou Naassènes, c’est-à-dire les « Sectateurs du Serpent » (ophis en grec, naas en hébreu) ; il s’agit du serpent de la Genèse, invitant Ève à la connaissance (gnose) du Bien et du Mal et à la révolte contre le Créateur mauvais, et du serpent d’airain, identifié par Jean (III, 14) au Christ en croix. À ces spéculations inspirées par l’exégèse de l’Ancien et du Nouveau Testament, les Ophites ajoutaient, semble-t-il, des interprétations allégoriques de mythes grecs (Attis, Osiris). Celse, le polémiste antichrétien du IIe siècle, avait vu lui-même un diagramme, dessiné par les Ophites, et représentant la structure de l’Univers sous la forme de cercles concentriques, parmi lesquels le serpent Léviathan avait sa place. Une autre secte, celle des Barbélognostiques, donnait une place importante à une figure mythique, Barbelo, mère du mauvais Créateur de ce monde.
Au IIIe siècle, le mouvement gnostique continue à s’étendre. À Rome même, on sait par Plotin que des gnostiques fréquentaient son école. Porphyre, le disciple de Plotin, avait été chargé par son maître de réfuter des écrits qui étaient en la possession de ces gnostiques et dont ils s’enorgueillissaient. Il s’agissait notamment d’apocalypses de Zoroastre, de Zostrien, de Nicothée, d’Allogène et de Messos. On a effectivement retrouvé à Nag Hammadi des écrits d’Allogène, de Messos et de Zostrien. Dans son De abstinentia (I, 42), Porphyre ferait allusion à des gnostiques qui se considèrent comme l’« abîme de la puissance et de la liberté ». À Alexandrie, Clément et Origène attestent la permanence du gnosticisme.
Au IVe siècle, le gnosticisme, refoulé par l’Empire chrétien, semble se réfugier aux frontières de celui-ci. Épiphane raconte que, venu en Égypte aux environs de 335 avec le désir de se faire moine, il rencontra des gnostiques et que certaines femmes de la secte cherchèrent à le séduire. C’est probablement au IVe siècle qu’il faut situer la communauté gnostique de Nag Hammadi. La variété des éléments qui composent la bibliothèque (livres valentiniens, séthiens, hermétiques) montre la curiosité de cette communauté. Mais la période créatrice semble alors terminée. Peu à peu, les sectes gnostiques vont disparaître définitivement, du moins en Occident. Plus tard, tel ou tel phénomène religieux pourra bien faire penser à la résurgence du gnosticisme. Mais la tradition est rompue: il s’agira tout au plus de néo-gnosticismes ou de phénomènes ne possédant que des analogies avec le courant ancien.
Michel TARDIEU/Pierre HADOT
Source: « Gnostiques » , EU, 1995
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19.06.2006
Principes du gnosticisme
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La révolution gnostique
« Les premiers, les Gnostiques se sont clairement proclamés des citoyens du monde, des terriens à part entière. Et ils ont magnifié fatalement tous ceux qui, dans l’histoire terrestre et cosmique, se sont dressés contre l’ordre aliénant de cette création: le Serpent, Lucifer, Caïn (qui s’opposa, en tuant son frère Abel à l’ordre familial fondé sur les liens du sang, la véritable famille étant pour l’homme de nature spirituelle), Seth, le troisième fils d’Adam, bref les grands rebelles qui furent les seuls à connaître ou à deviner le vrai Dieu. L’homme est un étranger sur terre, détenteur d’une lumière venue d’ailleurs, il est au monde mais il n’est pas du monde et c’est pourquoi tous ses efforts doivent tendre à fuir les pièges de la chair, les prisons de la terre et la ronde absurde des astres pour retrouver la plénitude originelle et regagner sa patrie perdue. »
Jacques Lacarrière
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Plus ça change, moins ça change!
« Si Basilide, Valentin ou Carpocrate revenaient parmi nous aujourd’hui, trouveraient-ils le monde tellement changé ? Ils constateraient sans nul doute que le Mal – selon eux – n’a pas régressé. »
Jacques Lacarrière
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